Créer un blog Présentation

Nom du blog :
feobus
Description du blog :
Ce blog regroupe des articles sur les Afro Antillais, qui font l'actualités dans le monde.
Description audio !

Catégorie :
Blog Actualité
Date de création :
28.03.2007
Dernière mise à jour :
05.10.2008
RSS

Rubriques

>> Toutes les catégories <<
· Acteurs et actrices noirs (278)
· Actualités (1232)
· Astuces (179)
· Beauté (82)
· Ecrivains (124)
· Entreprise (95)
· Europe (0)
· Fait divers (2)
· Géopolitique (4)
· Histoire (1030)
· Hommes et Femmes noirs illustres (626)
· Hommes et Femmes politiques Africains (57)
· L'Egypte et ses Dieux (75)
· L'humeur du jour ! (99)
· La française la plus riche de France (1)
· Les dictateurs américains (4)
· Les dictateurs asiatiques (6)
· Les dictateurs d'Afrique (11)
· Les ditecteurs Européens (13)
· Les Dynasties en France (1)
· Les inventeurs noirs (26)
· Les présidents Français (22)
· Les Rois de France (102)
· Mannequins (80)
· Musiques (934)
· Opportunités d'Affaires (1)
· Parcours d'inconnus (5)
· Plages Biarritz - Bayonne- Anglet (5)
· Plages et photos de Guadeloupe (54)
· Plages et photos de la Corse (17)
· Politique (34)
· Politique Française (65)
· Proche Orient (0)
· Religions (153)
· Santé (17)
· Sports (486)
· Succes Stories (191)

Navigation

Accueil
Livre d'or feobus
Créer un blog
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !
Mes blogs et sites préférés

Billets les plus lus

· Sonia Rolland
· Nona Gaye
· Beau couché du Soleil
· Robinho
· Les femmes blanches qui aiment les noirs
· Discours de Patrice LUMUMBA le 30 juin 1960
· Robin Givens
· Pam Grier
· Mississipi Burning
· Marcus Chong

Statistiques



Recherche personnalisée

Derniers commentaires

photos
06.10.2008
Gwadloup la bèl
06.10.2008
bonjour
04.10.2008
...?!!!
03.10.2008
amour
29.09.2008
compliment
28.09.2008
compliment
28.09.2008
compliment
28.09.2008
on comprend mieux
28.09.2008
Bravo
28.09.2008
N'importe quoi!
27.09.2008
bonjour
27.09.2008
n'importe quoi
27.09.2008
merci pour tous
26.09.2008
la verite
26.09.2008
slt
20.09.2008
Je crois pas
16.09.2008
pas d'xplication ?
12.09.2008
vu expo.début 2007?
07.09.2008
soutien barack obama
06.09.2008
RSS

Autres blogs à visiter :

· policeruralepoliceillegale
· villesvillages
· quelqueshistoires
· paysetleurvilledumonde
· davidrival
· edouardtamba
· mondepolitique
· dc4ass
· morjane
· didierhoundenou

Ecrivains

Mon île

Posté le 23.06.2007 par feobus
Mon île

lambeau de terre couché sur la vague

dans le petit matin

brille

comme la carapace d'un crabe

après la pluie

mais dans son dénuement maritime

à l'instar d'un crabe

elle se meurt

prisonnière d'une attrape



--

Négresse

Posté le 23.06.2007 par feobus

Négresse à pleurer

Négresse à mourir

Négresse d'avoir la peau blanche

Négresse d'un combat sans fin avec la langue

Pipée

Faussée

Tordue

Négresse de n'avoir pas les mots pour dire la souffrance

Négresse de n'avoir plus qu'un corps pour dire

L'impossible oubli de la brisure

La quête

L'absolu

Mort et vivant

Non mort vivant

Négresse de n'avoir pu verbaliser la faille

Puisqu'elle est dans le verbe

Négresse d'être dans la tenaille

Que rien ne peut rompre

Ni la ruse

Ni la force

Ni l'abandon

Négresse à pleurer

Négresse à mourir

Ils entendent dans ma bouche le parler fou

L'étendard de ce qu'ils ne peuvent maîtriser

Le grand voyage

Ils m'appellent

Martinique

Morte-Galion

Marie-Mémoire

Marie je ne sais quoi

Leur Désirade



Négresse des Antilles de la surdité

Négresse des Antilles de la nudité

Négresse des Antilles du refus

Je suis d'ici

Je suis ailleurs

Je suis de partout où je suis

Négresse de la déportation

De la parole hors du vrai

Du geste hors du sens

De l'acte hors de la nécessité

Négresse à pleurer

Négresse à mourir

Négresse du soleil noir s'étendant sur la Terre

Le soleil noir de l'échange sans échange

L'empire du monde en une main unique

Les usines

Les centrales

Les échangeurs

Conglomérats d'espérances déçues

Fusionnant en magma

L'échange du pareil

L'absence de différence

L'indifférence

Négresse à pleurer

Négresse à mourir

Par tous ceux qui ont perdu leurs noms

Avec leurs corps blessés

Et leurs cerveaux drogués

Par tous ceux qui n'ont pas pu le prononcer

Dans leurs langues arrachées

Et leurs bouches dévastées

Les sans noms de Sibérie

Les sans pain de Terre de Feu

Et tous ces peuples errants bouleversés de machines

Retraversant les mers

Vers quelle Europe lointaine

Se découvrant agonisante

De s'être crue maîtresse du monde


Poeme

Posté le 23.06.2007 par feobus
On a cloué un peuple aux bateaux de haut bord, on a vendu, loué, troqué la chair. Et la vieillesse pour le menu, les hommes aux moissons de sucres, et la femme pour le prix de son enfant. Il n'est plus de mystère ni d'audace : les Indes sont marché de mort ; le vent le clame mainte-nant, droit sur la proue ! Ceux qui ont incendié l'amour et le désir ; ce sont Navigateurs. Ils ont tourné la face vers la forêt, ils demandent, muets, quelque parole. Langage, une autre fois, de nudité. Pour le muscle, tant de mots. O Langage désert, et sa grammaire mortuaire ! Pour la denture, encore tant... Jusqu'à l'Oméga du monde nou-veau ! Or, très-anciennement, je vois Cyrus menant ses gens à l'abreuvoir, à l'heure où tu deviens rouge d'un autre espoir, soleil. Cyrus, maître trahi qui te fustige puis t'insulte, mer. Avez-vous oublié l'abreuvoir de douleurs et le fouet de la lumière ? Je vois un soleil cru et une mer de lassitudes, qui entretiennent sur le sang les grandes Indes sans mystère.

Joseph Zobel

Posté le 23.06.2007 par feobus
Joseph Zobel, l'un des « piliers » de la littérature antillaise, est né à Rivière-Salée, dans le Sud de la Martinique, le 26 avril 1915.
Issu d'une famille très modeste, il est élevé par sa grand-mère Man Tine, ouvrière agricole auquel il rend hommage dans son roman La Rue cases-nègres. Pour poursuivre ses études, il rejoint sa mère à Fort-de-France et franchit grâce à ses sacrifices toutes les étapes d'un parcours scolaire brillant, jusqu'au baccalauréat. Un premier emploi au service des Ponts et Chaussées lui permet de vivre dans les villages du Diamant et du Saint-Esprit, puis il entre comme aspirant répétiteur au Lycée Schoelcher (pour devenir maître d'externat). La Seconde Guerre Mondiale, isolant la Martinique de la France, le conduit à renoncer à ses projets d'études d'architecture en France. Ses aspirations artistiques débouchent sur l'écriture de quelques nouvelles dans lesquelles il décrit la vie du monde rural martiniquais. Un ami professeur de gymnastique porte ses textes au journal Le Sportif, feuille de chou habituellement consacrée à la publication des comptes-rendus de rencontres sportives. Les lecteurs du Sportif s'enthousiasment pour ces textes (publiés plus tard dans le recueil Laghia de la mort) qui retranscrivent les réalités martiniquaises. Parmi ses lecteurs, Aimé Césaire, engagé dans l'aventure de la revue Tropiques, encourage Joseph Zobel à écrire un roman. Ce sera Diab'-là, l'histoire d'un paysan qui décide de conquérir sa liberté par le travail de la terre, auprès d'une communauté de pêcheurs dont il partage la vie. Le thème du roman, pas plus que l'auteur, qui fustige l'ordre colonial, ne plaisent guère à la censure, qui «devrait délivrer des autorisations d'impression pour la moindre étiquette de bouteille de liqueur», selon Zobel. Le roman ne sera publié qu'en 1947.

Le ralliement de la Martinique à la France Libre, en 1943, marque la fin du règne repressif de l'Amiral Robert, envoyé du gouvernement de Vichy. Joseph Zobel rencontre alors le gouverneur Ponton, envoyé par le Général de Gaulle et la France Libre. Homme de culture, (c'est chez lui que Joseph Zobel rencontre Louis Jouvet, de retour de son exil aux Etats-Unis), il recrute le jeune écrivain comme attaché de presse du gouverneur, reponsable de deux publications: la revue Antilla et l'hebdomadaire culturel La Semaine Martiniquaise. Après le décès du gouverneur Ponton, dont le remplaçant n'accorde pas d'intérêt aux questions culturelles, Joseph Zobel retourne au Lycée Schoelcher comme secrétaire du proviseur. Profitant d'un congé administratif, il rejoint Paris pour y reprendre ses études en 1946. Suivant des cours de littérature, d'art dramatique et d'ethnologie à la Sorbonne, Joseph Zobel est en même temps professeur adjoint au Lycée François Ier de Fontainebleau, ville où il s'installe avec son épouse et ses trois enfants en 1947. C'est à cette époque qu'il découvre la France rurale et en particulier le Gard.

Publié pour la première fois en 1950, son roman La Rue cases-nègres reçoit le Prix des lecteurs, décerné par un jury de 1000 lecteurs de La Gazette des Lecteurs. Le roman connaît un grand succès, renforcé trente ans plus tard quand la réalisatrice Euzhan Palcy en tirera un film du même nom (qui obtient le Lion d'Argent à la Mostra de Venise en 1982).

En 1957, porté par son désir de connaître l'Afrique, Joseph Zobel profite de ses nombreuses relations parmi les Sénégalais de Paris (dont Léopold Sédar Senghor) et part au Sénégal dans le cadre des dispositifs mis en place par la loi-cadre. Le Ministre sénégalais de l'Éducation, Amadou Matar M'bow, le recrute comme directeur du collège de Ziguinchor (actuellement Lycée Djignabo) en Casamance. Il revient quelques mois plus tard sur Dakar comme surveillant général du lycée Van Vollen et devient quelques années plus tard producteur d'émissions éducatives et culturelles à la Radio du Sénégal, dont il crée le service culturel. Les émissions de Joseph Zobel seront écoutées dans toute l'Afrique Occidentale Francophone. Quelques anecdotes de sa vie dakaroise sont relatées dans les recueils Mas Badara (1983) et Et si la mer n'était pas bleue (1982).

Installé en France depuis sa retraite en 1974 près du village d'Anduze (département du Gard), Monsieur Zobel poursuit son travail d'écriture dans un paysage qui n'est pas sans rappeler les mornes du Sud de la Martinique. Il pratique en maître l'art floral japonais et le dessin.

En plus de Rue Cases-Nègres, Zobel raconte la vie de la Martinique rurale dans ses romans Diab'-là, Les Jours immobiles et Les Mains pleines d'oiseaux (réécrit en 1978 pour un public plus large) ainsi que dans les recueils de nouvelles Laghia de la mort et Et si la mer n'était pas bleue. En mars 2002, Zobel publie Gertal et autres nouvelles, un recueil de nouvelles suivies d'extraits de son journal (1946 à 2002).

Poète depuis de longues années, Joseph Zobel publie plusieurs recueils de poésie à compte d'auteur, dont Poèmes de moi-même (1984). Publié en 1994, Poèmes d'Amour et de Silence réunit des extraits d'un journal, des poèmes et des dessins qui en font un très beau livre d'art. En 2002, l'auteur publie chez Ibis Rouge Le soleil m'a dit..., un ouvrage rassemblant une partie de son oeuvre poétique.

Par ailleurs, en avril 2000, le lycée Thoraille à Rivière-Salée (97215 Martinique) a été rebaptisé le Lycée Joseph Zobel, en l'honneur de l'écrivain. Et le Salon du Livre Insulaire d'Ouessant a décerné son Grand Prix à Joseph Zobel, pour l'ensemble de son oeuvre, en août 2002.

Joseph Zobel meurt le 17 juin 2006 à Alès, dans le Gard (France). Voir le site créé par Alfred Largange, josephzobel.com, où vous trouverez des hommages à l'homme de lettres martiniquais.

Wolé Soyinka

Posté le 23.06.2007 par feobus
Wolé Soyinka (alias Akiwande Oluwole Soyinka) est né à Abeokuta au Nigeria le 13 juillet 1934. Soyinka grandit dans les environs de la mission anglicane d’Aké. Ses parents (son père est responsable d’une école primaire et sa mère commercante) "chrétiens et occidentalisés" tiennent cependant à équilibrer l’environnement anglophone colonial dans lequel il évolue par de fréquentes visites dans le village natal de son père, à Isara en pays Yoruba. Dans la bibliothèque familiale, Soyinka découvre la littérature et les écrivains anglais. Son oeuvre sera plus tard doublement influenceée, par la litterature européenne et par la culture Yoruba.

A 12 ans, Soyinka quitte Aké pour Ibadan et à l’âge de 18 ans entre dans la nouvelle université d’Ibadan. Il y étudie de 1952 à 1954. En 1954, attiré par le théâtre, il va achever sa formation à Leeds en Angleterre où il obtient un "BA" (l'équivalent d'une maîtrise) en anglais. De 1957 à 1959, il continue son apprentissage européen en étant notamment "script-reader", acteur et metteur en scène au Royal Court Theater de Londres.

A la même période, il compose deux de ses premières pièces, The Swamp Dwellers et The lion and the jewel. Les deux pièces seront jouées à Londres et Ibadan. En 1960, il reçoit une bourse du centre de recherche Rockefeller et retourne au Nigeria. Il crée sa propre troupe de théâtre appelée "the Mask" et produit une nouvelle pièce, A Dancing in the forest à l’occasion des cérémonies d’indépendance du NIgeria.

Anthony Phelps

Posté le 23.06.2007 par feobus
Anthony Phelps, poète, romancier et diseur, est né à Port-au-Prince, Haïti, le 25 août 1928. Après des études de chimie et de céramique aux États-Unis et au Canada, il se consacre surtout à la littérature.
En 1961 il fonde – avec les poètes Davertige, Serge Legagneur, Roland Morisseau, René Philoctète et Auguste Thénor – le groupe Haïti Littéraire et la revue Semences. Il met sur pied et anime la troupe de comédiens, Prisme, et réalise des émissions hebdomadaires de poésie et de théâtre à Radio Cacique, dont il est cofondateur.

Il publie trois recueils de poèmes, et collabore à divers journaux et revues.

Après un séjour dans les prisons du docteur-dictateur-à-vie, Anthony Phelps est contraint de s'exiler.

Établi à Montréal en mai 1964, il y fait du théâtre – scène, radio et télé – puis du journalisme. Il participe à la narration de plusieurs films.

Il réalise et produit une dizaine de disques de poésie de poètes haïtiens et québécois.

Plusieurs fois boursier du Conseil des Arts du Canada (bourse de création libre), il a obtenu, deux fois, le Prix de Poésie Casa de las Américas, Cuba.

Le 2 février 2001, Anthony Phelps reçoit du Ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (du gouvernement du Québec) une plaque en hommage, à l'occasion du forum « Encre noire, littérature et communautés noires ».

Son œuvre, soit une vingtaine de titres, est traduite en espagnol, anglais, russe, ukrainien, allemand, italien, japonais et certains de ses livres figurent au programme des études françaises de plusieurs universités des États-Unis dont : Princeton, Saint Michael's College (Vermont) et Iowa State University.

En 1985, après vingt ans de service à la Salle des nouvelles TV de Radio Canada, il prends une retraite anticipée pour se consacrer entièrement à l'écriture.

Importance de l'esclavage, "assimilation":

Posté le 17.06.2007 par feobus
Sur France 2 vous avez donné l'impression qu'au final la traite négrière n'était "pas si grave" et fort éloignée des préoccupations des noirs d'aujourd'hui. Etait-ce vraiment ce que vous avez voulu dire?

Déjà la traite n'est pas éloignée des préoccupations des noirs d'aujourd'hui, c'est moi qui ai été accusé de ne pas la considérer comme quelque chose méritant qu'on s'en préoccupe. Evidemment je n'avais que 5 minutes, mais je pensais avoir été clair, premièrement en m'inclinant devant la douleur de personnalités comme Simone Veil ou Elie Wiesel: un crime contre l'humanité n'appartient plus à un peuple.

J'ai cité l'événement littéraire se rapportant à cette commémoration, le livre de Serge Bilé sur les noirs dans les camps de concentration, qui est un succès de librairie, ce qui prouve que nous ne sommes ni muets ni sourds face à cet événement qui n'était pas juif, noir, tzigane ou homosexuel.

Ensuite, quand Dieudonné dit qu'il va apprendre à son enfant qu'il est un descendant d'esclave, je ne suis pas d'accord parce que c'est du dolorisme de sa part, lui qui est moitié breton, et moitié camerounais, et par sa moitié camerounaise il n'est nullement un descendant d'esclave.


Le livre de Serge Bilé


Vous vous insurgiez donc plus contre ce que vous perçevez comme une récupération de l'esclavage par quelqu'un n'en ayant pas directement souffert que contre l'esclavage lui-même?

Toute personne ayant lu mon livre ne se pose pas la question: sur des pages et des pages...

Justement, votre livre, que j'ai lu, me paraît beaucoup plus nuancé que vos prises de positions dans les médias, raison pour laquelle j'aimerais vraiment connaître votre opinion plus que ce qu'en dit votre livre: le fait que la traite ne soit pas une préoccupation quotidienne rend-il pour autant le sujet peu important?

Je n'ai jamais dit que la traite n'était pas au centre des préoccupations des jeunes d'aujourd'hui, je n'ai même pas dit que ce n'était pas au centre des miennes. Premièrement, j'ai dit que Dieudonné ne devait pas la récupérer comme une douleur qu'il aurait vécue, deuxièmement, qu'on ne superpose pas les douleurs. J'ai rappelé qu'en 1998, quand on commémorait le 150è anniversaire de l'abolition, un blanc a voulu y superposer l'esclavage moderne, ce à quoi j'ai rétorqué qu'il n'en avait pas le droit, que cet événement était uniquement pour la traite, et que je ne supportais pas qu'on y superpose un autre type de douleur qui n'était pas à rejeter, mais qui n'était pas celui de la commémoration en cours.

Je n'étais donc pas d'accord avec l'approche de Dieudonné, ce que je lui ai dit, je ne comprends pas qu'on tape sur quelqu'un pour exprimer sa propre douleur.

Serge Bilé ou Christiane Taubira ont fait un travail formidable, je ne pense pas que Dieudonné fasse autant de bien à la communauté noire.

Ceci dit, force est de constater que la question noire vient sur le tapis depuis quelques temps dans les médias français: curieuse coïncidence?

Croyez-vous sincèrement qu'il existe une commune mesure entre le livre de Serge Bilé et les pérégrinations de Dieudonné? Le livre de Serge Bilé nous a fait monter au créneau plus noblement que Dieudonné, Serge est passé aux actualités, il a vendu plus de 50.000 exemplaires de son livre, je préfère récupérer cet impact plutôt que celui de Dieudonné qui tape sur l'autre pour vivre, alors que Serge dit "récupérons notre histoire, la voilà". Il y a 10 ans le livre de Bilé n'aurait pas été publié, ni Kelmann, ni Fatou Diome. En 2003 j'ai été un best-seller, en 2004 Serge l'a été, en 2005 nous pouvons en avoir un ou deux, Safia Otokoré est déjà dans de bonnes ventes, elle qui est quand même vice-présidente de Conseil Régional à 35 ans.
Il faut que nous présentions ce dont nous sommes capables, pas sur le dos des autres, mais sur nos propres succès.

Il y a 5 ans on était footballeur ou musicien, aujourd'hui les choses bougent, nous n'avons pas besoin de faire notre beurre sur le dos des autres.



Un reproche vous est souvent fait, ainsi qu'à Dieudonné ou Calixthe Beyala, à savoir que vous avez un certain poids médiatique, mais quand Max Gallo fait du révisionnisme sur l'esclavage ou quand des documents sont vendus à Lyon, on ne vous entend pas dans les médias alors qu'on entend Mme Taubira ou de petites associations. Comment l'expliquez-vous et entendez-vous changer les choses à l'avenir?

Je ne peux qu'accepter ce reproche, parce que chaque fois que l'Homme, et celui auquel je suis le plus rattaché, l'Homme Noir, est atteint dans son honneur, je me sens concerné.
Cela m'a effectivement échappé, pas par volonté de ne pas m'en occuper, mais parce qu'on ne peut pas tout faire à la fois. Si les gens ont remarqué, chaque fois que je suis à l'antenne, je parle toujours d'autres noirs ayant fait des choses remarquables, même de Calixthe Beyala.

J'ai rencontré toutes ces personnes, Dieudonné, Dogad Dogoui, même Calixthe Beyala afin de voir comment nous pouvons faire avancer les choses, mais quand je vois que je me fais traiter de maniaco-dépressif...

Vous êtes d'ailleurs nominé par les grioonautes pour l'élection du "Bounty d'Or"

Je serais très heureux de l'avoir. Effectivement je suis un super-Bounty. Déjà je ne connais aucun noir n'étant pas Bounty. Que veut dire ce terme? Que je conduis une voiture? Porte un costume? Parle français? Pense héllène? Rêve en français?

Connaissez-vous une seule personne noire en France n'ayant pas ce modèle?

J'ai choisi de ne pas avoir honte de ces appartenances qui sont les miennes, autant le christianisme ou l'éducation française que ma naissance à Douala au Cameroun et tout le reste, mais je n'ai pas à prendre des postures pour laisser penser que j'ai honte de ce que je suis, je suis en France, je suis fier d'être en France, je suis fier d'être best-seller en France, je suis fier de participer à l'évolution du noir en France, mais je suis fier d'avoir toutes ces appartenances: je n'en rejette aucune.

Je vous assure que si je n'étais pas content d'être en France, je serais rentré depuis longtemps au Cameroun. Je ne m'imagine pas ces postures où l'on dit à longueur de journée "la France est nulle" sans rien faire pour qu'elle s'améliore.

Je prends souvent l'exemple suivant: quand vous demandez à un noir pourquoi il n'écrit pas il vous répond "parce qu'on n'est pas publié en France". Quand vous allez chez Karthala, Harmattan, Présence Africaine, vous trouvez des tonnes d'écriture des noirs sur l'Afrique dans divers domaines.
Peu de noirs comprennent que nous devons nous imposer dans ce pays, et des sites comme le votre sont des espaces qui nous permettent de nous exprimer.


Prenons les maghrébins. Allez dans une librairie, dans la rubrique Société vous trouverez une cinquantaine de titres, sans compter ceux que vous pouvez avoir sur commande. Je voudrais des Tahar Ben Jelloun, Azouz Begal qui disent à la France "nous sommes là".

Bilé, Dia et Safia, trois livres en Février, ça fait mon bonheur, comme Abd Al Malikh et Thuram l'ont fait l'année dernière.

Petit à petit nous saisissons notre histoire et disons qui nous sommes.

Des rumeurs annoncent la sortie imminente de votre second livre. Est-ce vrai, et si oui ne faites-vous pas votre promotion par vos apparitions?

Je n'ai jamais appelé un média. Même Sophie mon attachée de presse ne le fait pas. On m'appelle, et j'y vais si j'ai quelque chose à dire. Si on m'appelle sur la Guerre du Darfour je n'irai pas parce que j'estime que je n'ai pas voix au chapitre. Si on m'appelle pour parler de Dieudonné, ou de la discrimination positive j'estime avoir droit au chapitre et j'y vais.

Si ça fait la publicité de mon livre comment prétendrai-je ne pas y prendre du plaisir? On fait un livre pour le vendre. Je me souviens de cet écrivain africain qui disait écrire pour lui-même, mais publiant néanmoins.

Je voudrais qu'on écrive, que les gens sachent qui nous sommes. Je suis fier quand on me dit que j'ai fait évoluer les choses dans le domaine de la discrimination positive, et j'associe tout le monde à ce bonheur là, notamment sans forfanterie Grioo.com et tous les sites où je puise mes informations.



Est-il donc vrai que vous préparez un second livre?

Evidemment que je prépare un second livre! Je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin. Je continue à parler des mêmes choses. Il est clair que le manioc a soulevé une immense polémique ce qui est à mon honneur et à mon plaisir, si vous vous souvenez, à la fin du livre je souhaitais le débat.
Le débat m'a fait remonter des choses que je n'avais pas dites ou mal expliquées.

Je n'ai même plus le droit de sortir un roman aujourd'hui ce qui serait mon rêve, comme celui de tout écrivain, je suis obligé de retourner dans le débat en espérant que dans 6 mois - 1 an d'autres gens prendront la relève qui parleront de l'approche sur l'Egypte, de la problématique française.
Serge a pris l'approche historique, mais le domaine sociologique est inépuisable.

Nous avons des éditeurs pouvant nous faire confiance. Si un jeune veut que nous écrivions à quatre mains, je suis tout à fait disponible, ce que je suis d'ailleurs en train de faire avec une personne.
Nous devons avoir autant de productions que nos frères maghrébins qui sont dans la même problématique de minorité visible que nous, mais qui ne sont pas dans une approche consistant à taper sur les juifs.

Votre précédent livre a reçu le reproche de prôner l'assimilationnisme comme méthode d'intégration en France. Votre réflexion a-t-elle évolué sur ce sujet ou votre prochain livre sera-t-il dans la continuité du précédent de ce point de vue?

Vous savez il y a deux catégories d'hommes. Ceux qui regardent la vérité en face et tournent le dos. Ceux qui la regardent et l'affrontent.
Il y a le névrosé et le psychotique: le psychotique croit que deux et deux font cinq, le névrosé lui sait fort bien que deux et deux font quatre mais ne peut le supporter (NDLR: Pierre Desproges avait fait un sketche sur cette comparaison).




Que veulent dire "assimilation" ou "intégration" aujourd'hui? L'intégration concernait des personnes venant d'Afrique et qui n'avaient pas tous les éléments pour se trouver à leur place en France. Leur intégration consistait à poser ces éléments indispensables comme la langue, le logement, l'intégration dans une espace professionnel, et à l'enrichir de leurs apports personnels.
Le couscous arabe, le raï, le rap n'appartiennent plus aujourd'hui à leurs groupes originels: ils se sont "intégrés" au milieu français.

Peut-on imaginer de vivre en France sans parler français? Pourtant des blancs "amis" des noirs leur ont dit que ce n'était pas la peine parce qu'ils vont rentrer chez eux, ont été crus.

L'"assimilation" qui veut dire la même chose qu'"intégration" dans le dictionnaire existe sous deux types: [b]l'assimilation voulant que les blancs aillent en Afrique pour transformer les africains en hommes blancs d'Afrique, donc en leur faisant oublier leur environnement. Exemple les vacances de Juillet/Août qui ont un sens en Europe mais pas nécessairement dans une ville comme Douala au Cameroun où il pleut tout le temps pendant cette période.
On peut le déplorer ou pas, mais sur la place du marché de Douala on parle moins aujourd'hui bassa, douala ou ewondo que français et anglais[/b].

En France on se demandera d'un gamin s'il est "assimilé" ou "bounty" parce qu'il est basané. Si on veut l'appeler "assimilé" qu'on l'appelle ainsi, moi je dis qu'il est français à 100%, il est dans son pays.








Vous admettez volontiers qu'on vous fait souvent remarquer que les blancs ne s'intègrent pas quand ils vont en Afrique

C'est intéressant parce que qu'est-ce que l'Afrique profonde? Les villages où les africains eux-mêmes ne mettent pas les pieds? New-Bell (NDLR: quartier populaire de Douala) qui est sale et crasseux?
Quand le blanc vient, il vient dans un espace ayant vocation à vivre dans le modernisme indispensable: qui n'a pas besoin d'un climatiseur ou d'une voiture à Douala?

Quand le choléra frappe à Douala il frappe à New-Bell et pas à Bonapriso (NDRL: quartier résidentiel de Douala), et on veut que quand le blanc arrive il aspire à vivre à New-Bell pour prendre deux femmes?

Les enfants dont vous parlez sont certes français, mais un point n'a pas entièrement convaincu dans votre livre: quelle part de culture africaine doivent chercher les parents à inculquer à leurs enfants? En vous lisant on a l'impression qu'ils n'ont aucune obligation dans ce domaine.

Premièrement ils ont celle qu'ils choisissent. Deuxièmement celle qu'ils connaissent.
Qu'est-ce que le camerounais de 2005 transmettra à ses enfants? Chez moi on mange du manioc, à Noël j'étais au Cameroun avec mes enfants qui parlent notre patois. C'est un enrichissement supplémentaire que je leur ai fourni sans avoir besoin de marquer sur mon front africaniste ou autre!
Je peux vous garantir que les parents qui sont allés dans leur pays d'origine avec leurs enfants et dont les enfants parlent leur langue natale sont très peu nombreux. Les miens le font mais je n'ai pas besoin de le brandir. Ce que je demande c'est que nous transmettions ce que nous devons transmettre.



Est-ce qu'il y a une religion africaine? Est-ce que c'est le kibanguisme, le vodou? Je n'en sais rien. Celle qu'on m'a transmise c'est celle de la croix et du crucifix et c'est celle-là que je transmets à mes enfants. Pareil pour l'école "à l'européenne" que je leurs transmets.


Dans mon domaine privé, qu'ils mangent du macabo ou du plantain c'est mon espace privé. J'aimerais qu'on me dise dans l'espace public ce qui va distinguer un petit camerounais d'un petit sénégalais ou d'un petit chinois vivant en France, c'est la question que je me pose.

Un cinéaste camerounais a été tellement surpris par mon naturel au Cameroun qu'il a voulu me suivre partout pour montrer la réalité de Gaston Kelman, celui qui dit qu'on a un univers aujourd'hui, tout à fait moderne, nous ne devons plus avoir des angoisses méta-physiques ou des problèmes existentiels, il y a une réalité qui est maîtrisée.

Pour terminer je dirai que le jour où un petit noir deviendra président de la France, il sera plus utile à l'Afrique que s'il était président du Cameroun.

Oroonoko

Posté le 17.06.2007 par feobus
Oroonoko est un bref roman écrit par Aphra Behn et publié en 1688. L’ouvrage, dont le héros est un Africain réduit en esclavage au Suriname dans les années 1660, a trait à une histoire d’amour tragique et s’inspire des nombreuses expériences vécues par l’auteur elle-même dans les colonies sud-américaines. Il a été souvent affirmé, notamment par Virginia Woolf, qu’Aphra Behn fut la première vraie femme de lettres de la littérature anglaise. Sans que cela soit entièrement vrai, il semble néanmoins incontestable qu’elle fut la première femme à exercer professionnellement ses activités d’auteur dramatique et de romancière. Oroonoko fait partie à ce titre des plus anciens romans écrits en langue anglaise, et occupe une place de choix dans la littérature de la Restauration anglaise.

Oroonoko est un roman relativement court, dont le titre complet est en réalité Oroonoko, ou l’Esclave Royal (Oroonoko, or the Royal Slave en anglais). L’ouvrage rapporte l’histoire d’Oroonoko, petit-fils d’un roi africain, qui tombe amoureux d’Imoinda, la fille du meilleur général de ce roi. Le roi succombe, lui aussi, aux charmes de la jeune fille, et lui ordonne de devenir l’une de ses épouses (Aphra Behn se représente les tribus africaines comme pratiquant la polygamie). Imoinda préfère jeter son dévolu sur Oroonoko, et fait savoir qu’elle aimerait mieux mourir plutôt que de se marier au vieux tyran. Ce dernier, furieux d’un tel choix, fait vendre Imoinda comme esclave. Oroonoko, de même, est piégé et capturé par le machiavélique capitaine d’un vaisseau négrier. Les deux prisonniers sont emportés au Suriname, à l’époque une colonie anglaise des Antilles dont l’économie était fondée sur les plantations de canne à sucre. Oroonoko et Imoinda ont l’occasion de s’y retrouver, bien que la beauté de la jeune fille suscite la convoitise du député-gouverneur, Byam.

Oroonoko se résout à organiser une révolte des esclaves : tous sont pourchassés par les soldats et incités à se rendre lorsque Byam leur promet une amnistie, ce qui n’empêche pas ce dernier de faire fouetter copieusement Oroonoko. Brûlant de venger son honneur et d’exprimer sa colère, l’esclave assassine le député-gouverneur, tout en sachant pertinemment qu’il serait retrouvé et exécuté. De peur qu’Imoinda n’ait à subir des violences ou des humiliations après sa mort, Oroonoko envisage de la tuer également : les deux amants discutent de la marche à suivre, et Imoinda lui donne son consentement. L’amour ressenti par Oroonoko lui interdit un instant de mettre son projet à exécution, mais lorsqu’il finit par la poignarder, sa bien-aimée meurt avec un sourire sur le visage. Oroonoko est retrouvé en train de veiller sur son corps. Les arrivants parviennent à empêcher son suicide, mais uniquement pour lui faire subir une exécution publique en bonne et due forme. Tout au long de son supplice par démembrement, et jusqu’à la mort qui s’ensuivit, Oroonoko fume calmement la pipe et résiste stoïquement à la souffrance sans crier.

Peu après la mort d’Oroonoko, les Néerlandais prennent les rênes de la colonie et matent une révolte en massacrant sans pitié les esclaves.

Le roman est rédigé en mélangeant la première et la troisième personnes, étant donné que la narratrice est une observatrice extérieure des événements affectant les deux héros au Suriname. Elle se présente comme une jeune femme anglaise de la bonne société venant d’arriver en compagnie de son père, qui était censé devenir le nouveau député-gouverneur de la colonie. L’homme trouva malheureusement la mort au cours de la traversée. La narratrice et le reste de sa famille n’en sont pas moins placés à leur arrivée dans la plus belle maison des environs, et les rencontres que fait la jeune Européenne avec les autochtones et les esclaves viennent régulièrement se mêler à l’histoire d’Oroonoko et d’Imoinda. À la fin du roman, la narratrice quitte le Suriname et repart pour Londres.

La structure de l’œuvre s’organise autour de trois grandes parties : le texte est introduit en premier lieu par une attestation d’authenticité, dans laquelle l’auteur certifie que son ouvrage ne constitue pas une fiction et n’a pas non plus le pédantisme de s’ériger en essai historique. Aphra Behn jure avoir été la témoin des faits qu’elle rapporte et de n’avoir pas cédé à la tentation d’embellir ces derniers, en s’efforçant de ne se fonder que sur la réalité. Il s’ensuit, dans la seconde partie, une description du Suriname et des Amérindiens, qui y vivaient encore seuls peu de temps auparavant. L’auteur voit en ces autochtones une population saine et simple semblant vivre encore à l’époque de l’âge d'or, comme semble le prouver le fait que l’on trouve précisément de l’or dans cette contrée. Ce n’est qu’après ces deux prologues que la narratrice débute l’histoire d’Oroonoko lui-même, avec le complot entre son grand-père et le capitaine, la captivité d’Imoinda et sa propre capture. La suite, vécue directement par la narratrice, est rapportée au présent de l'indicatif : Oroonoko et Imoinda se retrouvent, puis rencontrent la narratrice et Trefly. La troisième et dernière section contient le récit de la rébellion menée par Oroonoko et des tragiques conséquences qui s’ensuivirent.



On sait d’Aphra Behn qu’elle s’engagea en tant qu’espionne au service du roi Charles II d’Angleterre au début de la seconde guerre anglo-hollandaise, dans le but de démasquer un agent double. Charles semble néanmoins n’avoir rémunéré qu’en partie ou pas du tout les efforts d’Aphra, ce qui fait que cette dernière se trouva en manque d’argent à son retour en Angleterre. Devenue veuve, proche de la misère, elle fit plusieurs séjours en prison pour endettement avant de connaître enfin le succès littéraire. La jeune femme se révéla en effet douée pour composer d’élégants poèmes qui se vendaient bien et qui allaient lui assurer la postérité. Elle rédigea par ailleurs plusieurs pièces de théâtre qui rencontrèrent un franc succès à l’époque et firent d’elle un auteur établi : au cours des années 1670, seules les pièces de John Dryden se jouèrent plus souvent que les siennes.

Aphra ne s’essaya à une prose plus longue que vers la fin de sa carrière, et Oroonoko fut publié l’année où elle trouva la mort, à l’âge de 48 ans. Il s’agit aujourd’hui, parmi les romans de l’auteur, de son œuvre la plus étudiée. Oroonoko n’eut cependant que peu de succès du vivant de sa créatrice : il se vendit bien, mais ne devait connaître sa véritable heure de gloire qu’après son adaptation au théâtre par Thomas Southerne (voir ci-dessous). Le roman ne commença à être lu avec intérêt que quelques années après la mort d’Aphra. Depuis, l’authenticité des faits clamée par l’auteur a été considérée avec plus ou moins de conviction. Les premiers biographes d’Aphra Behn interprétèrent le « Je » du roman comme le signe que l’auteur parlait en son propre nom, et ainsi n’hésitèrent pas à incorporer dans leur compte-rendu de la vie de l’écrivain les faits qui, dans Oroonoko, sont rapportés au sujet de la narratrice. Or il est nécessaire de rappeler que ce roman est une œuvre de fiction, et que le « Je » n’a par exemple pas plus de portée que le « Je » de Jonathan Swift dans les Voyages de Gulliver, ou que celui de Daniel Defoe dans Robinson Crusoé.

Les commentateurs, jusqu’à aujourd’hui, n’ont pas été en mesure de déterminer dans quelle mesure la narratrice d’Oroonoko pourrait représenter Aphra Behn. Les milieux universitaires débattent même depuis plus d’un siècle sur la question de savoir si l’auteur a bel et bien effectué une visite au Suriname, et si oui à quelle époque. D’un côté, la narratrice rapporte avoir « vu » des moutons dans la colonie alors que ces animaux ne pouvaient y survivre, ce qui contraignait même les colons à importer de la viande depuis la Virginie. D’ailleurs, comme le souligne Ernest Bernbaum dans Mrs. Behn’s Oroonoko, toutes les informations substantielles au sujet de cette contrée peuvent avoir été puisées dans les récits de voyage de William Byam ou George Warren, qui circulaient aisément dans la Londres des années 1660.

D’un autre côté, comme le rappellent J. A. Ramsaran et Bernard Dhuiq, Aphra parvient à reproduire avec précision les couleurs locales et l’aspect général de la colonie. En outre, l’exactitude topographique ou sociologique n’était pas la préoccupation majeure des lecteurs de romans au XVIIe siècle, et Aphra Behn ne se souciait généralement pas d’être précise pour situer ses autres récits. Ses pièces de théâtre, en particulier, se déroulent dans un cadre assez flou et n’accordent que peu de place aux descriptions : comment expliquer alors le degré de précision d’Oroonoko ? Il faut aussi noter que tous les Européens mentionnés dans le roman étaient réellement présents au Suriname à l’époque, et que l’auteur ne prend jamais la liberté d’inventer des colons de toutes pièces. Les personnages du roman, enfin, ne correspondent pas aux préférences d’Aphra Behn en matière de fiction : la jeune femme, contemporaine de la première révolution anglaise, fut toute sa vie une fervente royaliste, et avait coutume de mettre en scène de vertueux partisans du roi Charles II pour les opposer à de machiavéliques suppôts du Parlement. Oroonoko ne répond pas à ce modèle, ce qui semble prouver que l’auteur a été contrainte par la réalité des faits : ainsi Byam et James Bannister, tous deux royalistes, n’en ont pas moins un tempérament licencieux et sadique. À l’inverse, le véritable disciple de Cromwell qu’est George Marten se montre raisonnable, juste et ouvert d’esprit


Il semble donc, tout bien pesé, qu'Aphra Behn ait réellement voyagé au Suriname. Elle ne peut cependant s’identifier totalement à la narratrice d’Oroonoko. D’une part, cette dernière rapporte que son père, futur député-gouverneur de la colonie, serait mort au cours de la traversée. Or telle ne fut pas la fin du père d’Aphra, Bartholomew Johnson, bien qu’il soit effectivement mort entre 1660 et 1664. Par ailleurs, rien n’indique que quiconque à part William Byam ait été député-gouverneur de la colonie à cette époque, et la seule personnalité à mourir un jour au cours de la traversée fut Lord Willoughby, le représentant patenté du roi à La Barbade et au Suriname. Mais au-delà, l’histoire de la mort du père de la narratrice permet d’expliquer l’antipathie de cette dernière envers Byam, devenu de facto l’usurpateur de son père. Cette paternité de fiction fournit ainsi une raison commode au portrait peu flatteur du député-gouverneur, prétexte qui pourrait dissimuler l’antipathie bien réelle que ressentait Aphra Behn pour le vrai Byam.

De même, il est peu probable que l’auteur soit allé au Suriname en compagnie de son mari, bien qu’elle ait pu rencontrer ce dernier là-bas ou lors de son voyage de retour. Une femme, si elle était de bonne famille et l’esprit tranquille, n’aurait pas entrepris seule une telle traversée. On peut donc supposer que Behn soit partie pour cette colonie en compagnie de sa famille, ou bien sous le chaperonnage d’une Lady plus âgée. Quant au but de sa visite, l’universitaire Janet Todd soutient qu’il s’agissait d’une affaire d’espionnage : le député-gouverneur Byam exerçait à l’époque une domination absolue sur la région, et voyait son pouvoir contesté non seulement par d’ex-républicains comme le colonel George Marten mais aussi par d’autres royalistes. Les compétences de Byam pouvant prêter à caution, il n’est pas impossible que Lord Willoughby ou Charles II n’aient désiré une enquête approfondie sur l’administration de la colonie.

En-dehors de ces quelques faits, peu nous est connu. Les premiers biographes d’Aphra Behn ont non seulement pris au pied de la lettre les assertions de la narratrice, mais certains ont été jusqu’à inventer une liaison amoureuse entre l’auteur et le héros du roman. Cela fut démenti dès 1698 par les anonymes Mémoires d’Aphra Behn, Écrite par Une du Sexe Faible, qui insistent sur le fait que l’auteur était trop jeune à l’époque des faits décrits dans Oroonoko pour que cela soit concevable. Des biographes plus tardifs ont pris la peine de raviver la polémique, pour soutenir ou rejeter cette hypothèse fantaisiste. Il est pourtant beaucoup plus profitable de considérer ce roman comme un compte-rendu d’enquête ou un document historique plutôt que comme une autobiographie.

Tout comme d’autres éléments rapportés par la narratrice, l’idée qu’Oroonoko ait pu réellement exister, organiser la révolte de ses compagnons et même rencontrer l’auteur a été prise au sérieux par les lecteurs et les commentateurs pendant des siècles, bien qu’aucun indice ne permette d’en juger avec certitude. Aphra Behn a été longtemps crue sur parole lorsqu’elle écrit avoir vraiment rencontré un prince africain réduit en esclavage. Or, en trois siècles, aucun chercheur n’a été en mesure de trouver un personnage historique correspondant aux descriptions de l’auteur. On peut donc supposer que le héros du roman est fictif, tout en s’inspirant dans une certaine mesure de la réalité.

L’une des personnes s’approchant le plus d’Oroonoko semble être un colon blanc du Suriname, Thomas Allin. L’homme, rendu misérable et désabusé par cette terre inhospitalière, sombra dans l’alcoolisme, et proférait des jurons si grossiers que le député-gouverneur Byam craignit de voir s’effondrer le tribunal lors de leur répétition au procès de Thomas. Dans le roman, Oroonoko prévoit de tuer Byam et de se suicider ensuite : cela correspond avec un plan imaginé par Allin et qui consistait à tuer Lord Willoughby avant d’attenter à sa propre vie, car, disait-il, il lui était impossible de « posséder ma propre vie, quand je ne peux en jouir dans la liberté et l’honneur ». Il blessa Willoughby et fut emmené en prison, où il parvint à mettre fin à ses jours. Son corps fut transporté au pilori,




Poème de Raoul Peck

Posté le 15.06.2007 par feobus
Le cinéaste haïtien rend hommage au comédien assassiné


Le comédien haïtien François Latour a été assassiné. Raoul Peck lui a rendu hommage dans un poème que pouvez lire ci-dessous :


Les lâches ont encore frappé.
Encore une fois ils ont frappé un poète.
Après Jacques, François.
Après le crime politique, la vulgarité d’une rançon.

Une balle dans le ventre a t’on rapporté.
Acte lâche. Acte imbécile. Acte futile.
La mort contre de l’argent.

François n’a pas eu froid aux yeux. Je le sais.
François les a regardés droit dans les yeux. C’est sûr.
Car François lui, il détestait la lâcheté.
Il détestait les abus, la trahison, et plus que tout, la bêtise.

Il lui ont tiré dans le ventre, a t’on rapporté.
François, c’est sûr, ne leur a pas laissé le choix de lui tirer dans le dos.

Cette débâcle macabre, qui continue.
Des rats en fuite, mais cela ne suffit toujours pas assurément.

Il est trop tard pour François et pour beaucoup d’autres.
Tant d’irresponsables passés à la tête de ce pays. Ils portent sur leur conscience muette, la mort de François et de tous les autres, connus et inconnus, riches ou pauvres, haïtiens ou étrangers, sacrifiés à la bête. _ Héritage politique mortel. Sinistre récolte sans fin.

Les lâches ont encore frappé. Ils ont tué François.

Avec lui disparait toute une génération d’artistes et d’haïtiens droits et “vanyan”.
Nous perdons un homme sans compromis.
Un intègre, qui avait réussi à survivre, rongé, torturé, les sentiments à fleur de peau.

Un acteur inégalable, si rarement utilisé, trop grand pour notre pays qui n’a su qu’en faire.
Un homme, souvent déçu et blessé, fuyant amateurisme, médiocrité, et plus que tout la « malveillance ».
Un homme grand, droit, sincère, entier, modeste, drôle, généreux.
Un homme seul aussi, sans place pour ceux comme lui.

Voici le cercle bouclé.
Les lâches l’ont achevé.
Puisqu’il ne servait à rien dans leur plan de destruction acharné et aveugle.
Tout juste pour un morceau de rançon.
100.000 $ pour la vie d’un ami cher.
Chiffre ridicule pour la vie d’un être unique et précieux.
Mais chiffre obscène surtout, révélant le prix inverse des cerveaux malades et vils des mécréants assassins, qui ont abattu le poète.

Mais poète,
Nous ne laisserons pas ta mort sans justice !
Comme pour tous les autres.
Un jour nous saurons les noms de tes meurtriers.
Les lâches ne gagnent jamais dans la longue histoire des peuples.

À très bientôt donc poète.
Nous te saluons. Nous te suivons.
Poète nous t’aimons.

Honneur à toi Poète. Et respect.

C’est pour la vie.
La mort n’y changera rien.

Calixthe Beyala ou quand le Verbe entre en scène

Posté le 14.06.2007 par feobus
Voilà près de 28 ans que Calixthe Beyala a envahi les rayons des libraires et collectionné quelques prix littéraires : Grand prix littéraire de l’Afrique noire, Prix tropique, Prix François Mauriac de l’académie française, Grand prix Unicef, pour n’en nommer que quelques uns. Malheureusement ce que l’on connaît d’elle, nous public, ce n’est que trop de critiques, de prises de position et peu de ses livres, ceux qui ont fait d’elle, ce personnage public !!

En prenant la plume, Calixthe Beyala veut briser le miroir dans lequel les écrivains et les hommes ont voulu enfermer la Femme, la mouler dans une image de paraître, sans lui laisser voir son propre visage. Calixthe Beyala veut montrer le visage d’une Femme Autre, celle qui veut se dire, celle qui écrit, celle qui écrit par et avec la tradition. Etre femme dans les textes de Beyala est un statut à acquérir et à défendre, reconnu par un étiquetage dénoncé dans ses livres « les mariées, les épousables et les autres… . »(1).
Son premier ouvrage « c’est le soleil qui m’a brûlée », empreinte son titre au « Cantique des cantiques », seul écrit biblique qui parle de l’amour d’une femme et qui s’attache seulement à la beauté physique, sans jamais parler de Dieu.

Beyala nous parle dans ses ouvrages de ces Autres qui malheureusement ne sont que des objets pour les hommes, des « refoulée à l’angle, tassées »(2). Dans cette écriture rebelle, et dénonciatrice, Beyala rappelle à juste titre qu'écrire c'est peut-être dire quelque chose aux autres, leur proposer un autre regard sur la réalité, sur les rites, sur soi, sur sa négritude.


Ainsi en allant à l'intérieur de ses textes, se met en scène un pas de danse, créant une atmosphère tropicale et choisissant un partenaire féminin qui évolue sur des rythmes endiablées. Endiablés comme "La négresse rousse "(3), Mégri à la chevelure rousse et ses deux amants. Sur cette note de couleur, Beyala joue avec les références ; la couleur rousse est une couleur entre le rouge et l’ocre. Cette couleur représente le feu impur, qui brûle sous la terre, le feu de l’enfer. Le roux évoque le feu infernal dévorant, la passion du désir, la chaleur d’en bas. Cette passion du désir dont l’héroïne Ateba évoque, cette passion du désir destructeur, cette passion qui prend Irène dans « Femme nue femme noire »(4), dépendante du sexe et des mots : «des mots qui détonnent, déglinguent, dévissent, culbutent, dissèquent, torturent ! Des mots qui fessent, giflent, cassent et broient…»(4) Mettre en mots le désir, la passion, c’est prendre la parole et la porter aux Autres.

Cet acte est difficile car la parole est sacrée, c’est le Verbe. Ce verbe qui a été donné à l’homme, ce verbe qui s’engouffre dans les rues et qu’Ateba tente de s’approprier. Le Verbe doit alors être raconté, transmis à toutes les femmes pour qui l’auteure écrit. L’Etre féminin pourrait alors être à son tour une émanation du Verbe créateur. Cette transmission de parole est accompagnée de douleur, de silence, de colère et de meurtres. Alors écrire comment et avec quoi ? C’est le postulat du premier texte de Beyala, elle tisse sa toile pour tous les textes et tous les écrits à venir, c’est une mise en abyme de l’écriture, de l’acte d’écrire.

Il faut écrire au travers d’une norme europhone qui se veut roman et d’une norme judéochrétienne qui définit la femme comme une partie de l’homme, une côte de l’homme.
Qu’en est-il de la culture Béti ? Comment traduire de l’oralité dans des textes, de l’écrit dans l’oralité des rites ? Beyala rédige des phrases courtes où le Verbe envahit l’espace, démonte des mécanismes et introduit subrepticement de l’oralité, de la tradition, des rites. L’écriture francophone féminine, ne peut être castratrice, elle doit être constructrice même si dérangeante car différente de la norme.

La femme ne doit plus être « à genoux, le visage levé vers le ciel…position de la femme fautive depuis la nuit des temps…assise. Accroupie. A genoux… Ainsi le veulent la lune, le soleil, les étoiles… », elle doit Etre, avoir sa place, comme la tradition et le rite lui accordent.

C’est l’initiation qui offre à regarder différemment les textes de Beyala. L’initiation est le franchissement d’une porte donnant accès à un ailleurs ou à un autre. Dans ses textes, une clé numérique permet d’accéder aux rites, à un autre lendemain. Les principaux chiffres sont : 1, 3, 6, 7, 9. Le chiffre neuf, chiffre parfait et magique, représente l’universalité et est le carré du chiffre trois, chiffre novateur. Ce même chiffre neuf retrouvé dans « les arbres en parlent encore » ou « C’est le soleil qui m’a brûlée » est comme une réappropriation d’une paternité biblique.
Les femmes mises en scène par Beyala seraient des Lilith en puissance, pleines d’Inconnu et de mystères
« Derrière la jeune fille de dix neuf ans….trottinait l’ombre de la femme… »(5). C’est par le verbe que la femme reconstruit à l’image de la création biblique son environnement « elle pleure pendant sept jours et sept nuits et ses larmes formèrent la mer, les rivières, les marigots et les lacs..»(6) si le chiffre neuf encadre les textes de Beyala c’est parce que dans les sociétés bétis, il faut neuf jours pour les neuvaines, il faut neuf jours pour tout et c’est le neuvième jours qu’il se passe des choses contrairement à la société judéo-chrétienne qui en compte sept.

Le parcours initiatique est mis en mots par Beyala dans les titres de ses textes, dans le nom de ses héroïnes, dans les lieux utilisés, avec des difficultés parcours que l'on retrouve dans les rites d'initiation où pour devenir initié, il faut passer par des épreuves exutoires dont le meurtre. Alors pour sortir de l’ordre biblique Homme/femme, la pratique du rite du Mevungu est amorcée.
Ce rite était surtout demandé lors de circonstances fâcheuses : « le Mevungu apparaissait comme un moyen de protection et d’élimination des maléfices aux yeux de tous, femmes et hommes…. Le Mevungu connaissait deux catégories d’initiées : la plus large regroupait l’ensemble des femmes mariées et les jeunes candidates, Von Mevunu, étaient préparées à Minlaaba par une réclusion solitaire de neuf jours. . »(7).

La femme a tellement besoin d'Etre qu'elle envahit l'espace, qu'elle saigne le papier, qu'elle s'interroge sur un autre espace où la société serait organisée autour d’une féminitude reconnue.

Une des spécificités de Beyala est d'avoir voulu proposer dans des textes peut-être européanisants, des éléments traditionnels de la société béti. Alors qu’est-ce qui nous dérange réellement dans les textes de Beyala : une légitimation de sa féminitude ou une utilisation inattendue de la tradition et de ses rites initiatiques. Une des vrais difficultés de la lecture des textes de Beyala est d’aller au-delà des premières impressions au-delà de nos préjugés, de nos présupposés et d’aller alors au cœur du texte afin d’en apprécier la mise en écriture des rites et de la tradition. Laisser les mots entrer en scène et l’écrit ne sera que le support d’une parole.






Ce blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus