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Ce blog regroupe des articles sur les Afro Antillais, qui font l'actualités dans le monde.
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28.03.2007
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Explication du livre Franz Fanon

Explication du livre Franz Fanon

Publié le 24/06/2007 à 12:00 par feobus
La première partie du livre s’intitule « le Noir et le langage » et se propose de décortiquer la manière dont le colonisé s’oblige à mettre sa propre culture et sa langue en jachère afin d’adopter le langage du maître civilisateur.
Pour exemple, celui du « noir Antillais [qui se verra] d’autant plus blanc, c’est-à-dire se rapprochera d’autant plus du véritable homme, qu’il aura fait sienne la langue française » (9). L’Antillais qui connaît la métropole est comme « un demi-dieu » aux yeux des autres. Il a vu le monde civilisé. Aussi, se permet-il de revenir « se faire consacrer » auprès de l’ « indigène » des îles, celui « qui-n’est-jamais-sorti-de-son-trou, le bitaco »(10)
Débarquant en France, il pousse son désir de se détacher des stéréotypes négatifs en luttant absolument contre « le mythe du Martiniquais qui mange-les-R » et s’oblige, au contraire, à les rouler comme personne ne les roule plus en France.

Fanon se navre d’ailleurs de la pauvreté d’une littérature antillaise pensée et écrite en créole. Le créole serait plus sauvage que le français ou, si l’on veut, moins civilisé. Il est donc rejeté en tant qu’expression d’un imaginaire local auquel on substitue le français, LA langue par excellence. Des générations entières d’Antillais de cette époque se sont vues interdire l’utilisation du créole par leur propre famille, histoire de maîtriser la langue réelle, sans l’accent exotique qui ne fait pas très « évolué » au goût de certains.
Aux Antilles, on parle la langue officielle de la France - qui est le français - et « les instituteurs surveillent étroitement les enfants pour que le créole ne soit pas utilisé ». Impossible de s’émanciper sur ces points tant la domination jacobine est oppressante.
On peut se féliciter qu’il y ait des « ouvrages traduits du ouolof ou du peuhl » et le psychiatre suit d’ailleurs « avec beaucoup d’intérêt les études de linguistique de Cheik Anta Diop » mais Fanon attend toujours le réveil créole.

Chez le mystifié-mystificateur Blanc, le problème du langage se pose aussi. Des médecins blancs, face à des Noirs ou des Arabes des colonies, s’autorisent toujours, ou presque, à leur parler petit-nègre.
Frantz Fanon remarqua ce trait de condescendance chez la plupart de ses confrères médecins : « Bonjour, mon z’ami ! Où y a mal ? Hé ? Dis voir un peu ? Le ventre ? Le cœur ? » (11)
S’ il n’y a pas la revendication clairement affichée de rabaisser les indigènes, les médecins adoptant ce genre d’attitudes ne font rien d’autre que perpétuer un rapport de domination en s’adressant à eux comme s’ils étaient d’une humanité inférieure. Certes, pour se défendre, les paternalistes pourront toujours prétendre que « parler aux nègres de cette façon, c’est aller à eux, c’est les mettre à leur aise, c’est vouloir se faire comprendre d’eux, c’est les rassurer » (12) mais le fond du problème demeure.
Ce sont les militaires français de l’armée coloniale qui inventèrent le « petit-nègre », appelé originellement le « français tirailleur». Il fut conçu afin de faciliter la communication entre le commandement français et les soldats indigènes puis est resté dans l’imaginaire français comme symbole du langage de la majorité des Africains : moi y’en a être content être ici et y servir armée français.

Pour Fanon, « parler petit-nègre à un nègre, c’est le vexer, car il est celui-qui-parle-petit-nègre » (13) et c’est « justement cette absence de volonté, cette désinvolture, cette nonchalance, cette facilité avec laquelle on le fixe, avec laquelle on l’emprisonne, on le primitivise, l’anticivilise, qui est vexante » (14). Ce sont les attitudes qu’ont en propre les « salauds ». Lui se fait un devoir moral de parler correctement à ses patients, et ce, quelque soit leur niveau de maîtrise du français. Il se « refuse à toute compréhension paternaliste » (15). Il s’ « adresse toujours aux " bicots " en français correct, et [a] toujours été compris » (16)

Le Blanc définit ce qui correspond à sa conception du raffinement puis établit non seulement une norme mais, plus encore, une non-distance entre ce raffinement et les attributs de sa propre culture, de sa propre civilisation. Dans le même temps, il installe une distance entre ce même indigène et la culture dominante qu’est la sienne. Dans cette approche, le Noir, et plus largement le colonisé, obéit à ce règlement et a l’impression d’exister en se reconnaissant dans ce que l’homme, le vrai, a de plus cher : sa langue, sa femme type, ses vêtements, sa nourriture, ses mythes, sa religion etc.

Parmi les colonisés, il y a une lutte pour obtenir la meilleure place auprès du Blanc. C’est à celui qui en sera le plus proche. Chacun veut se déterminer sous les meilleurs aspects, avec comme seul souci de s’éloigner le plus possible de la dernière place, celle qui incarne le sauvage à l’état pur. Chacun revendique sa non-distance, donc sa proximité avec le modèle blanc. Il n’est certes pas blanc, mais il est tout de même différent de ce qui se fait de pire :

« Nous avons connu, poursuit Fanon, et malheureusement nous connaissons encore, des camarades originaire du Dahomey ou du Congo qui se disent Antillais ; nous avons connu et nous connaissons encore des Antillais qui se vexent quand on les soupçonne d’être Sénégalais. C’est que l’Antillais est plus " évolué " que le Noir d’Afrique : entendez qu’il est plus près du Blanc ; […] Cependant pour beaucoup d’Antillais cette situation n’est pas ressentie comme bouleversante mais comme tout à fait normale. Il ne manquerait plus que ça, nous assimiler à des nègres ! […]» (17)

Pour ces étudiants du Dahomey ou du Congo qui se font passer pour antillais, le but n’est pas seulement de fuir une couleur - car c’est impossible pour eux. Ils veulent fuir le statut de dernier de la classe ( humaine ), la place de sauvage assignée par le monde civilisé. En se disant antillais, ils sont tout simplement moins sauvages que ceux qui sont juste africains. Ils sont montés en humanité.


Le cas de ces Antillais tombant en état de démence à la moindre allusion à l’Afrique, s’explique par le même cheminement intellectuel. Frantz Fanon décrit ce rejet par un fait simple : aux Antilles, la vision du monde se résume dans 4 mots qui sont « nos pères, les Gaulois ». C’est à partir de cette vision assimilatrice qu’il déclare : « L’Antillais ne se pense pas Noir ; Il se pense antillais. Le nègre vit en Afrique. Subjectivement, intellectuellement, l’Antillais se comporte comme un Blanc. Or c’est un nègre. Cela, il s’en apercevra une fois en Europe, et quand on parlera de nègres il saura qu’il s’agit de lui aussi bien que du Sénégalais » (18) Mais, précise-t-il, on ne doit pas oublier que l’Antillais est d’abord français et qu’il est amené « à tout instant à vivre avec des compatriotes blancs » (19). Raison pour laquelle il ne doit pas s’enfermer dans un imaginaire exclusivement noir qui le condamnerait à créer « des chansons pour enfants noirs » et des « ouvrages d’histoire » du même type.

Fanon est révolté par l’image du Noir au cinéma. Quand il lui arrive d’aller voir un film américain, il appréhende l’ apparition du bon négro ridicule à l’écran. À quel moment va t-il arriver celui-là ? Quand va t-il faire mourir de rire la salle en jouant son rôle d’arriéré, engoncé dans ses tares, elles-mêmes consubstantielles à sa « race » ?


Mais surtout, son obsession c’est la figure du nègre Y’ a bon banania. Dans le film Requin d’acier, le nègre servant dans un sous-marin est à l’image de ce mythe banania : trouillard et servile. Il tremble « au moindre mouvement de colère du quartier-maître » et sera « finalement tué dans l’aventure (…). Oui, au Noir on demande d’être bon négro ; ceci posé, le reste vient tout seul(…) » (20)

Quelque soit la névrose, celle-ci est d’abord le corollaire de la situation culturelle. C’est par ce biais que circule la dévalorisation du Noir :
« il y a une constellation de données, une série de propositions qui, lentement, sournoisement, à la faveur des écrits, des journaux, de l’éducation, des livres scolaires, des affiches, du cinéma, de la radio, pénètrent un individu - en constituant la vision du monde de la collectivité à laquelle il appartient. Aux Antilles, cette vision du monde est blanche parce qu’aucune expression noire n’existe (…). C’est seulement à l’apparition d’Aimé Césaire qu’on a pu voir naître une revendication, une assomption de la négritude. La preuve la plus concrète, d’ailleurs, en est cette impression que ressentent les jeunes générations d’étudiants [antillais] débarquant à Paris : il leur faut quelques semaines pour comprendre que le contact de l’Europe les oblige à poser un certain nombre de problèmes qui jusqu’alors ne les avaient pas effleurés. Et pourtant ces problèmes ne manquaient pas d’être visibles » (21)

Le Noir capte son image dépréciée à travers plusieurs supports de communication. Honteux et gêné de ce qu’il voit, il rejette violemment celle-ci et se convainc de ne pas en être. Ainsi naît la négrophobie. Le souci est de prendre le contre-pied radical de ce que le Blanc montre du Noir. Si les Blancs rient du nègre sauvage que les actualités coloniales présentent, c’est surtout parce qu’ils sont persuadés qu’ils leur sont supérieurs. Aussi, pour les persuader qu’il n’est pas différent et qu’il est lui aussi supérieur à ces primitifs, le Noir rie avec eux.

Dans le chapitre consacré au Nègre et la psychopathologie, il est démontré comment lors de la projection des aventures de Tarzan, le Noir antillais s’identifie immédiatement à Tarzan. Tarzan incarne le Blanc, certes sauvage, mais beaucoup moins que les Africains qu’il lui font face. En revanche, dans une salle d’Europe, Tarzan est rejeté en tant que primitif. De même, « un documentaire sur l’Afrique, projeté dans une ville française et à Fort-de-France, provoque des réactions analogues. Mieux : nous affirmons que les Boschimans et les Zoulous déclenchent davantage l’hilarité des jeunes Antillais (…) » (22)

Le sauvage c’est l’Autre : je ne suis pas sauvage ! Ainsi, l’Autre ne peut être moi. J’établis, par conséquent, un cordon sanitaire civilisationnel entre lui et moi afin que la confusion ne s’opère pas. Je marque ma différence, assez fort pour qu’elle soit entendue par le vrai homme :
« Il est normal que l’Antillais soit négrophobe. Par l’inconscient collectif, l’Antillais a fait siens tous les archétypes de l’Européen. L’anima du nègre Antillais est presque toujours une Blanche. De même, l’animus des Antillais est toujours un Blanc (…).
Un peu plus tard, nous lisons des livres blancs et nous assimilons petit à petit les préjugés, les mythes, le folklore qui nous viennent d’Europe (…) Le noir Antillais est victime de cette imposition culturelle. Après avoir été esclave du Blanc, il s’auto-esclavagise. Le nègre est, dans toute l’acception du terme, une victime de la civilisation blanche.

Rien d’étonnant à ce que les créations artistiques des poètes antillais ne portent pas d’empreinte spécifique : ce sont des Blancs. Pour revenir à la psychopathologie, disons que le nègre vit une ambiguïté qui est extraordinairement névrotique. À vingt ans, c’est-à-dire au moment où l’inconscient collectif est plus ou moins perdu, ou du moins difficile à ramener au niveau du conscient, l’Antillais s’aperçoit qu’il vit dans l’erreur. Pourquoi cela ? Tout simplement parce que, et ceci est très important, l’Antillais s’est connu comme nègre, mais, par un glissement éthique, il s’est aperçu ( inconscient collectif ) qu’on était nègre dans la mesure où l’on était mauvais, veule, méchant, instinctif. Tout ce qui s’opposait à ces manières d’être était blanc.
Le Procureur Fanon ?

À sa sortie, Peau noire et masques blancs offusqua le milieu littéraire. Il se permettait de dire des choses fortes à une époque où l’on ne s’était pas encore habitué à entendre un Noir faire autre chose que danser avec une jupe faite de bananes. Frantz Fanon a aussi déclenché la colère de certaines « féministes » à cause de son deuxième chapitre : La femme de couleur et le Blanc, et plus particulièrement les pages concernant « Mayotte Capécia ». On va vite comprendre pourquoi.

Dès les premières pages, il expose « dans quelle mesure l’amour authentique demeurera impossible » entre la femme de couleur et l’Européen « tant que ne seront pas expulsés ce sentiment d’infériorité ou cette exaltation adlerienne (…) » (24). Car l’amour - le vrai, pas la sublimation d’un fantasme qui déifie le sociétaire d’une « race » jugée supérieure à la sienne -, celui qui se fonde sur le principe de « vouloir pour les autres ce que l’on postule pour soi, quand cette postulation intègre des valeurs permanentes de la réalité humaine » (25), doit commencer par se libérer « des conflits inconscients » (26)

Il n’y a donc pas d’amour réel possible tant que le sentiment d’infériorité du Noir vis-à-vis du Blanc ne sera pas débusqué - l' inverse est tout aussi vrai. Ce contrat entre l’ amoureux et son amante, n’ étant pas respecté, seule la désillusion pointera le bout de son nez en fin de parcours.

Et c’ est à ce moment précis qu’ arrive la cas « Mayotte Capécia ». Le nom de cette écrivaine martiniquaise est devenu synonyme de l’ aliénation du Noir et de son complexe d’ infériorité grâce, ou à cause, de la « machine à broyer » Fanon.
Beaucoup de personnes se sont plaintes de la dureté du jugement de Fanon alors qu’ au fond il n’ évoque « Mayotte Capécia » que de la page 34 à 42. Les autres allusions parsemées tout au long de l’ ouvrage ne seront que ponctuelles. Mais le mal est fait, consommé.

Qui est donc « Mayotte Capécia » ? Cette martiniquaise (27) était devenue la coqueluche d’ un certain milieu littéraire parisien après la publication de son roman autobiographique, baptisé « Je suis martiniquaise », en 1948. Selon Fanon, ce roman autobiographique confortait, à lui seul, les clichés les plus avilissants concernant le complexe d’ infériorité du Noir et son désir de lactification - blanchir sa race.





Il faut voir là l’origine de la négrophobie de l’Antillais. Dans l’inconscient collectif, noir = laid, péché, ténèbres, immoral. Autrement dit : est nègre celui qui est immoral. Si dans ma vie je me comporte en homme moral, je ne suis point un nègre. D’où, en Martinique, l’habitude de dire d’un mauvais Blanc qu’il a une âme de nègre (…) » (23)

Frantz Fanon ne se ment pas. Il ne triche pas avec lui-même. Il admet qu’il a lui aussi été victime de l’imposition culturelle et livre sa honte sur certains de ses comportements téléguidés par la culture dominante.




Fanon ne vise à rien d’autre qu’ à la désaliénation du Noir…autant que celle du Blanc. C’est le but ultime :

« Il est de bon ton de faire précéder un ouvrage de psychologie d’un point de vue méthodologique. Nous faillirons à l’ usage. Nous laissons les méthodes aux botanistes et aux mathématiciens. Il y a un point où les méthodes se résorbent.
[…] Le " sauvage de la brousse" n’ est pas envisagé ici. C’est que, pour lui, certains éléments n’ont pas encore de poids.
[…] Beaucoup de nègres ne se retrouveront pas dans les lignes qui vont suivre. Pareillement beaucoup de Blancs.
Mais le fait, pour moi, de me sentir étranger au monde du schizophrène ou à celui de l’ impuissant sexuel n’ attaque en rien leur réalité.
Les attitudes que je me propose de décrire sont vraies. Je les ai retrouvées un nombre incalculable de fois.
Cet ouvrage est une étude clinique. Ceux qui s’ y reconnaîtront auront, je crois, avancé d’un pas. Je veux vraiment amener mon frère, Noir ou Blanc, à secouer le plus énergiquement la lamentable livrée édifiée par des siècles d’ incompréhension (…) » (7)

La question essentielle est posée : est-ce que le Noir est capable de dépasser son « sentiment de diminution, d’ expulser de sa vie le caractère compulsionnel qui l’ apparente tant au comportement du phobique », sachant que « chez le Nègre, il y a une exacerbation affective, une rage de se sentir petit, une incapacité à toute communion humaine qui le confine dans une insularité intolérable » (8) ?

Pour le coup, celui-ci cherche à compenser son « étouffement » en sortant de ce corps dans lequel il se sent à l’ étroit, tout en ayant le sentiment de ne pas exister aux yeux de ceux qu’il ambitionne d’ éblouir. Alors, il part à la conquête de ses « fantasmes infantiles », cherchant à les matérialiser à n’importe quel prix.



« Nous n’ aurons aucune pitié pour les anciens gouverneurs, pour les anciens missionnaires. Pour nous, celui qui adore les nègres est aussi ’’malade’’ que celui qui les exècre.
Inversement, le Noir qui veut blanchir sa race est aussi malheureux que celui qui prêche la haine du Blanc »





Dès l’ introduction de Peau noire, masques blancs, les choses sont clairement posées : « Pourquoi écrire cet ouvrage ? Personne ne m’ en a prié. Surtout pas ceux à qui il s’adresse. Alors ? Alors, calmement, je réponds qu’il y a trop d’imbéciles sur cette terre. Et puisque je le dis, il s’ agit de le prouver » (1)

On comprend vite que cet ouvrage va briser la langue de bois, commotionner monsieur Tabou, fracasser les faux-fuyants sur les relations entre le Blanc dominateur et le Noir dominé et colonisé. Car Frantz Fanon met franchement les pieds dans le plat. Il va là où d’ autres n’ auraient jamais osé s’ aventurer, trop effrayés de briser le petit confort de l’antiracisme-spectacle. Ce dernier se complait dans une posture exclusiviste posée en termes réducteurs et ne pipe mot au sujet des effets psychologiques du racisme sur les racisés de longue date.

Fanon décrit les répercussions du racisme sur les Noirs avec une précision d’ horloger suisse et un tel refus de la langue de bois que l’ on devine bien pourquoi tant de Noirs, supposés être sensibles à ce genre de combats antiracistes, préfèrent le laisser dans l’ oubli. Celui-ci dissèque toutes les pathologies qui sont nées de l’ intériorisation du racisme par les Noirs : haine de soi, complexe d’ infériorité, fascination du Blanc : « l’ infériorisation est le corrélatif indigène de la supériorisation européenne, prétend Fanon. Ayons le courage de le dire : c’ est le raciste qui créé l’ infériorisé » (2)

Il certifie que « le Noir ne peut se complaire dans son insularité », raison pour laquelle il fuit son être afin de s’approprier la seule « porte de sortie » qui l’ intéresse vraiment. Celle-ci « donne sur le monde blanc. D’ où cette préoccupation permanente d'attirer l' attention du Blanc, ce souci d' être puissant comme le Blanc, cette volonté déterminée d' acquérir les propriétés de revêtement, c' est à dire la partie d' être ou d' avoir qui entre dans la constitution d’ un moi » (3). Ils sont des hommes à peau noire qui revêtent des masques blancs.
« Le nègre esclave de son infériorité, le Blanc esclave de sa supériorité se comportent tous deux selon une ligne d’ orientation névrotique, continue-t-il. (…) Il y a chez l’homme de couleur tentative de fuir son individualité, de néantiser son être-là » (4)

Ce livre propose une réelle « interprétation psychanalytique du problème noir » qui permettra au Noir de « se libérer de l’ arsenal complexuel qui a germé au sein de la situation coloniale »(5). Il ambitionne de détruire le cycle infernal qui fait de certains Blancs des être enfermés dans leur blancheur et qui « s’ estiment supérieurs aux Noirs », pendant que de leurs côtés, des Noirs totalement possédés « veulent démontrer aux Blancs coûte que coûte la richesse de leur pensée, l’ égale puissance de leur esprit » (6)

Rejet du côté blanc et consolidation de sa supériorité supposée. Du côté noir : volonté obsessionnelle d’ exister aux yeux de celui qui le rejette puis acceptation sans rechigner du « règlement intérieur » qu’ il lui impose. Le Noir ne se contente pas d’ intérioriser la grammaire psychologique inhérente à son infériorité supposée, il y a carrément une « épidermisation » totale. Le Noir dont il est question ici est le névrosé, le pur produit du racisme occidental qui a hérité de toutes les tares que lui a enseigné le Monstre. Et, aussi « pénible que puisse être pour nous cette constatation, nous sommes obligés de la faire : pour le Noir, il n’ y a qu’un destin. Et il est blanc »




Peau noire, masques blancs est sûrement l’ œuvre de Frantz Fanon la plus caricaturée de nos jours. Et certains révolutionnaires d’extrême gauche y sont, à vrai dire, pour beaucoup.

À leurs yeux, le Fanon dénonçant les rapports de domination sur l’ « homme de couleur », n’ a pas le même intérêt que le théoricien de la révolution anti-coloniale. Il est même supposé être beaucoup moins intéressant. Grave erreur !

Peau noire, masques blancs est un ouvrage qui permet de bien prendre en compte la complexité réelle du racisme - et non de le réduire à sa portion congrue comme on le voit de nos jours grâce au fétichisme anti-lepéniste. Mais surtout, cet ouvrage permet de saisir les effets du racisme sur ses victimes à travers une analyse de leur inconscient. Car l’inconscient ne triche pas, ne ment jamais. Lorsqu’il se manifeste, alors que l’on réfute la réalité d’une névrose, l’inconscient, et corrélativement, ses effets, vous rappellent à l’ ordre dans l' instant.
Mais combien d’ antiracistes, dissertant sur le racisme dont peuvent être victimes les Noirs, ont-ils lu ce livre resté célèbre de par son seul titre ? On devine bien que peu d’entre eux s’en sont donnés la peine. On se demande d’ailleurs si certains de ceux qui s’ en réclament ne se seraient pas arrêtés qu’ à la seule lecture du titre afin de s’ attribuer une conscience « anti-aliénation » à moindre frais.

Fanon a pensé en vain, dans le vide. Ses analyses n’ ont absolument pas été prises en compte par l’ antiracisme français, alors que le racisme anti-noir existe dans ce pays et a même une origine lointaine - il y vit de plus une forte population d’origine africaine. Lorsque le paternaliste de gauche jette son dévolu sur les idées des penseurs d’ un autre monde que le sien, il ne recherche que les thématiques qui abondent dans son sens, en se désintéressant totalement du reste. Que l’ on ne feigne donc pas l’ étonnement face à ce comportement.



« L’ on nous dira, oubliant en cela notre but, que nous aurions pu porter notre attention ailleurs, qu’ il existe des Blancs n’entrant pas dans notre description.
Nous répondrons à ces objecteurs que nous faisons ici le procès des mystifiés et des mystificateurs, des aliénés, et que, s’ il existe des Blancs à se comporter sainement en face d’un Noir, c’ est justement le cas que nous n’avons pas à retenir. Ce n’ est pas parce que le foie de mon malade fonctionne bien que je dirai : les reins sont sains. Le foie étant reconnu normal, je l’ abandonne à sa normalité, qui est normale, et je me tourne vers les reins ; en l’ occurrence, les reins sont malades. Ce qui veut qu’ à côté de gens normaux qui se comportent sainement selon une psychologie humaine, il en est à se comporter pathologiquement selon une psychologie inhumaine. Et il se trouve que l’ existence de ce genre d’hommes a déterminé un certain nombre de réalité à la liquidation desquelles nous voulons contribuer ici »





Toujours avant l’ explosion de Fanon, c’est l’ universitaire martiniquais, Louis Thomas Achille, qui s’ interrogera, en 1949, sur les réelles motivations de certains mariages blancs/noirs et en tirera des conclusions pas très éloignées de celles de Frantz Fanon :

« Pour ce qui est du mariage proprement inter-racial, on peut se demander dans quelle mesure il n’ est pas quelquefois pour le conjoint coloré une sorte de consécration subjective de l’ extermination en lui-même et à ses propres yeux du préjugé de couleur dont il a longtemps souffert. Il serait intéressant d’ étudier cela dans un certain nombre de cas et peut-être de chercher dans ce mobile confus la raison de certains mariages inter-raciaux réalisés en dehors des conditions normales des ménages heureux. Certains hommes ou certaines femmes épousent en effet dans une autre race des personnes d’ une condition ou d’ une culture inférieures à la leur, qu’ ils n’ auraient pas souhaitées comme conjoints dans leur propre race et dont le principal atout semble être une garantie de dépaysement et de " déracialisation "( l’horrible mot ) pour le conjoint. Chez certaines personnes de couleur, le fait d’épouser une personne de race blanche semble avoir primé sur toute autre considération. Elles y trouvent l’ accession à une égalité totale avec cette race illustre, maîtresse du monde, dominatrice des peuples de couleur » (52)

Fanon apprit après discussion avec quelques Antillais que « le souci le plus constant de ceux qui arrivaient en France étaient de coucher avec une Blanche [et] à peine au Havre, ils se dirigent vers les maisons closes » (53). C’ est, affirme-t-il, un « rite d’ initiation à l’ authentique virilité » à leurs yeux.

Pourtant, dira-t-il, « il faut que ce mythe sexuel - recherche de la chair blanche - ne vienne plus, transité par des consciences aliénées, gêner une compréhension active » (54). Il est loin de penser que 50 ans plus tard, la conscience aliénée continue à faire son travail de sape en réduisant très souvent les engagements constitutifs de l’ antiracisme aux « impératifs de chair blanche », le tout déguisé en dialectique de l’ ouverture à l’Autre. Il suffit de lire l’ œuvre de Calixthe Beyala ou, plus récemment, le dernier roman d’ Élisabeth Tchoungui pour comprendre sa portée réelle.


C'est l'antiracisme-spectacle qui définit les modalités de ce qu'il est « bien et bon de penser » pour qu’ensuite, tous les wannabe cherchant à être les mascottes de l'opinion - et à être adoptés puis consacrés par elle au nom d'une conformité avec les valeurs dominanntes -, s'engouffrent dans la dialectique du métissage, sans même la maîtriser, et se permettent de tenir des raisonnements péremptoires qui sont consubstantiels à ce qu'ils prétendent rejeter. On n'entend jamais autant parler de race que lorsque ceux qui affectent de démontrer qu'ils en rejettent le principe ouvrent la bouche : aucun raisonnement digne de ce nom et tout se ramène soit à la race, soit à la distance raciale de leur couple. Le paternalisme intrusif prend les Noirs pour des grands enfants qui ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leur nez et qui sont habitués à traiter leurs problèmes avec mépris en expédiant le débat au motif que le métissage règle le problème. Et pour ce faire, d'aucuns font état d'un mimétisme servile nauséux pour bien démontrer qu'ils sont sur la même longueur d'ondes et qu'ils partagent les mêmes valeurs.

L’ inverse existe tout autant : de pseudo-antiracistes blancs confisquant puis indexant l’ antiracisme et les luttes pour la dignité exclusivement par rapport à leurs seuls intérêts, basés sur ces mêmes impératifs de chair. Dans les deux cas, l’ Autre est d’abord un objet de jouissance dont on cherche à faire la conquête pour la satisfaction pleine, immédiate et sans entrave de ses seuls désirs. Et c’ est là, comme lors d’ un tour de magie, que la vigilance des personnes en passe d’ être mystifiées ne doit pas se relâcher : l’ on dilue cet égoïsme à courte vue dans des idées généreuses afin que les qualités de ces idées [ qui ne font pas débat et que personne ne remet en cause sauf lorsqu’elles sont, comme ici, instrumentalisées à d’ autres fins ; à ce moment précis, elles perdent leur statut de neutralité et relèvent de l’ idéologie pure ] masquent les travers non-assumés des vraies motivations personnelles.

C’ est Jules César qui veut faire la conquête de la Gaule uniquement pour flatter son ego démesuré et sa folie des grandeurs. Alors il crie à la résistance gauloise : vous n’empêcherez pas nos peuples de se mélanger. Pardon ? Oui ! il est dans une conquête banale et triviale mais il utilise une métaphore affective, ce pathos qui va rogner les dernières résistances des naïfs et donner du sens à une subjectivité qu'il n'assume pas pleinement.


De nos jours, le château-fort du métissage est pris d'assaut par des hurluberlus sans consistance qui cherchent à s'inventer une ouverture sur le monde, pontifiant à tout bout de champ sur des forums, newsgroups et autre skyblogs. Depuis quand l'ouverture se juge à l'aune de la distance raciale ethnique et culturelle entre deux personnes ? Bruno Gollnisch serait donc plus ouvert que Richard Bohringer parce que sa femme est japonaise ? Les bas instincts triomphent : incapables de s’en libérer ou de les assumer comme des personnes adultes et responsables, le mystifié et le mystificateur les transfèrent sur des nobles combats ou valeurs - antiracisme, universalisme etc. Pourquoi ce besoin impérieux de se construire une morale abnégative en niant une réalité partagée universellement ? Sans doute pour se distinguer des autres aux yeux de l'opinion et la convaincre qu'ils doivent être perçus autrement.

D’un coup, le métissage devient l' instrument symbolisant la négation de leur désir puisqu’il prend en charge tout ce qui n’est pas assumé : ma femme est noire ? C’est parce que je suis pour le métissage.

Le métissage est un fait universel qui appartient à l'histoire de l'humanité, et ce depuis la nuit des temps. Il n’appartient pas à ces petites coteries d’apprentis sorciers imbus d'eux-mêmes débarquées de la dernière pluie qui en parlent comme s'ils en étaient les uniques propriétaires. Le tout teinté d'un élitisme malsain, fondé exclusivement sur une indexation raciale, où ils se voient comme des pères-fondateurs préfigurant une concorde pan-raciale symbolisée par leur couple qui en serait le dénonateur. Le délire de nos jours se traite très bien dans certains hopitaux parisiens et l'on ne saurait que trop conseiller à certains de consulter le plus rapidement possible avant qu'ils ne nous annoncent qu'ils peuvent marcher sur l'eau ou ouvrir la mer en deux.

Le désir qui sous-tend toute relation est refoulé car, moralement, il est peu rentable sur le plan symbolique et l' on éprouve plus de satisfaction à flatter son orgueil en plaçant ses choix amoureux, non pas sous le giron du désir de l'autre, mais sous celui de l'ouverture à l'autre, donc sous le patronage d'une déontologie morale qui sacrifierait la satisfaction d' aspirations personnelles pour le bien d'un idéal commun d‘ordre moral. Or cette posture, devant laquelle tout le monde se pâme, est une fumisterie sans nom car, au vrai, il n'y a guère d'ouverture vers l'autre lorsque l'on sublime ses envies. Entendre une « beurette » dire qu'elle est « ouverte et tolérante » parce qu'elle aime les « Blacks » au point d'en avoir épouser un, est une sombre crétinerie et de la démagogie à l'état pur qui équivaut à dire qu'un homme chauve est ouvert parce qu'il aime les blondes aux yeux bleus à forte poitrine. Il n’y a absolument aucune réalité d’ordre morale dans aucun des deux cas mais une logique qui se nomme "consommation du désir". Le désir n'est pas de la morale et lorsque celui-ci sous-tend un choix, préférentiel ou non, il interdit par la même occasion l'accès à toute cette grammaire ampoulée qui confond "distance raciale entre deux individus" et "morale". C'est là l'une des tares de l'antiracisme-spectacle qui, n'apprenant que la scansion de slogans, en n'oublie l'essentiel : la conscience ne se fond ni ne se confond avec les désirs.

Il serait amusant de répertorier le nombre hallucinant de sophismes que l'on peut entendre sur ce sujet de la part des apologistes du métissage. Mais la place manque ici. Plus amusant encore serait de relever le nombre d'occurrences fondées sur le centrisme racial - tout ramener à la race. Calixthe Beyala - oui encore elle mais on aurait pu prendre Patrick Karam du Collectif Dom qui expliquait à peu de chose près la même chose sur les couples mixtes dans le débat ayant suivi le reportage Noires mémoires - dénonce le racisme et dans le même temps définit le fruit d'une relation « interraciale » comme étant porteur de spécificité biologique propre à éradiquer le racisme. On l'a lue et entendue plusieurs fois affirmer que c'est grâce au métissage que le racisme va décliner.

Or il est intéressant de noter qu'il y a là une contradiction absolue dans cette double posture : prêter des qualités morales à des individus sur la seule base de leur origine biologique constitue le fondement même de ce que l'on a appelé le « déterminisme biologique ». Le déterminisme biologique fut le fondement du racisme scientifique et postulait que le paramètre biologique prédominait sur le domaine de l’esprit et de l’expérience et qu’il est du ressort du biologique de déterminer les aptitudes, les inaptitudes, la morale etc. des groupes humains : chaque race avait des qualités et des défauts en propre, innés.

Les croisements « racio-biologiques » n'engendrent pas de géne de la tolérance ou de l'ouverture d'esprit. Dire : « je suis un métis et je suis tolérant de par ce mélange » n’est qu’un sophisme aussi bête que de dire « j’ai les yeux bleus et je fais bien du vélo ». Le gène des yeux bleus ne prédispose pas à savoir faire du vélo : faire du vélo s’apprend. De la même manière, être ouvert et tolérant s'apprend. Un référent biologique ne peut donc pas servir à quantifier la morale, la culture ou les aptitudes des individus sans présupposer l’acceptation d’une vision raciste et essentialisée des individus enfermés dans une pseudo nature qui lierait race et aptitude.


Les seuls caractères qui découlent de l'inné sont physiques et ce sont ceux que les ancêtres transmettent par les gènes. Cette transmission de gènes détermine les particularités physiques de chacun : la couleur de peau, des yeux et la texture des cheveux, notamment. Tout le reste relève de l'acquis, donc de la pédagogie, de l'éducation, de la conquête, des valeurs que transfèrent les tuteurs à leur descendance et que cette descendance assimilera plus ou moins bien selon ses capacités propres décorrélées du substrat racial. C'est le cas de l'antiracisme, de l'humanisme, de la droiture, de la morale etc.

La constitution des valeurs morales ne relève absolument pas de l’hérédité et du biologique mais bien de l’acquis et, par conséquent, c’est une donnée universelle intégrable aussi bien par un Chinois, un Norvégien ou un Bolivien. La race ne joue aucun rôle dans le domaine des valeurs morales puisque la morale se rapporte à l’acquis et non à l'inné. Un Bolivien peut être parfaitement universaliste et ouvert sur le monde sans que sa race supposée soit un frein, un préalable ou un critère de validité. L'éducation transmise par ses parents et la manière dont il assimilera ce tout suffisent amplement à y parvenir. Venir introduire un élément de validation qui serait d'ordre racial est tout simplement dément. Ce n'est pas la race ou le degré de sang différent dans ses veines qui sanctionne son humanisme mais la somme de cette faculté qu'a chaque individu à consacrer la valeur de la personne humaine en plaçant celle-ci au-dessus de tout.

La thèse de Calixthe Beyala n’est pas antiraciste sur un iota. C'est de l'aristocratisme racial dont on accepte l'expression puisqu'elle ne présente aucun danger pour l'idéologie dominante et se propose même de caricaturer de manière éhontée des réalités bien plus complexes - que l'antiracisme refuse de prendre en charge d'ailleurs. Sa thèse est non seulement stupide mais pis encore elle ne constitue rien d’autre qu'une déclinaison bas de gamme d’un concept raciste éculé qui veut que ce soit la « race » qui définisse la propension à l’ouverture.

Et si l’on voulait aller encore plus loin il faudrait aussi évoquer la différence entre « race » ( inné) et culture ( acquis ) et l’on en finirait avec cet « aristocratisme racial » confusionniste qui a la prétention de se substituer à une conscience du réel en mélangeant tout. Nous voyons là les limites de l'autosatisfaction de gens moins préoccupés par la réflexion portée sur ce qu'ils théorisent pour épater la galerie que sur les retombées jubilatoires dont ils vont pouvoir bénéficier aux yeux de l'opinion. Au nom du métissage on entend tout et surtout n’importe quoi. Et remarquable est la propension qu’ont les gens à dire des âneries dans une athmosphère ultra-permissive qui en dit long sur la mysification. Ainsi, ceux qui professsent le rejet du centrisme racial - une fois qu'ils l'ont dit de manière ostentatoire - passent leur reste de leur temps à pratiquer ce qu'ils rejettent chez autrui, c'est à dire qu'ils considèrent tout individu réductible qu'à sa race, sa biologie. Les essentialistes imbéciles qui prônent le métissage comme idéologie obligatoire et exclusive à laquelle tout se ramène sont les pires dans ce domaine. L'autosatisfaction les enivre tant qu'ils ne se rendent même pas compte de la nature de leur propos.

Sommes-nous d'accord pour dire qu'il y a une tendance à faire passer cet arsenal complexuel hérité du racisme pour de la « tolérance » dans certains cas ? Dans le cadre de la lutte contre le racisme, le prétendu antiraciste qui s' affaire à étudier la négrophobie doit être en mesure de traiter tous les aspects de cette négrophobie, ainsi que ses conséquences pour être crédible. Pas seulement le racisme radical, mais toutes les subdivisions, dont celles du volet psychologique que Frantz Fanon nomme l‘ « arsenal complexuel ». Il est donc primordial d’ être en mesure de faire son propre examen de conscience et de mettre de côté son orgueil surdimensionné d’ antiraciste qui s’imagine qu’il est suffisant d’avoir une femme blanche quand on est noir pour élucubrer de manière pédante sur des questions sérieuses alors que les 9/10 ème de ceux que l’on entend sont tout simplement de fieffés incompétents.

Fanon Frantz, cet esprit radical refusant la langue de bois, était marié à une femme…toute blanche. Trahit-il sa pensée pour autant ? Non car sa pensée dépassait ses désirs et participait d’ une réalité d’ ordre supérieur à la simple envie de l’ Autre. Il n’ opérait pas de confusion entre conscience et désir en faisant l'apologie de ses désirs travestis sous le masque de la tolérance et du métissage. Il ne subordonnait pas sa conscience à ses fantasmes car sa conscience EST. Il n' exigeait pas, comme les Médiocres dont il est question plus haut, une refonte du champ d'intellection de la critique contre le racisme afin de protéger son attirance pour une femme accidentellement blanche. Espérons qu' un jour, on osera parler avec autant de franchise de ces cyniques qui cultivent certains stéréotypes sans se soucier du fait qu' ils communiquent, à dessein, sur la couleur de peau de leur femme, de leur mari, de leurs enfants, de leur chien ou de leurs bottes afin de court-circuiter les éventuels soupçons de racisme - comme si tout ceci constituait une preuve de non-racisme. Espérons que l' on se penchera aussi, et sans fausse pudeur, sur le lobbying éhonté qu’ ils exercent en jouant du « pathos à thématique raciale » afin de faire en sorte que tout un pan de l' arsenal complexuel hérité du racisme se soustrait automatiquement à l' analyse critique.

L’ antiracisme n’a pas vocation à prendre en charge les fantasmes et les divagations des tombés en enfance. Il se voit pourtant détourner de son objectif originel pour pallier à l’ immaturité, l’ inconséquence et le manque de courage intellectuel de ceux-ci. Il existe pourtant une solution simple qui serait d’ assumer la nature intrinsèquement égoïste de l’amour - et qu’ il soit sincère ou calculé ne change rien au problème. En reconnaissant cette nature, il deviendrait utile pour certains démagogues de ficher la paix à l’ antiracisme et d’ arrêter de le prendre en otage afin de mieux apaiser leur conscience. Le commun n’ a pas à être sacrifié sous l’ autel du particulier, qui lui, de toute manière, se doit de rester dans la sphère privée. Est-ce un rêve ? Sans doute…
Non, décidément, on n’ est pas sorti de l’ auberge ! D’ ailleurs, ce n’ est même plus une auberge, mais un bunker.









Tout le monde sait qu’ il n’ y a pas plus noir qu’un Noir pauvre. Lorsqu’ il devient riche, célèbre et adulé par la majorité blanche d’un pays, celui-ci prend de la valeur, sa cote augmente au prorata de son aura auprès de l’ opinion. Il n’ est plus « le Noir » mais devient un nom. Le comique Mouss Diouf a parfaitement retranscrit ce précepte dans le titre d’un de ses spectacles intitulé « Avant, quand j’ étais noir ». Histoire vraie : nous connaissions des Noirs qui, à l’époque où les top models commençaient à émerger dans la presse féminine, dans les années 90, ne juraient que par les Cindy Crawford et autres Claudia Schiffer. La blonde ou la brune, les femmes incarnant la beauté parfaite. Une Naomi Campbell accouchait d’ une fin de non-recevoir de ceux qui ne voyaient de beauté que chez la blonde ou la brune et ne discernaient aucun attrait physique chez elle. Jusqu’ à ce qu’ elle commence à entrer, elle aussi, dans le catalogue des fantasmes d’ une bonne partie des hommes blancs du monde occidental. Sa cote grimpa, on commença à parler d’elle et, du coup, ces Noirs du groupe « Naomi Campbell ? Non merci », l’ intégrèrent naturellement dans le répertoire de leurs désirs. Ils se mirent soudainement à la trouver ravissante et désirable. Le monde civilisé, le seul, l’ unique avait donné son assentiment. On la découvrait belle et attirante et l’ on pouvait, dès lors, sans honte et sans l’ impression de trouver un penchant pour une fille au rabais, s’ imaginer sans mal être le petit ami de Naomi Campbell sans avoir à rougir. S’ imaginer pouvoir être son petit ami c’ est pouvoir obtenir l’ « objet » que le Blanc désire, donc se faire envier de lui et exister dans son regard. Être estimé. Être à sa hauteur. Avoir les mêmes goûts. En jiu-jitsu, les maîtres en la matière sont les Brésiliens : ils ont les meilleurs combattants, les meilleurs élèves et les meilleures écoles au monde. Aussi, pour tout pratiquant français, avoir la reconnaissance de ces enseignants dans cet art n’a aucune commune mesure avec la reconnaissance des maîtres luxembourgeois ou slovaques, par exemple. Non que ces derniers ne valent rien mais l’ on désire toujours briller aux yeux de ce qui se fait de mieux dans le domaine concerné.

Au niveau esthétique, on en revient souvent au même constat : le nec plus ultra demeure l’ Occidental et tant que celui-ci n’a pas donné son aval…
Plus proche de nous, on a vu Houcine, ex-membre de la Star Academy, répondre à une question posée sur le type de filles qui le faisait craquer : « J’ aime tous les genres de filles. Je les aime belles. Mais par contre, les Blacks impossible. Je ne l’ai jamais fait avec une black, et pas question que je le fasse » (55). Houcine est noir mais n’ aime pas les filles noires au point où il n’est pas question qu’ il passe à l’ acte avec elles. Bien. On connaît des gens bien plus futés que lui qui pensent la même chose mais qui savent aussi qu’ ils ne sont pas obligés de le dire avec autant de vulgarité et de mépris. Et l’ on imagine à peine le tsunami médiatique qui aurait été créé si Houcine avait été blanc.

En lisant le reste de l’ interview, remplie de stéréotypes en rapport à la sexualité hors-pairs du Noir, on saisit clairement qui sont les filles visées dans cette célébration de la puissance du mâle noir. Inutile d’ en rajouter plus. Mais l’ on remarquera une fois de plus que pour justifier ses penchants, on se doit d’abord de détruire ce que l’ on est ou ce qui nous ressemble. Une constante chez les Noirs. Oui, le nombre de Noirs qui crachent leurs glaires sur d’ autres Noirs afin de ne pas avoir à admettre qu’ ils ont une très large préférence pour les Blanches est fascinant. Il serait en revanche intéressant de savoir si Houcine ne courrait pas comme un damné en oubliant tout ce qu’ il a dit précédemment dans le cas où Naomi Campbell ou Beyonce lui proposeraient une date. Car il y a gros à jouer : c’ est l’ assurance de faire les gros titres de la presse, d’ être envié, admiré et jalousé, d’ entrer dans le club des mondains connus et glorifiés, uniquement parce qu’ ils couchent avec des pipeules. Il faudrait que Houcine pense à tous ces avantages. On est jamais trop prudent. Mais peut-être, n’ est-ce pas son genre de chercher à exister dans le regard de l’ autre ? À lire son interview, on a du mal à le croire…

Plus violent encore, une scène que l’ universitaire français René Etiemble, narrera . Naïvement, il assimila une de ses amies d’enfance à une « négresse ». L’hystérique, prise dans les affres de sa négrophobie, éructa : « Moi ? Une négresse ? Ne vois-tu pas que je suis presque blanche ? Je déteste les nègres. Ils puent, les nègres? Ils sont sales, paresseux. Ne me parle jamais de nègres » (56) Car pour se permettre de haïr les Noirs, les inconséquents négrophobes noirs doivent d’ abord se persuader qu’ ils ne le sont pas eux-mêmes. Haïr des individus qui peuvent être « soi » n’ a aucun sens quand « soi » et « eux » peuvent ne faire qu’ un. Ils n’ auront d’ autres choix que de faire état d’ une altérité irréductible au concept de « négrité », puisque l’ évoquer, c’ est admettre l’ existence de ceux qui la compose : les nègres. D’ où le je ne suis pas nègre. Car un nègre, c’ est autre chose.


Ce differentialisme racial brandit avec force, va donc les projeter dans un univers où l’ expression de leur haine est supposée « cohérente ». Ne pas être noir, c’est ne pas être un sauvage. Ne pas être sauvage, c’ est, par conséquent, être plus proche du Blanc que lui-même ne le croit. Et surtout être très éloigné du vrai sauvage… le nègre, justement. On va donc tenter de convaincre le Blanc. Le persuader que lorsqu’ il les voit, il ne doit pas s’ attarder sur cette calamité chromatique qui fonde leur honte, leur dégoût et jusqu’ à leur haine. Une fois ce stratagème réalisé, on va enfin pouvoir « rationaliser » sa haine et se mettre à vomir le nègre de toutes ses forces.
L’ hystérique criant sa haine du nègre il y a près de 60 ans, existe malheureusement encore. Nous l’ avons retrouvée il y a quelques années dans un reportage de Zone Interdite sur M6, un dimanche soir, sous les traits d’ une Marseillaise. Suite à une sombre affaire d’ accusation de viol, celle-ci vociféra lors de la confrontation avec son agresseur supposé qu’ elle ne pouvait qu’ avoir été violée par lui puisqu’ elle ne fréquente jamais les Noirs. Elle beugla : « Noooooooooooon !!! je sors pas avec des Noirs, c’est des sauvages !! ». Sauvages, nous y revoilà ! Le mot n’ est décidément pas mort. Il vit encore et se porte comme un charme.


Reprenons : a-t-elle voulu coucher avec le présumé violeur comorien qui affirme qu’elle était consentante ? Impossible, jure-t-elle ! Pourquoi ? Elle déteste les nègres et ne sort jamais avec eux car ce sont des sauvages. Le problème est donc réglé. Il y a une incompatibilité dans le degré de civilisation entre le présumé violeur et la victime, tous deux Noirs et comoriens : une civilisée ne fréquente pas des sauvages.
Mais l’ aliénation ne s’ arrête pas là et va plus loin dans cette sottise qui la pousse à s’ échapper du monde sauvage pour rejoindre le monde civilisé : « (…) je rapporte un fait, écrit Frantz Fanon, qui est pour le moins comique : dernièrement, je m’ entretenais avec un Martiniquais qui m’ apprit, courroucé, que certains Guadeloupéens se faisaient passer pour nôtres. Mais, ajoutait-il, on s’ aperçoit rapidement de l’ erreur, ils sont plus sauvages que nous ; entendez encore : ils sont plus éloigné du Blanc » (57)
On est toujours le sauvage de quelqu’ un qui se croit plus civilisé, donc moins nègre…


« Il y a de cela une dizaine d’années, nous fûmes étonnés de constater que les Nord-Africains détestaient les hommes de couleur. Il nous était vraiment impossible d’ entrer en contact avec les indigènes. Nous avons laissé l’ Afrique à la destination de la France, sans avoir compris la raison de cette animosité […]. Nous avons dit que quelques faits nous avaient surpris. Chaque fois qu’ il y a un mouvement insurrectionnel, l’ autorité militaire ne mettait en ligne que des soldats de couleur. Ce sont " des peuples de couleur " qui réduisaient à néant les tentatives de libération d’ autres "peuples de couleur ", preuve qu’ il n’ y avait pas lieu d’ universaliser le processus […] »

Frantz Fanon


Dans le chapitre intitulé L’ expérience vécue du Noir, Frantz Fanon lâche la narration à la première personne du pluriel pour adopter celle à la première personne du singulier. Le je remplace ainsi le nous qu ’il utilisait abondamment jusqu’ ici. Il narre dans ce chapitre sa propre expérience d’ Antillais noir débarquant en France - c’ est ainsi qu’ il désigne lui-même la métropole - et qui se voit confronté au racisme, à l’ évitement et au regard méprisant des autochtones. Il admet que « tant que le Noir sera chez lui, il n’aura pas, sauf à l’occasion de petites luttes intestines, à éprouver son être pour autrui » (58) En revanche, s’il « s’ expatrie », la force du préjugé le rattrapera. Car même s’ il n’ a plus à être noir, le Noir se doit de « l’ être en face du Blanc ». Le plus dur restant à « affronter le regard blanc », ce regard lourd et pesant. Une « lourdeur inaccoutumée [ issue ] d’ un monde qui dispute [au Noir] sa part » (59)


« " Maman, regarde le nègre, j’ai peur ! ". Peur ! Peur ! Voilà qu’on se mettait à me craindre. Je voulus m’ amuser jusqu’ à m’ étouffer, mais cela m’ était devenu impossible (…). Dans le train, au lieu d’ une, on me laissait deux, trois places. Déjà je ne m’ amusais plus. Je ne découvrais point de coordonnées fébriles du monde. J’ existais en triple : j’ occupais de la place. J’ allais à l’ autre… et l’ autre évanescent, hostile mais non opaque, transparent, absent, disparaissait. La nausée…
J’ étais tout à la fois responsable de mon corps, responsable de ma race, de mes ancêtres. Je promenai sur moi un regard objectif, découvris ma noirceur, mes caractères ethniques, - et me défoncèrent les tympans l’ anthropophagie, l’ arriération mentale, le fétichisme, les tares raciales, les négriers, et surtout , et surtout : " Y’ a bon banania "» (60)

Y’ a bon banania, c’ est la figure du tirailleur sénégalais sympathique. Enfin, sympathique si l’ on veut. Car plus que sa participation aux deux guerres mondiales, les soldats indigènes faisaient la basse besogne de la France aux quatre coins de l’ Empire colonial et dans le monde entier. Les tirailleurs algériens, et d’ autres, étaient présents durant la guerre de Crimée en 1854, durant la campagne du Sénégal en 1861 et celle de Madagascar en 1895, les expéditions militaires au Tonkin, en Chine, au Mexique, au Maroc etc. Les tirailleurs sénégalais ont, par exemple, été utilisés durant la conquête d’une grande partie de l’ Afrique Occidentale Française ( AOF ). Lors des massacres de l’ armée française à Madagascar en 1947, les tirailleurs sénégalais étaient, là aussi, en nombre. Qu ’ils soient vietnamiens, Gabonais, Algériens, Tunisiens, Marocains, c’ étaient de « bons soldats » dociles et obéissants.
Mais avant d’ être le Y’ a bon banania, le nègre était d’abord le sauvage sanguinaire. Celui qui n’ avait pas de culture, de civilisation, bête entre les bêtes. Il était la risée de l’ Europe blanche : « Lessive de la ménagère : elle blanchirait un nègre » (61) annonçait une affiche publicitaire française en 1895. Le Noir est agressif, paresseux, bestial, laid. Il fait peur, il a un sexe énorme. Il mange, dort et le reste de son temps est consacré à la fornication. Mais surtout, il est le barbare qui mange ses semblables.


C’ est la star de la pub ethnique devant tous les autres indigènes de l’ Empire français. Cette suprématie ne souffre d’ aucune contestation : he’ s the man.
Jusqu’ ici, le Noir avait la plus mauvaise place dans l’ imaginaire occidental, comme on l’ a vu. Puis, quand la guerre 14-18 se profile et éclate, l’ image du Noir se civilise soudainement. Il faut désormais montrer la bravoure et l’ abnégation du tirailleur pour les idéaux de la France afin d’ encourager les Français blancs à incorporer l’ armée. Dans le même élan, on diabolise le sale boche, l’ Allemand. Celui-ci prend tout d’ un coup la place du sauvage allouée au nègre depuis toujours. Des cartes postales de propagande sont éditées et elles montrent des prisonniers allemands gardés par un tirailleur. Et le Nègre qui les surveille, interpelle des Français transformés en visiteurs : « Ti viens voir li sauvages ! » (sic). C’est l’ image des zoos humains renversée : ce sont des sous-citoyens noirs de l’ Empire qui considèrent les Allemands comme des sauvages. Ce qui correspond d’ ailleurs exactement à la propagande faite par les autorités françaises pour cultiver la haine de l’allemand.


« " Regarde le nègre !…Maman, un nègre !…Chut ! Il va se fâcher …Ne faites pas attention, monsieur, il ne sait pas que vous êtes aussi civilisé que nous " […]
Le nègre est une bête, persiste Frantz Fanon, le nègre est mauvais, le nègre est méchant, le nègre est laid ; tiens un nègre, il fait froid, le nègre tremble, le nègre tremble parce qu’ il a froid, le petit garçon tremble parce qu’ il a peur du nègre, le nègre tremble de froid, ce froid qui vous tord les os, le beau petit garçon tremble parce qu’il croit que le nègre tremble de rage, le petit garçon blanc se jette dans les bras de sa mère : maman, le nègre va me manger » (62)

Fanon découvre véritablement sa couleur noire en France. Couleur qu’ il n’avait pas « vue » jusqu’ ici. Cette « livrée », qu’ il distingue clairement en France à travers le regard du Blanc, lui donne envie d’ exploser de colère. « Le beau nègre vous emmerde, madame », finit-il par lâcher à l’ attention d’ une femme qui évoquait « le beau nègre » qu’ il est. Assez ! Voilà l’ expulsion salvatrice :


« Alors que j’ oubliais, pardonnais et ne désirais qu’ aimer, poursuit-il, on me renvoyait comme une gifle, en plein visage, mon message. Le monde blanc, seul honnête, me refusait toute participation. D’ un homme on exigeait une conduite d’homme. De moi, une conduite de nègre. Je hélais le monde et le monde m’ amputait de mon enthousiasme. On me demandait de me confiner, de me rétrécir. […] Comment ? Alors que moi j’ avais toutes les raisons de haïr, détester, on me rejetait ? Alors que j’ aurais dû être supplié, sollicité, on me refusait toute reconnaissance ? » (63)

On sent une réelle déception de ne pas être considéré comme un simple homme. Et, le fait que cette volonté d’ aller vers l’ Autre ait été constamment rejetée, l’ afflige totalement. Cette attitude paraît assez surprenante quand on sait tout ce qui a été dit et écrit sur les Noirs en France. Qu’ attendait-il dans cette France ? Du respect ? Il décida derechef de s’ « affirmer en tant que Noir. Puisque l’ autre hésitait à [le] reconnaître (…) » (64)


Le Noir n’ est pas, à l’ instar du Juif, « l’esclave de " l’ idée " que les autres ont de [lui], mais de [son] apparaître » (65). Impossible de se fondre dans la masse, de disparaître, de cacher ce qui le distingue des Autres. Le Noir est un contenant et non un contenu. Videz-le de sa sève idéologique ou de ses croyances religieuses et il demeurera ce qu’ il est. Qu’ il change ce qui le détermine du point de vue de ses préférences sexuelles ou qu’ il grimpe tout en haut de l’ échelle sociale, il demeure un nègre aux yeux des autres. Son enveloppe chromatique en fait un inassimilable. Il n’ est pas cannibale ? Sa peau lui rappelle qu’ il en fut sans doute un à une époque. Il est diplômé de lettres ? Sa livrée lance un signal diamétralement opposé à l’ observateur qui le scrute dans la rue : Tiens un arriéré de nègre…et pardon pour le pléonasme.


« La honte, écrit Fanon. La honte et le mépris de moi-même. La nausée. Quand on m’aime, on me dit que c’ est malgré ma couleur. Quand on me déteste, on ajoute que ce n’ est pas à cause de ma couleur…Ici ou là, je suis prisonnier du cercle infernal.
Je me détourne de ces scrutateurs de l’ avant-déluge et je m’ agrippe à mes frères, nègres comme moi. Horreur, ils me rejettent. Eux sont presque blancs. Et puis ils vont épouser une Blanche. Ils auront des enfants légèrement bruns…Qui sait, petit à petit, peut-être » (66)


Frantz Fanon vit ainsi le mépris de soi qu’ il dénoncera plus tard. Déjà à cette époque, l’ argument des optimistes béats marchait à plein pot : on lui murmura au sujet des préjugés de couleur qu’ il « fallait en espérer une rapide disparition ». Mais la négrophobie est tenace. Tout le monde sait que ce qui est rapide pour l’ acceptation de l’ Autre l’ est beaucoup moins quand cet Autre est noir. 60 ans plus tard, l’ on polémique encore sur la diversité ethnique des écrans de télévision et la discrimination généralisée dans la société. Et l’ on nous dit encore que le préjugé de couleur risque de s’ éteindre avec les nouvelles générations black-blanc-beur. C’ est imminent ! Gageons que dans 100 ans, on n’ en sera encore à faire ce genre d’ espérances.



« Mais je refusai toute tétanisation affective. Je voulais être un homme, rien qu’un homme. D’aucuns me reliaient aux ancêtres miens, esclavagisés, lynchés : je décidai d’assumer. C’est à travers le plan universel de l’intellect que je comprenais cette parenté interne, - j’étais petit-fils d’esclaves au même titre que le président Lebrun l’était de paysans corvéables et taillables. Au fond, l’alerte se dissipait assez rapidement »


Frantz Fanon


Dans le désert du préjugé de couleur, où les seuls oasis auxquels le Noir puisse s’ abreuver ont pour nom « honte de soi », vint la négritude. En lisant Senghor, Fanon se questionne :

« Avais-je bien lu ? Je relus à coups redoublés. De l’ autre côté du monde blanc, une féerique culture nègre me saluait. Sculpture nègre ! Je commençai à rougir d’ orgueil. Était-ce le salut ? » (67)


[…]
« Je fouillai vertigineusement l’ antiquité noire. Ce que j’ y découvris me laissa pantelant. Dans son livre sur L’ abolition de l’ esclavage, Schœlcher nous apportait des arguments péremptoires. Depuis lors, Frobenius, Westermann, Delafosse, tous blancs, firent chorus : Ségou, Djenné, villes de plus de cent milles habitants. On parla de docteurs noirs ( docteurs en théologie qui allaient à la Mecque discuter du coran ). Tout cela exhumé, étalé, viscères au vent, me permit de retrouver une catégorie historique valable. Le Blanc s’ était trompé, je n’ étais pas un primitif, pas d’ avantage un demi-homme (…) » (68)

Et là, patatras ! Arrive Jean-Paul Sartre qui affirme que la négritude est un concept intérimaire et transitoire voué à porter la parole de dignité des Noirs avant de disparaître de lui-même. Fanon, lisant cette phrase, sentit « qu’ on [lui] volait [sa] dernière chance » puis assura à ses amis que « la génération des poètes noirs vient de recevoir un coup qui ne pardonne pas ». Pis, la trahison venait d’ un ami des peuples opprimés « qui n’ a rien trouvé de mieux que de montrer la relativité » de la négritude : « Comment ? J’ ai à peine ouvert les yeux qu’ on avait bâillonnés, et déjà l’ on veut me noyer dans l’ universel ? Et les autres ? (…) » (69)
Pourtant, poursuit-il, au sujet de Sartre « pour une fois, cet hégélien-né avait oublié que la conscience a besoin de se perdre dans la nuit de l’ absolu, seule condition pour parvenir à la conscience de soi » (70)…
Il fait appel à Aimé Césaire ( Ma négritude n’est ni une tour, ni une cathédrale etc. ) pour répondre à cet impudent qui, « au moment où [ il ] tente une saisie de [son] être, [lui] enlève toute illusion » (71)




« En termes de conscience, la conscience noire se donne comme densité absolue, comme pleine d’elle-même, étape pré-existante à toute fente, à toute abolition de soi par le désir. Jean-Paul Sartre par cette étude a détruit l’enthousiasme noir. Contre le devenir historique, il y avait à opposer l’imprésivibilité. J’avais besoin de me perdre dans la négritude absolument. Peut-être qu’un jour, au sein de ce romantisme malheureux … »

Frantz Fanon


C’ est parce que le monde blanc a rejeté sa rationalisation qu’ il décida de s’ identifier à l’ irrationalité. Cette irrationalité n’ est autre que la négritude, ce « romantisme malheureux ». Et l’ on comprend que Fanon la voit comme une simple roue de secours à laquelle les Noirs s’ accrochent, parce que rejetés de toute part : « j’ avais, pour le besoin de la cause, adopté le processus régressif, mais il restait que c’ était une arme étrangère ; ici je suis chez moi ; je suis bâti d’ irrationnel ; je patauge dans l’ irrationnel. Irrationnel jusqu’ au cou. Et maintenant, vibre ma voix » (72)
Le Noir vise à l’ universel. Ainsi le clamait Césaire, « dont nous voudrions que beaucoup d’ intellectuels noirs s’ en inspirent, affirme t-il ». Seulement, sa couleur de peau le rattrape. Un jour, « ce nègre dit : " Ma négritude n’est ni une tour…". Et l’ on est venu l’ helléniser, l’ orphéiser…ce nègre qui recherche l’ universel. Il recherche l’ universel ! Mais en juin 1950, les hôtels parisiens refusaient de loger des pèlerins noirs. Pourquoi ? Tout simplement parce que les clients anglo-saxons ( qui sont riches et négrophobes comme chacun sait ) risquaient de déménager » (73)

Mais Césaire n’ a pas été compris. On attendait d’ un Noir - et on attend encore aujourd’ hui - qu’ il se contente de répondre à l’ injonction mimétique. Qu’ il ne pense rien. Il doit vivre la réussite sociale pour lui, en rejoignant l’ élite qui l’ a consacré et s’ empresser d’ oublier d’ où il vient au nom du refus de s’ enfermer dans le communautarisme !
Au lieu de cela, Fanon comprend que « Césaire est descendu. Il a accepté de voir ce qui se passait tout au fond, et maintenant il peut monter. Il est mûr pour l’ aube. Mais il ne laisse pas le Noir en bas. Il le prend sur ses épaules et le hisse aux nues. Déjà dans Cahier d’un retour au pays natal, il nous avait prévenus. C’ est le psychisme ascensionnel (…) » (74)


Mais ce refus de l’ égoïsme du bien-être et du culte du « tout pour m

:: Les commentaires des internautes ::

zimmer le 06/01/2011
tu es le genre de femme que moi j'en ai envie.ma beauté j'ai soif de toi bisou