Ecrivains
Posté le 30.06.2007 par feobus
Pierre Wakaw Gope naît le 31 janvier 1966 en Nouvelle-Calédonie, à Maré, l'une des îles de l'archipel des Loyauté, dans l'un des clans de la tribu de Pénélo. Il grandit entre l'école et la vie à la tribu, à l'écoute de son grand-père et de la terre.
Jeune stagiaire au développement, il accomplit en 1990 un long périple autour de la Grande Terre calédonienne pour enquêter sur les origines du peuple kanak.
Un an plus tard, il découvre le théâtre en assistant à une répétition du groupe Koteba, compagnie africaine que dirige le metteur en scène Suleiman Koly. Et il a l'immédiate conscience qu'existe là une forme rendant possible une parole nouvelle.
Il quitte alors pour la première fois sa terre natale en direction d'Abidjan où il travaille avec Suleiman Koly. Puis il rejoint Peter Walker au Vanuatu, suit une formation avec Peter Brook à Rennes et fonde au début des années 1990 sa propre troupe, la Compagnie Cebue (Cebue signifie « mémoire » en nengone, la langue de l'île de Maré).
Dès 1992, la création par celle-ci de Wamirat, le fils du chef de Pénélo révèle toute l'originalité d'une voix qui s'attache à tisser les ressources formelles et symboliques de la langue française et de la langue maternelle de l'auteur, le nengone. Et qui sait s'appuyer sur la théâtralité des cultures océaniennes, où l'humour et la poésie, la malice et la solennité font étonnamment bon ménage.
Cette voix n'a pas cessé depuis d'interpeller la société qui est la sienne. Celle de la Nouvelle-Calédonie qui entend se projeter dans un destin commun à toutes ses communautés. Celle de la société kanak à laquelle Pierre Gope renvoie un miroir qui sait se faire sans concessions, sur des thèmes aussi difficiles que le viol, l'inceste, le suicide, l'alcoolisme, la compromission sous toutes ses formes, la violence. Mais en l'appelant à aller chercher en elle-même, en ses valeurs profondes d'accueil et d'ouverture aux apports de l'extérieur, la force de dire non à l'exclusion et de maîtriser son développement.
Du 24 septembre au 25 novembre 2001, en compagnie d'auteurs de théâtre de l'Outre-mer français, Pierre Gope a participé à la résidence d'écriture « D'un océan à l'autre » à Villeneuve-lès-Avignon - la Chartreuse. De cette résidence est née, avec l'auteur calédonien Nicolas Kurtovitch, la pièce Les Dieux sont borgnes. L'écriture de La Parenthèse s'est amorcée à cette occasion.
Pierre Gope est par ailleurs membre de l'Association des écrivains de la Nouvelle-Calédonie.
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Posté le 30.06.2007 par feobus
Jean-Claude Fignolé naît le 24 mai 1941 à Jérémie (Haïti). Tour à tour critique d'art (au Centre d'art de Port-au-Prince), journaliste (Petit samedi soir, années 1970) et enseignant, Jean-Claude Fignolé s'est créé une place de choix dans les milieux intellectuels haïtiens.
Critique littéraire, il explore l'univers romanesque de Jacques Roumain, tout en montrant les tendances et même les fondements thématiques des romans liés à l'époque de cet auteur. Avec René Philoctète et Frankétienne, il fonde le Mouvement Littéraire « Spiralisme » qui marque un tournant décisif dans la littérature haïtienne. Les premiers romans de Fignolé, publiés chez Seuil, s'inscrivent parmi les meilleures œuvres fictionnelles de la fin du 20ème siècle, tant en Haïti que dans les Antilles françaises.
Jean-Claude (qui a fait des études de droit, d'agronomie et d'économie) prend une part active aux premiers États-Généraux de la Francophonie. Il donne des conférences dans différents forums internationaux, explorant des sujets tels la littérature, l'environnement, le développement intégré et cetera.
L'auteur se lance aussi dans les affaires. Passionné de bateaux de plaisance, il investit dans le tourisme. Il fait découvrir à des Haïtiens comme à des étrangers les sites magnifiques du Golfe de la Gonâve de même que les points d'intérêts de la Presqu'île du Sud. Il monte alors une petite compagnie, Haiti Boat Charter, qui travaille d'abord sous contrat avec le groupe suisse Hôtel Plan et ensuite, avec le Club Med. En 1990, il fonde, avec des amis, la compagnie Freda Sea Line qui assure un service de cabotage Inter-Iles.
Dans les années 1980, Jean-Claude Fignolé apporte un support essentiel aux habitants du petit village Les Abricots dans la Grande Anse. Il les assiste dans un travail de développement de toute nécessité (reboisement, éducation, santé, constructions routières, agriculture et cetera).
On le retrouve observateur de première loge, tenant, dans Le Nouvelliste, de 1990 à 2000, la rubrique «Rompre le silence» dont les analyses politiques font découvrir la laideur d'un pays cloué dans son échec.
Fignolé s'est depuis tantôt retiré des affaires. À la direction du Collège Jean-Price Mars (qu'il avait fondé avec René Philoctète et Victor Benoît), il se consacre à l'écriture, prononce des conférences et continue d'explorer, en fin de semaine, les routes de la mer qui mènent aux plus belles plages de Haïti et à l'évasion.
Posté le 30.06.2007 par feobus
Né au Cap-Haïtien le 28 mai 1936, Gérard Vergniaud Étienne quitte à 15 ans le foyer paternel. Il proteste ainsi contre la violence que son père fait subir à sa mère parce qu'elle ne partage pas ses croyances vaudou. Il restera terriblement marqué par cette période de sa vie. Il part pour Port-au-Prince. À quinze ans il participe à une insurrection contre le gouvernement despotique de Paul E. Magloire. Arrêté en compagnie de Luc B. Innocent et de Windsor K. Laferrière, il est emprisonné et torturé.
Disciple du marxiste haïtien, le grand romancier et médecin Jacques-Stephen Alexis, il participe à un complot contre le gouvernement fasciste de François Duvalier. Il est arrêté et torturé (23 ans). Cette vie turbulente ne l'a pas empêché de faire des études classiques en Haïti, d'enseigner dans de prestigieux collèges et d'amorcer une carrière de journaliste.
En effet il rédige à 13 ans ses premiers poèmes qu'il interpréte à la radio. À l'âge de 16 ans, il achève un premier livre de poésie. Puis il publie coup sur coup Au milieu des larmes (1960), Plus large qu'un rêve (1960), La raison et mon amour (1961), Essai sur la négritude (1962) et Le nationalisme dans la littérature haïtienne (1963).
Il fonde le groupe culturel Samba qui devait devenir Haïti-littéraire. Parallèlement à sa vie d'écrivain, il enseigne dans des collèges et au lycée. Il est en même temps critique littéraire et reporter aux quotidiens Le Nouvelliste (1961-1962) et Panorama (1962-1964). Étienne a aussi suivi parallèlement une trajectoire artistique et militaire, particulièrement à la Société des Messagers de l'art (1963) et au Corps d'Aviation où, cadet de l'air, il est affecté au département de météorologie (1955-1957).
En août 1964, l'écrivain s'exile au Canada. Débarqué à Montréal, il enseigne au Lycée Da Silva (1964-1965) et travaille comme reporter au quotidien Métro Express et au journal Quartier Latin. Au cours de ses études de licence ès lettres (1964-1970) il travaille en usine puis comme infirmier à l'Hôtel Dieu de Montréal. Il enseigne au Collège de Matane (1968-1970) et collabore au journal La Voix canadienne. Il publie en 1965 son premier livre au Canada, Lettres à Montréal. Il rencontre en 1967 la compagne de sa vie, Natania Feuerwerker dont il a deux enfants, Joël et Michaëlla. Il commence à enseigner à l'Université de Moncton en 1971. Il obtient son doctorat en linguistique (Strasbourg, 1974). Il est professeur de linguistique et de grammaire supérieure à Moncton en Acadie jusqu'en 1978. En 1979, il fonde le module information/communication où il enseigne désormais le journalisme. Il collabore au Devoir de 1972 à 1987 et il est éditorialiste au quotidien Le Matin (1986-1987).
Malgré deux comas et une opération au cerveau, il continue à écrire à l'hebdomadaire Le Voilier (1987-1989). Malgré une agression d'ordre politique en 1993 (voir L'Injustice, la désinformation, le mépris de la loi), il poursuit sa lutte pour le changement dans son pays d'origine. Depuis cette date, il collabore au journal Haïti-Observateur.
Plusieurs de ses titres ont été traduits en langues étrangères. L'écrivain a aussi suivi une carrière scientifique. Il a découvert une nouvelle discipline en sciences humaines, l'anthroposémiologie, et il a publié deux essais plus haut mentionnés, en plus de 50 études savantes en linguistique, en critique et en sémiologie.
Gérard Étienne est récipiendaire de plusieurs prix et distinctions.
Posté le 30.06.2007 par feobus
Max Élisée est né le 26 avril 1947 à Macouba en Martinique. Très tôt, sa sensibilité l'amène à s'intéresser à la littérature et aux moyens d'expression artistique.
Arrivé en France en 1960 afin de poursuivre ses études, il entreprend en 1963 des cours d'Art Dramatique au sein du « cours Prévot », au grand dam de ses parents qui auraient plutôt souhaité le voir intégrer le service public.
Ayant charge de famille et amateur de maisons anciennes, il devient entrepreneur en bâtiment, spécialisé en restauration, tout en ayant un œil sur le monde artistique.
C'est ainsi qu'il devient assistant réalisateur sur le film Borsalino et par la suite, scénariste.
Il signera bon nombre de scénarios pour des maisons de productions diverses, créera sa propre maison de production, sera acteur sur des moyens et longs métrages, mettra en scène des pièces de théâtre.
Reconnu comme scénariste, il aura l'occasion de rencontrer Claude Chabrol, qui, intéressé par l'un de ses scénarios (« Chabin, mon frère »), devait en effectuer la mise en scène. Ce projet n'ayant pu aboutir pour des raisons financières, le scénario est devenu le premier roman de Max Elisée, Mémoires d'un Chabin, publié en 2000, puis face au succès, réédité en 2002.
L'action de Mémoires d'un Chabin se déroule en 1935 à la Martinique : la famille Edgar compte un garçon pas comme les autres, Frédéric, né chabin, c'est-à-dire blanc de peau, bien qu'issu de parents noirs. Cette anomalie en fait le vilain petit canard de la petite communauté de Macouba. Maladroit avec les filles, malmené par un père autoritaire et un frère rebelle qu'il admire en secret, Frédéric trouve refuge auprès de la littérature et des rêves – habités, visionnaires. La condition de chabin est en effet pleine de superstitions dont Frédéric fait bientôt l'expérience douloureuse mais libératrice, cathartique. Un esprit visite ses rêves et le ramène en Afrique, où ses ancêtres ont connu la traite des esclaves, et où la malédiction s'est abattue sur la famille Edgard. Alors que les rapports de force s'exacerbent en Martinique entre les blancs et les noirs, compliqués par des mariages mixtes et de vieilles rancunes, Frédéric accomplit son étrange destin. De la Dominique à Saint-Louis du Sénégal, le protagoniste de ce premier roman d'Élisée cherche à s'affranchir de son passé.
Roman initiatique créole, ces Mémoires d'un Chabin soufflent les Azilés, tantôt favorables, tantôt contraires, de l'acceptation d'une différence. Leur langue richement chamarrée, entre Faulkner et Chamoiseau, constitue une invitation au voyage sur les pas mélancoliques du Chabin.
L'écriture étant le moyen d'expression préféré de Max Élisée, il sortira trois ans plus tard Un jour, je te dirai..., dont l'action se déroule dans les Cévennes. Parviendra-t-on cette fois à élucider le mystère de la disparition d'Isabelle Duranton et de son père ? C'est la question que se pose Roger, expert en assurances, envoyé par sa compagnie pour enquêter avant la remise d'une grosse prime d'assurance-vie à Hélène, la veuve et mère des disparus. Quatre années se sont écoulées depuis cette disparition qui a bouleversé la région du Gard. Pourtant tous les efforts des gendarmes et policiers avaient été mis en œuvre. Roger, antillais d'origine, découvrant la ville d'Alès, ses habitudes, ses notables et ses mœurs, ira de surprise en surprise. Il découvrira que tous les protagonistes liés de près ou de loin à l'affaire se révèleront tour à tour machiavéliques, faux, sensibles, désespérés, déterminés jusqu'à la découverte de la vérité qu'il faudra, un jour, dire...
Max Elisée a su donner dans ce roman policier – grâce à son style très riche, découvert dans son premier roman Mémoires d'un Chabin – de la profondeur aux personnages et de la force à l'intrigue où la recherche de la vérité est plus nécessaire que jamais.
L'auteur quitte Paris en 2002 pour s'installer dans le Vaucluse, dont le cadre lui fournit également l'inspiration de son troisième roman en cours d'écriture : Le Kishkanu noir. Il s'agit d'un roman initiatique dont l'action se déroule entre les sapinières du Mont-Ventoux (Vaucluse) et les palétuviers de la Montagne Pelée (Martinique), où ésotérisme et paranormal s'affrontent avec ardeur.
Mas Élisée partage son temps entre deux activités qui lui tiennent à cœur : la restauration de maisons anciennes et l'écriture.
Posté le 30.06.2007 par feobus
Edwidge Danticat est née à Port-au-Prince (Haïti) le 19 janvier 1969. Quand elle a deux ans, son père émigre à New York ; deux ans après, sa femme le rejoint. Danticat et un frère restent en Haïti chez un oncle et sa femme. À 12 ans, elle rejoint ses parents à Brooklyn et s'installe dans une nouvelle langue et un nouveau pays.
Elle publie ses premiers textes dès les années de High School, dans le journal de l'école où elle termine ses études secondaires. Elle obtient un premier diplôme universitaire (B.A.) à Barnard College en lettres françaises avant de poursuivre, boursière, une maîtrise en Beaux-Arts (MFA) à Brown University. Avant même d'être terminée, sa thèse en « creative writing » est acceptée pour publication. Le texte qui en résulte – Breath, Eyes Memory (traduit en français sous le titre Le cri de l'oiseau rouge) – a autant de succès auprès des critiques que du public. L'écrivaine a 25 ans.
La force et la texture du style de ce premier récit, où se croisent les réalités haïtiennes et newyorkaises, ont été comparées à celles des auteurs tel Maxine Hong Kingston et Toni Morrison, et ont mérité à l'auteur un passage sur le plateau de la maîtresse du petit écran américain, Oprah Winfrey.
Nouvelliste talentueuse, Danticat publie ensuite un recueil de ses courts récits, Krik? Krac! Dans son deuxième roman, The Farming of Bones (publié en 1998 et traduit l'année suivante comme La Récolte douce des larmes), elle crée une fiction passionnante autour des événements tragiques de 1937. Danticat a également dirigé deux recueils de courts récits écrits par d'autres auteurs, dont The Butterfly's Way, 33 récits d'haïtiano-américains. Dans toute son oeuvre, son regard sur l'histoire et sur l'actualité n'autorise ni le sensationnalisme, ni la pitié, examinant en particulier la réalité du peuple haïtien avec une prose limpide et enchanteresse.
Edwidge Danticat poursuit sa carrière d'écrivaine en se consacrant également à l'enseignement ("creative writing") – e.g., à New York University et à l'Université de Miami – et à de nombreux projets sur l'art et la culture haïtienne, comme l'indiquent ses collaborations avec les cinéastes Patricia Benoit et Jonathan Demme, et son engagement auprès de la National Coalition for Haitian Rights.
Posté le 30.06.2007 par feobus
Louis-Philippe Dalembert est né le 8 décembre 1962 à Port-au-Prince (Haïti). Grand voyageur (les Amériques du Nord et du Sud, les Caraïbes, l'Afrique du Nord et l'Afrique noire, le Moyen-Orient, l'Europe), ses adresses se suivent et ne se ressemblent pas. Cet homme-tortue, ce vagabond comme il se définit lui-même, a vécu une dizaine d'années à Paris, où il a réalisé ses études universitaires et exercé la profession de journaliste. Séjourne une première fois à Rome en 1994/95, en tant que pensionnaire de la très convoitée Villa Médicis. Après un bref retour au pays natal (1996), un voyage de plusieurs mois dans les Andes l'aide à s'éloigner de la politique. Détenteur d'une bourse de résidence UNESCO-Aschberg, il séjourne longuement à Jérusalem, d'où il visite pour la seconde fois Israël, la Palestine, l'Egypte, la Jordanie, une partie du monde qui influence beaucoup sa poésie.
Dalembert élabore, aussi bien en poésie qu'en prose, une œuvre fortement marquée par les thématiques du vagabondage, concept qu'il préfère à celui de l'errance, et de l'enfance. Les deux thématiques semblent liées dans l'esprit de l'auteur pour qui on passe de l'enfance à l'âge adulte comme on émigre d'un pays à un autre. La thématique du vagabondage surtout est ainsi présente dès ses tout premiers livres; même si l'enfance n'est pas de reste. Une troisième thématique récurrente chez Dalembert: la Bible, mieux l'Ancien Testament, trace d'une éducation familiale très religieuse placée sous le signe du shabbat.
Louis-Philippe Dalembert est par ailleurs diplômé de l'Ecole normale supérieure de Port-au-Prince, diplômé de l'Ecole supérieure de journalisme de Paris et auteur d'une thèse de doctorat en littérature comparée sur l'écrivain cubain Alejo Carpentier (université de Paris III-Sorbonne Nouvelle).
Louis-Philippe Dalembert vit aujourd'hui entre Paris et Rome, où il a été pendant cinq ans vice-secrétaire culturel de l'Institut Italo-Latino-américain.
Posté le 30.06.2007 par feobus
Journaliste, peintre et romancier, Pierre Clitandre naît le 20 mars 1954 à Port-au-Prince, Haïti. Il étudie la peinture à l'Académie de Beaux-Arts de 1974 à 1977 et poursuit ses études à la Faculté d'Ethnologie jusqu'en 1979. Journaliste culturel, il collabore dans les principaux journaux haïtiens : Le Nouvelliste, Le Matin et Le Petit Samedi Soir. Il est également chroniqueur pour Radio Haïti Inter, et pendant deux ans il collabore à Radio Plus pour des émissions de culture et archéologie, ethnologie et urbanisme.
Le premier juillet 1976, son ami journaliste au Petit Samedi Soir, Gasner Raymond, est assassiné. Clitandre continue pourtant à collaborer à l'hebdomadaire indépendant, dont il devient rédacteur en chef en 1979. Pour Le Petit Samedi Soir, il rédige des éditoriaux et une série de reportages sur les provinces haïtiennes. Suite aux mouvements de démocratisation, il est arrêté en novembre 1980 et passe cinq jours en prison avant de se faire expluser d'Haïti le 5 décembre 1980, avec des confrères journalistes : Marcus Garcia, Elsie Ethéart, Grégoire Eugène et Jean Dominique.
Pierre Clitandre se retrouve ainsi à New York. Sa famille le rejoint. De ce premier séjour à New York, il garde le souvenir positif des visites aux musées, malgré les affres de l'exil non choisi. En 1982, il apprend la disparition de son père ; fils unique, Clitandre n'aura jamais de traces de sa mort.
Entre 1984 et 1986, Pierre Clitandre et le docteur et critique littéraire Eddy Arnold Jean dirigent Haïti Demain Hebdo, journal antiduvaliériste très lu dans la diaspora newyorkaise. L'hebdomadaire contient des informations de première main sur la réalité répressive en Haïti tout en couvrant les actualités culturelles et incorporant des interviews avec les écrivains et artistes exilés. La publication est interrompue en 1986, remplacée par Haïti Demain Magazine, avec une présentation plus modernisée et au contenu plus analytique.
Peu après la chute des Duvalier, Pierre Clitandre rentre au pays, le 20 mars 1986. En 1999, il est appelé à diriger le journal d'État L'Union. Cette expérience de journalisme officiel ne durera que sept mois, jusqu'au coup d'état du 30 septembre 1991 qui renverse le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide. Clitandre vit en clandestinité pendant près d'une année. Il arrive à quitter le pays en 1992 et vivra de nouveau à New York avec sa famille, se consacrant principalement à l'écriture et à la peinture. Il rentre en Haïti en 1996.
Publié d'abord en Haïti en 1979, le premier roman de Pierre Clitandre, Cathédrale du mois d'août, est repris en 1982 à Paris (et traduit en anglais en 1987). Dans Cathédrale du mois d'août, l'auteur évoque l'errance des provinces vers la capitale, l'éclatement et les métamorphoses de la ville et de l'individu.
L'univers de son deuxième roman Vin de Soleil – plus féminin, fermé, intériorisé – est plus sobre, intérieur. Quant au roman La maison des surprises, il s'agit d'une archéologie personnelle de l'auteur. « C'est aussi l'effort de se lessiver à grandes eaux de toutes les impuretés qui le pèsent dans la réalité, dit-il. Dans cette maison, le temps est mobile au recto comme au verso. Le virtuel et le réel cheminent ensemble ».
L'un des projets ambitieux qui occupe l'auteur, La Révolution Esthétique réunira ses textes publiés sur les arts en Haiti – la peinture, la sculpture, la musique et la littérature – pour trouver une articulation théorique qui présente Haiti sous l'éclairage d'un réalisme merveilleux adapté aux nouvelles découvertes sur les symboles du vodou et leur signification « scientifique ». Par les temps qui courent, dit-il, « il faut retrouver notre identité culturelle. Une telle approche sur l'imaginaire peut être une lumière sur notre parcours historique mouvementé ».
Ayant repris possession de la maison familiale, Pierre Clitandre la transforme en bibliothèque de communauté. La Bibliothèque du Soleil s'ouvre le 29 juillet 2005. Pierre Clitandre crée ainsi un espace public avec des rayons de livres et une galerie d'art, pour donner une nouvelle vie culturelle au quartier populaire de Carrefour-Feuilles à Port-au-Prince, anciennement connu pour les nombreuses résidences d'écrivains et de peintres.
Posté le 30.06.2007 par feobus
Né à Port-au-Prince le 29 avril 1951, Christophe a fait des études universitaires et obtenu un diplôme en Lettres. Cet écrivain prolifique se présente à ses lecteurs sous divers pseudonymes, comme si la pluralité des genres réclamait de lui une multiplicité de signatures. Pour la poésie, il devient Christopher Love, pour la critique, il se nomme Christophe Philippe Charles. Finalement, quand il passe de la littérature à la philosophie, il utilise un curieux pseudonyme : Jean Merdalor.
Depuis plus de 20 ans, cet écrivain poursuit aussi une carrière sérieuse dans l'enseignement. Il a d'ailleurs fondé à Port-au-Prince une école de journalisme où plus d'une génération de journalistes haïtiens ont acquis les principes de base de cette profession honorable. Charles a en plus une maison d'édition, Choucoune, qui publie des jeunes à frais d'auteur et réédite, en même temps, des œuvres de pionniers de la littérature haïtienne tels Etzer Vilaire et Oswald Durand. Parmi les maisons d'édition haïtiennes, Choucoune est probablement celle dont les coûts de fabrication sont les plus abordables. Et c'est ce qui explique la variété de son catalogue où, au début de leur carrière, se sont côtoyés des auteurs aussi importants que Louis-Philippe Dalembert, Marc Exavier et Robenson Bernard.
Christophe Charles écrit en français et en créole. Dans la langue vernaculaire, le nom se créolise et devient : Christophélès.
Posté le 30.06.2007 par feobus
Suzanne Roussi (Roussy) est née le 11 août 1915 en Martinique. Elle fait ses études à Toulouse et à Paris, où elle rencontre le jeune Aimé Césaire, avec qui elle travaille à la rédaction de la revue L'Etudiant noir. Le couple, marié en 1937, aura six enfants. En 1941, à Fort-de-France, avec la collaboration de René Ménil et d'Astride Maugée, Suzanne et Aimé Césaire fondent la revue culturelle Tropiques. C'est pour cette revue que Suzanne Césaire écrit les seuls essais qu'elle a publiés – sept textes au total.
Les premiers essais de 1941 traitent des influences européennes, notamment celles de l'ethnologue allemand Léo Frobenius et du surréaliste André Breton. Dès son quatrième article « Misère d'une poésie », publié en 1942, Suzanne Césaire établit les fondations d'une nouvelle littérature d'identité martiniquaise, fortement distincte de la perspective qu'offre l'ancien continent sur les îles. Par la suite, dans « Malaise d'une civilisation », elle avertit les Martiniquais des dangers de l'assimilation et conseille à ses lecteurs de reconnaître « toutes les forces vives mêlées sur cette terre où la race est le résultat du brassage le plus continu ». Suzanne Césaire rappelle aussi la dette du mouvement surréaliste envers ses pratiquants extra-hexagonaux dans son essai « 1943 : Le Surréalisme et nous », qui s'approprie le surréalisme comme arme de choix d'une poésie martiniquaise. Dans ses écrits, Suzanne Césaire prévoit une Caraïbe multiethnique et dynamique, une vision qui culmine dans son dernier essai, « Le Grand Camouflage ». Celui-ci examine les origines historiques, sociologiques, et économiques d'une Martinique multiple et invite ses lecteurs à inventer une littérature nouvelle.
Après la guerre, Suzanne Césaire retourne à Paris avec son mari, élu député du nouveau département à l'Assemblée Nationale. Enseignante, elle continuera à travailler dans le domaine culturel et adaptera une nouvelle de Lafcadio Hearn (Youma, The Story of a West-Indian Slave, 1890) pour un groupe théâtral martiniquais en 1952. Cette pièce, intitulée Aurore de la liberté, traite de la révolte noire en Martinique de mai 1848. Mis en scène par un groupe amateur, le texte n'a jamais été publié.
Suzanne Césaire se sépare de son mari en 1963 et meurt trois ans plus tard, à l'âge de 50 ans. Les traces de son influence restent visibles dans l'œuvre de maints auteurs contemporains, dont Daniel Maximin et Édouard Glissant. Sa vision d'une littérature antillaise ancrée dans une terre qui fait partie de ce peuple « aux quatre races et aux douzaines de sang », son refus de l'exotisme littéraire, et sa reconnaissance des relations dynamiques et interculturelles en jeu aux Antilles continuent à fasciner et à inspirer.
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/droits.html
Posté le 30.06.2007 par feobus
Nicole Cage-Florentiny naît le 12 septembre 1965 en la commune du François, dans le sud-est de la Martinique. Après une formation en journalisme, elle exerce en tant qu'animatrice à Radio Caraïbe Internationale en Martinique. Aujourd'hui, elle est professeur de lettres et d'espagnol, et psychothérapeute.
Bien qu'issue d'une famille extrêmement modeste et ne versant pas dans la littérature, Nicole Cage-Florentiny prend très jeune goût à la lecture. Elle y est aspirée par son aînée Ghislaine qui, férue de lecture, réécrit les fins de romans qui ne lui plaisent pas. La jeune Nicole récupère les romans dont sa sœur avait terminé la lecture pour s'en délecter à son tour. Plus tard, ses lectures préférées comprennent la poésie de Nicolas Guillén, José Martí, Baudelaire, Prévert et Aimé Césaire et les romans de Balzac et de Zola.
Logiquement, elle s'adonne très tôt à l'écriture et commence par la poésie. Ses premiers poèmes disent à la fois le mal-être d'une adolescente en proie aux questionnements, et traduisent son engagement politique et ses aspirations à un monde plus juste.
Nicole Cage-Florentiny affirme que l'écriture, véritable thérapie, lui est vitale. En tissant les mots, elle tisse les fils de sa vie. L'écriture, anthropophage, fait partie d'une quête intense de l'absolu.
Romancière martiniquaise la plus prolifique, Nicole Cage-Florentiny a publié quatre romans : C'est vole que je vole (1998), Confidentiel (2000), L'Espagnole (2002) et Aime comme musique ou comme mourir d'aimer (2005). Nicole Cage-Florentiny est également poète et dramaturge ; son talent à mettre en espace ses textes et à les faire vivre par le public est remarquable. Elle monte un spectacle autour de C'est vole que je vole. Elle écrit également des chansons qu'elle présente en spectacle dans différentes bibliothèques.
C'est vole que je vole traite de la folie et de l'enfance massacrée. La jeunesse et l'histoire sont au cœur de cette oeuvre qui met en avant les travers et les atouts de la société martiniquaise pour une avancée résolue vers le futur. L'un de ces atouts, ce sont les femmes, dont les métaphores poto mitan et fanm doubout prennent tout leur sens sous la plume de l'auteure. Les femmes chez Cage-Florentiny sont souvent décrites dans des situations extrêmes, traduisant la volonté de l'auteure de créer une « mythologie interne » ainsi que son aspiration à une société plus humanisée, bâtie sur une redéfinition des rapports hommes-femmes.
Incisive, la plume de l'auteure la révèle non seulement comme une excellente observatrice de sa société mais également une actrice engagée et déterminée. D'ailleurs, étudiante à l'Université des Antilles et de la Guyane (Schœlcher) dans les années 1980, Nicole Cage-Florentiny fonde avec Marius Etilé le « Mouvement Étudiant Contre l'Apartheid ». Ses ateliers d'écriture comme thérapie offerts au public jeune et moins jeune témoignent de son engagement continu en faveur de son peuple.
Dans ses textes, Nicole Cage-Florentiny expose des thèmes contemporains et parfois tabous – l'inceste, la toxicomanie, la folie, la pédophilie, la drogue, la prostitution, l'adultère et le lesbianisme – dont la pertinence est de nature à susciter la confiance en soi et le réveil des consciences.
Elle participe fréquemment aux Salons du livre, comme ceux de Pointe-à-Pitre (2000) et de Paris (2004), et aux Festivals de Poésie : de Medellín (Colombie, 2001 et 2004), de Curtea de Arges (Roumanie, 2002), « La tente d'Ali Ben Geddhem » (Tunisie, 2003), de Xela (Guatemala, 2004) et de Trois-Rivières (Canada, 2005). Lors de telles rencontres, comme à d'autres colloques et rencontres d'écrivains et poètes (au Mexique, au Salvador, en Macédoine, en Albanie et, bien sûr, en Martinique), il lui arrive de lire de ses poèmes – en français, créole et espagnol – et de les mettre sur scène.
Nicole Cage-Florentiny est une écrivaine de Martinique très récompensée. Elle reçoit une mention spéciale du Jury du Prix de Poésie Jeunesse du Ministère de la Jeunesse et des Sports et de la Maison de la Poésie à Paris en 1993, pour son recueil de poèmes pour enfants intitulé Lavalas. Lauréate du Prix Casa de las Americas pour son recueil de poèmes-jeunesse, Arc en ciel, L'espoir, elle est également l'une de trois poètes nominés pour le Prix International de poésie de Roumanie (2002) et lauréate du Prix Oe Neu Mi de poésie en République de Macédoine (2002). En mars 2004, le Prix de la Créativité lui est décerné au Liban par la Fondation Naaman pour la Culture.
Son talent d'écrivaine et la portée esthétique et thématique de ses textes continuent d'être reconnus : ses poèmes sont traduits par la poétesse cubaine Nancy Morejón et le poète américain Jack Hirschman ; Aime comme musique ou comme mourir d'aimer fait partie des cinq romans finalistes pour le Prix Gros Sel en décembre 2005.