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feobus
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Ce blog regroupe des articles sur les Afro Antillais, qui font l'actualités dans le monde.
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28.03.2007
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Daniel Picouly

Publié le 25/06/2009 à 17:49 par feobus
Daniel Picouly
Daniel Picouly (né le 21 octobre 1948 à Villemomble) est un écrivain et scénariste de bande dessinée français. Il présente aussi des émissions telles que "Café Littéraire" sur France 2 le vendredi soir.

Né en 1948 à Villemomble, il est le onzième d'une famille de treize enfants d'origine martiniquaise. Après des études de comptabilité, de gestion et de droit1, il devient professeur d'économie à Paris.

Il publie son premier roman, La lumière des fous, grâce à l'aide de Daniel Pennac.

Il a joué son propre rôle en 2002 dans Imposture.

Il a été présentateur d'une émission culturelle sur France 5, Café Picouly. À partir de septembre 2008, il présente Café littéraire sur France 2.


Daniel Maximin

Publié le 25/06/2009 à 17:43 par feobus
Daniel Maximin
Pourquoi avoir adopté une journée de commémoration de l'esclavage cette année ? Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

Daniel Maximin : C'est à la suite de la loi Taubira qu'une commission a été mise en place pour décider d'une date nationale. Il existe déjà des dates locales correspondant à l'abolition de l'esclavage, conquise à la suite des révoltes victorieuses des esclaves. En Martinique, il s'agit du 22 mai 1848, en Guadeloupe, du 27 mai, en Guyane, du 10 juin et à La Réunion, du 10 décembre.


Pensez-vous que l'esclavage est une donnée essentielle dans l'identité caribéenne aujourd'hui ?

L'identité n'est pas née de l'esclavage, elle est née contre l'esclavage. C'est donc la RESISTANCE à l'esclavage qui a fondé les identités caribéennes dans toutes leurs composantes culturelles.


Pourquoi a-t-on autant oublié la première abolition de l'esclavage en France, celle de 1794 ?

Attention au "on" ! La première abolition (au monde !) de 1794 a été célébrée là où elle a eu lieu, en Guadeloupe et à Haïti. Ses 200 ans ont été célébrés en 1994. En France, dans l'histoire officielle, cette date a souvent été occultée puisque Bonaparte a voulu annuler l'abolition en 1802, en envoyant une armada en Guadeloupe et à Saint-Domingue. Il a réussi en Guadeloupe malgré la résistance héroïque de l'épopée de Delgrès. Et il a échoué à Saint-Domingue, ce qui a abouti à l'indépendance d'Haïti en 1804.


Comment en êtes- vous arrivé à écrire un livre sur Louis Delgrès ? Que représente pour vous cette personnalité ?

Mon premier roman raconte en effet, dans sa première partie, l'épopée de Delgrès, la résistance de la Guadeloupe. Il est important de raconter l'histoire, non pas du point de vue des oppresseurs, mais des résistants. Ce qui permet aussi de montrer que ce ne sont pas des victimes passives mais des acteurs de l'Histoire. Delgrès et ses 300 compagnons qui se sont fait sauter, à la Soufrière, le 8 mai 1802 plutôt que de se rendre, sont un symbole de l'inscription de la lutte pour la liberté dans une terre qui est devenue la nôtre. Leur cri de ralliement, "Vivre libre ou mourir !" n'était pas morbide mais manifestait la décision de libérer le pays et d'y créer les conditions d'avènement d'une société nouvelle, anti-coloniale.

Dans la représentation courante, on se représente souvent les relations entre le maître et l'esclave comme la relation de la maîtrise absolue contre la soumission absolue. Pour autant, ces deux sociétés n'étaient pas complètement imperméables, comme le prouve, par exemple, l'existence des mulâtres. Pensez-vous que l'on a tendance à caricaturer cette relation ?

Très bonne remarque. Il n'y a jamais eu de maîtrise absolue parce qu'il y a toujours eu, dès le début, des résistances "absolues". Et ce, même si les conditions d'oppression étaient aggravées par cette résistance et ont pu donner, par moments, du désespoir, de la soumission passive ou de la trahison. Le maître a tout fait pour apparaître maître absolu, mais l'intensité des lois d'oppression, comme le Code noir, montre bien qu'il devait faire face à des formes directes ou détournées de résistance. D'autre part, le maître ne pouvait pas non plus apparaître maître à 100%. L'esclave a pu découvrir la fragilité du maître, ses contradictions, ses ambivalences et même son "humanité" bien cachée. Il s'en est servi pour sa résistance. Par exemple, la maison du maître, l'"habitation" n'était pas un château fort inaccessible. Il suffisait aux esclaves révoltés de décider de l'investir pour le faire. D'où la gravité des lois de punition, mais aussi, la perméabilité à tout point de vue entre l'habitation du maître et les cases des esclaves. Autre exemple : les enfants du maître avec une esclave étaient automatiquement affranchis, sans être héritiers. Il y a donc eu création d'une "classe" d'hommes de couleur "libres", souvent artisans dans les villes, qui ont été à l'origine d'une "bourgeoisie créole". Cette bourgeoisie a créé un contre-pouvoir basé sur sa liberté et revendiquant l'égalité, elle a pu servir de relais aux révoltes des esclaves pour leur libération.


Comment en êtes-vous arrivé à organiser le 150e anniversaire de la commémoration de l'esclavage en 1998 ?

La première idée était de réparer l'oubli de la célébration de la première abolition, en 1994, celle-ci ayant eu lieu en 1794. La deuxième était que la République tout entière (et non pas seulement l'Outre-Mer) était concernée. La troisième idée était de montrer ce que l'abolition avait engendré, notamment la vitalité et le rayonnement des cultures caribéennes issues de la Résistance à l'esclavage. La quatrième idée était de montrer que les identités nées de cette libération étaient avant tout des identités culturelles, et non pas ethniques, religieuses, territoriales.


Pensez-vous que les formes d'esclavage disparaîtront un jour de la planète ? Est-ce totalement utopique ? Ne sommes-nous pas condamnés à nous "auto-surveiller" pour toujours ?

Aucune victoire n'est définitive. La volonté d'oppression est constitutive d'une partie de chacun d'entre nous. C'est le désir de mort pour soi ou pour l'autre qui s'oppose en permanence au désir de vie ou de faire vivre. La caractéristique des luttes contre l'esclavage en Amérique est qu'elles ont été universelles, et non raciales. Elles peuvent donc servir de modèle pour toute forme de résistance à toutes les formes d'esclavage, pas seulement celle de la vente d'un homme par un autre. L'esclave noir d'Amérique voulait éradiquer l'esclavage sur la terre entière, et pas seulement pour les Noirs. Il ne voulait pas vaincre pour mettre à son tour les Blancs en esclavage. C'est en cela qu'il a contribué à inventer un nouveau droit de l'homme, qui n'existait alors sur aucun continent. D'où l'actualité de cette histoire qui a toujours une valeur pour les luttes du présent, même si la vente des hommes en Amérique a été abolie. Il reste nécessaire de pratiquer "l'auto-surveillance" dont vous parlez vis-à-vis de chacun de nous et vis-à-vis des autres. Il n'est pas utopique de penser que la mort et le mal existeront toujours mais que la Résistance à leur empire est aussi permanente dans l'histoire des hommes.



Pensez-vous que l'esclavage est une question suffisamment étudiée et suffisamment connue du grand public ? A l'heure où certains partis politiques prônent une "France française", avec un certain succès, ne pensez-vous pas qu'il faut, par l'étude et l'enseignement, transmettre l'image d'une France métissée ?

Il ne faut pas seulement étudier "l'esclavage", il faut étudier l'histoire des sociétés coloniales qui aboutit à reconnaître ce qu'on a le plus caché : les luttes contre la colonisation, contre l'esclavage, et leur victoire. Nous n'avons pas besoin de tribunal pour faire juger les descendants des "maîtres" par les "descendants" d'esclaves. Nous avons besoin de l'histoire dans des livres scolaires, dans des romans, des essais, des documentaires, des films de fiction, des danses qui manifestent ce qu'ont créé ceux qui ont combattu pour la liberté et ont donc été les principaux fondateurs de ces pays, de ces sociétés, de ces cultures, dont nous sommes fiers aujourd'hui. Quant au discours sur la "France française", il cache la réalité très ancienne d'une France qui est sans doute le pays le plus "métissé" d'Europe ; qui, à la Révolution, a fondé la citoyenneté commune pour des groupes à l'époque très différents, que la République a voulu égaliser et libérer. D'où l'ambiguïté, parfois, d'un discours "franco-français" qui ne doit pas cacher ce que vous appelez une "France métissée" qui ne date absolument pas des "dernières arrivées". Par exemple la majorité de ceux qu'on appelle des "immigrés étrangers" sont en réalité des cousins francophones des Français.


Ne faut-il pas arrêter d'être esclave de l'esclavage ?

Merci mille fois pour cette citation de Frantz Fanon que j'ai prise comme slogan principal pour le 150e anniversaire de 1848 : "Je ne suis pas esclave de l'esclavage qui déshumanisa mes pères. Je ne suis pas venu sur terre pour faire le bilan des valeurs nègres. Je ne suis pas venu sur terre pour faire payer au monde blanc, par mon ressentiment, le malheur fait à mes pères. Mon unique prière : ô mon coeur, fais de moi toujours un coeur qui interroge !" Frantz Fanon, conclusion de "Peau noire masques blancs".



linternaute.com




Emeline Pierre

Publié le 20/03/2009 à 12:00 par feobus
Émeline Pierre est une écrivaine à la fois d’origine haïtienne et dominicaine, native de la Guadeloupe. Elle possède ainsi plusieurs cultures en elle. Madame Pierre détient une maîtrise en enseignement du français, langue étrangère et un D.E.A. en études littéraires de l’Université du Québec à Montréal. Elle est actuellement doctorante en littératures de langue française à l’Université de Montréal. Émeline Pierre vient de sortir un livre sans complaisance et très lucide intitulé « Le caractère subversif de la femme antillaise dans un contexte (post) colonial » des Éditions L’Harmattan, première maison d’édition francophone produisant le plus grand nombre de titres annuellement. L'ouvrage de l’auteur brosse une analyse accompagnée d’une perspective socio-historique de la condition des femmes dans les Antilles tout en questionnant le mythe du genre féminin "poutre-maîtresse" de la société caribéenne à travers la littérature.

L’écrivaine remet en cause le statu quo du symbolisme féminin dans le contexte (post)colonial aux Antilles. Plusieurs thèmes y sont touchés : la maternité, les relations de couple (par exemple, le manque d’investissement affectif d’un(e) partenaire dans son couple), les rapports mères-enfants, l’absentéisme du père, la créolité, etc. Madame Pierre invite le lecteur à réfléchir sur la condition et l’identité féminines dans le cadre de la littérature antillaise en s’appuyant sur la société guadeloupéenne. Madame Pierre entreprend à sa manière une tâche d’affranchissement de la femme antillaise en renversant le mythe de la figure féminine poto mitan sans porter une accusation dirigée vers l’homme. L’auteur traite également de la participation de certaines femmes antillaises au mythe poto mitan.

la matrifocalité désigne un modèle familial que l’on retrouve principalement dans les Amériques noires et dans la Caraïbe. Il se caractérise par la prédominance de la figure maternelle au sein du foyer, et parallèlement, par l’absence d’une figure paternelle. Il se structure autour du lien mère/enfant. Ce dernier est relié surtout au réseau de parenté de la mère. En réalité, la mère tente de combler les lacunes du père
Emeline Pierre



Madame Pierre propose une rupture de l’ordre établi dans son œuvre. Le magazine Première Dame dans son numéro de septembre-octobre 2008 a fait l’éloge de l’ouvrage. Ce livre des Éditions L’Harmattan incite largement le lecteur à réfléchir et à débattre la question de la femme antillaise. Nous avons donc rencontré l’auteure qui a partagé avec nous son parcours en tant qu’écrivaine et nous a livré sa vision de la condition de la femme antillaise à travers son ouvrage. Propos recueillis par Patricia Turnier, journaliste indépendante


P. T : Je vous laisse vous présenter madame Pierre et racontez-nous votre découverte de votre passion pour l’écriture.

E.P : Avant d’écrire, je suis avant tout une lectrice. Durant mes études universitaires, j’ai dû rédiger des nouvelles et cela m’a inspirée à poursuivre dans l’écriture. De plus, en tant qu’expatriée guadeloupéenne cela m’a donné une envie de lire sur mon pays ce qui m’a incitée et animée à composer à mon tour. Ce sont ainsi mes lectures qui m’ont conduite à l’écriture. Par ailleurs, je suis professeure de français. J’écris pour des revues telles que l’Année francophone internationale. Je suis conférencière à l’Université Laval. J’ai publié aussi des nouvelles et des articles dans des revues québécoises, antillaises et africaines.

Nous savons que la question des écrivaines représente un thème phare pour vous. On constate qu’on a décerné aux femmes onze prix Nobel de littérature depuis la création de cette récompense. Pensez-vous que cela demeure un défi d’être une femme sur la scène la scène littéraire ? Si oui, voyez-vous des remèdes à cet état de fait ?

Effectivement, pendant longtemps, la femme a été écartée de la scène littéraire. Et pour cause, elle avait un accès au savoir très limité. Depuis, bien des choses ont changé. Si je m’en tiens à la littérature antillaise, il y a de plus en plus de femmes qui écrivent car elles ont compris qu’elles sont les mieux placées pour parler de leurs préoccupations en tant que femmes, mais aussi en tant que citoyennes. Je ne pense pas pouvoir détenir un remède.


Les choses suivent leur cours, pour le mieux car le nombre d’auteures augmentent. On assiste aussi à une nouvelle génération d’écrivaines donc, je suis très optimiste. Je crois que dans la Caraïbe on a les outils pour s’exprimer. D’après moi, le combat est moins difficile que nos "prédécesseures". Les enjeux ne sont plus les mêmes toutefois il existe toujours une dichotomie.


Quels liens entretenez-vous entre vos origines de la Guadeloupe, la Dominique et Haïti en tant qu’auteur?

J’axe mes recherches sur nos littératures qui m’inspirent. Confiant et Pineau sont des auteurs classiques que j’admire. Pineau fait souvent référence aux îles de la Caraïbe et s’intéresse aux Antillais vivant en France. J’aime son ouverture sur le monde extérieur. Par le biais de l’écriture, j’entretiens davantage de lien avec la Guadeloupe, probablement car c’est là où je suis née. Toutefois, en tant qu’écrivaine, je suis consciente des ramifications qui existent entre la Dominique, Haïti et la Guadeloupe. C’est pour cela que je mets en exergue le concept de créolité (quoique remis en question aujourd’hui) qui met l’accent –entre autres- sur la solidarité caribéenne. Elle devrait être aussi littéraire. Pour ce faire, j’écris aussi des nouvelles qui se déroulent – entre autres- dans ces pays. C’est une façon de faire un clin d’œil à mes origines.

Vous avez notamment parlé de la littérature féminine guadeloupéenne dans le cadre de votre ouvrage. Quelle fut la raison de ce choix et qu’est-ce qui vous a animé à vous concentrer sur le contexte guadeloupéen ? Est-ce parce que vous êtes native de ce département d’outre-mer ?

Pas vraiment. Lorsque j’ai choisi mon corpus, j’y ai été par coup de cœur. Il se trouve que les œuvres qui ont retenu mon attention ont été écrites par des femmes de la Guadeloupe. Ce n’était pas le lieu de provenance qui m’importait. C’était davantage le contenu. Il importe de noter qu’accessoirement, les œuvres choisies viennent de la Guadeloupe, et moi aussi. Maintenant, il est vrai que je me suis concentrée sur la littérature guadeloupéenne car je ne voulais pas verser dans des généralités. Toutefois, je demeure convaincue que mes propos peuvent s’appliquer à d’autres écrits caribéens. C’est pourquoi, je me suis appuyée sur des recherches ayant été effectuées dans la Caraïbe autant francophone qu’anglophone. Les similitudes sont criantes.


Pouvez-vous partager avec nous la raison de la présence d’une parenthèse dans votre intitulé (post)colonial?

Les œuvres étudiées s’étendent sur une période où la Guadeloupe avait le statut de colonie soit avant 1946 jusqu’aux années 70. Tout d’abord, les parenthèses s’expliquent par rapport à des données spatio-temporelles.

De plus, cela me permet de m’interroger sur le concept de postcolonialisme qui prévaut aujourd’hui dans les littératures francophones. On est toujours dans une posture postcoloniale. Aussi, je demande jusqu’à quand les écrits antillais ou africains seront-ils inscrits dans ce mouvement ? Je n’apporte pas de réponse. Cependant, je crois qu’il y a lieu de se questionner.

Lors du lancement de votre livre à l’UQAM1 le 14 novembre dernier vous avez mentionné que la prédominance du matriarcat dans la société antillaise vous révoltait et vous questionnez la place de l’homme dans le contexte familial. En d’autres mots, vous dénoncez l’absence du père d’un point de vue physique et/ou affectif. Vous évoquez dans votre ouvrage que le volet socio-historique conditionne le présent et les rapports entretenus entre les individus. Vous faites référence par exemple aux articles 12 et 13 du Code Noir (1685) qui assuraient la filiation uniquement par le biais de la mère et par conséquent cette pratique émasculait l’homme antillais. D’après vous, cette situation de matriarcat s’explique-t-elle par les conséquences de l’esclavage et comment pouvons-nous nous affranchir de cela ?

Je crois plutôt que la société antillaise est davantage matrifocale que matriarcale. Nous y reviendrons. La nuance est de taille. Pour répondre à votre question, je pense que toutes les conséquences liées à l’esclavage peuvent être remises en cause à partir du moment où on connaît véritablement cette histoire. Cela permettra de comprendre certaines difficultés fonctionnelles de notre société, ainsi que la prédominance de la femme poto mitan. Par exemple, le sociologue afro-américain Franklin Frazier a expliqué que la désorganisation observée s’explique par la période de l’esclavage où il était interdit pour les Noirs de fonder une famille. Cette situation a perduré après la fin de la traite négrière. Ainsi, munis de cette connaissance, nous serons outillés pour tout mettre en œuvre afin d’être actif dans un processus de désaliénation. Dans cette perspective, nous pourrons véritablement affirmer : "nous ne sommes plus esclaves de l’esclavage".

Le terme Poto Mitan est une métaphore de la poutre centrale qui permet de maintenir une maison (la caz en créole). C’est à partir de cette image que la femme antillaise était et est encore perçue jusqu’à un certain point (...) je parle du caractère subversif de la femme car elle ne veut plus endosser le rôle de poto mitan qu’elle trouve trop lourd à porter
Emeline Pierre


Pour les lecteurs non créolophones pouvez-vous définir le vocable poto mitan ?

Ce terme signifie "poutre maîtresse". C’est une métaphore de la poutre centrale qui permet de maintenir une maison (la caz en créole). C’est à partir de cette image que la femme antillaise était et est encore perçue jusqu’à un certain point.


Selon vous, le terme poto mitan est-il un mythe favorisant une image monolithique de la femme antillaise et d’après vous, cette construction symbolique est-elle lourde à porter pour la caribéenne?

Certainement et c’est pour cela que les auteures de mon corpus (Gisèle Pineau et Lucie Julia) ont mis en scène une pluralité de femmes. On retrouve aussi des figures féminines qui refusent la maternité. D’autres l’assument. Ce qui ressort des ouvrages étudiés c’est que la féminité ne rime pas forcement avec la maternité. De plus, je parle du caractère subversif de la femme car elle ne veut plus endosser le rôle de poto mitan qu’elle trouve trop lourd à porter.

Comme le dit une chanteuse antillaise, elle ne veut pas être un poteau au milieu d’une maison car celui-ci est figé, à l’intérieur de la caz. A mon avis, l’absence du père est due autant à la femme qu’à l’homme. Par exemple, il existe des femmes qui ne donneront pas la place à l’homme en tant que père. Il existe aussi le fait que la société ne formule pas d’attente vis-à-vis de lui, car après tout, la femme est le poto mitan ! Certains parents aussi n’ont pas nécessairement su transmettre les responsabilités entre les genres aux prochaines générations. Ces situations demeurent donc des thèmes présents dans la littérature antillaise.

Je m’interroge sur le concept de postcolonialisme qui prévaut aujourd’hui dans les littératures francophones. On est toujours dans une posture postcoloniale. Aussi, je demande jusqu’à quand les écrits antillais ou africains seront-ils inscrits dans ce mouvement ?
Emeline Pierre


On sent chez vous un désir de mettre en avant la diversité de portraits féminins dans la littérature antillaise ? Est-ce un moyen de briser le mythe de la caribéenne monolithique ?

Je rejoins les écrivaines en ce sens car elles présentent des femmes qui ont d’autres centres d’intérêt que les enfants et la maison. Plusieurs s’investissent dans les affaires ainsi que dans le devenir de leur pays. D’ailleurs, un de ces personnages réclame "une Guadeloupe guadeloupéenne". Elles s’investissent dans diverses sphères souvent de concert avec les hommes.

A la page 135 de votre ouvrage, vous faites référence à des auteurs tels que Gisèle Pineau et Blérald-Ndagano qui traitent de sexualité féminine sans détour. Vous soulignez dans votre livre que la société guadeloupéenne valorise la femme mère au détriment de la femme amante. Est-ce une forme de "réappropriation" adoptée par les auteurs Pineau et Blérald-Nadgano qui invitent le lectorat à se rappeler que la sexualité de la femme ne se limite pas à la maternité? Pouvez-vous nous parler de cette nouvelle forme d’écriture du mouvement de la créolité ?

E.P. La créolité est un mouvement qui met en exergue le vécu antillais. Le fait que les écrivaines évoquent crûment la sexualité est subversif en soi. C’est un contre-discours. En effet, pendant longtemps, comme l’a dit l’écrivain Ernest Pépin "la femme ne prenait pas, elle était prise." Autrement dit, ses désirs n’étaient pas pris en compte. Or, on assiste à des mises en scène du coït selon un point de vue féminin. Les écrivaines évoquent aussi l’absence de désir chez certaines du point de vue romanesque.



On retrouve dans votre ouvrage deux vocables clés : matriarcat et le néologisme la matrifocalité. Quelles différences faites-vous entre ces termes ?

E.P. Le terme "matrifocalité" a été inventé en 1956 par Robert Smith. Nous y reviendrons. Il importe de souligner avant que les précurseurs ayant étudié sur la nuptialité des Noirs ont été DuBois, Herskowitz et Frazier dont leurs thèses s’appuient sur des recherches historiques. Par exemple, en 1909 DuBois a publié sur la famille noire américaine. La psychologue-clinicienne Viviane Romana en rend compte, notamment par l’entremise des groupes de paroles qu’elle anime. J’ajouterais que le psychiatre guadeloupéen Fritz Gracchus a écrit un livre remarquable sur le fonctionnement des sociétés afro-américaines : Les lieux de la mère dans les sociétés afro-américaines (1986). Il s’agit d’un des premiers antillais à avoir étudié le fonctionnement des sociétés des Amériques noires et la Caraïbe.

La théorie de la matrifocalité a été introduite par Smith pour rendre compte de la réalité familiale des Amériques noires en travaillant notamment sur la famille noire du Guyana et en s’appuyant sur un fonctionnalisme économique. Selon Smith, la matrifocalité ne doit pas être confondu avec la matriniléalité, elle ne signifie pas non plus la matrilocalité (c’est-à-dire la chez la mère de l’épouse) et finalement cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’une société matriarcale. En fait, la matrifocalité désigne un modèle familial que l’on retrouve principalement dans les Amériques noires et dans la Caraïbe. Il se caractérise par la prédominance de la figure maternelle au sein du foyer, et parallèlement, par l’absence d’une figure paternelle. Il se structure autour du lien mère/enfant. Ce dernier est relié surtout au réseau de parenté de la mère. En réalité, la mère tente de combler les lacunes du père. Alors que le matriarcat serait le pendant du patriarcat c’est-à-dire que cela se rapporterait plutôt à un système social qui verrait la femme dépositaire de l’autorité autant dans la cellule familiale qu’à l’extérieur de celle-ci.

Il importe de souligner que le terme matrifocalité est complexe et la vision de Smith a été critiquée par certains dont Mikaël Smith qui propose une différente théorie des structures familiales noires. Il estime que Robert Smith n’accorde pas d’importance à la relation homme/femme comme point de départ de la structure familiale. Mikaël Smith relativise et apporte plus de nuances à la matrifocalité.


Vous mentionnez dans votre œuvre que durant la période coloniale, l’écrivain antillais était amené à décrire sa réalité avec les yeux de l’Autre. Il s’agissait d’une littérature mimétique. Est-ce que les auteurs antillais se sont affranchis de cela d’après vous ? La littérature créole doit-elle avoir une plus grande place ? A la page 26 de votre ouvrage, vous parlez de réconciliation que l’Antillais doit faire avec sa propre culture ? S’agit-il d’une piste de solutions ?

Je crois que l’Antillais a pris conscience de sa singularité par rapport à la France. En plus, il a compris qu’il avait tout à gagner en s’ouvrant davantage sur le reste de la Caraïbe. De ce fait, j’affirme que les auteurs antillais se sont affranchis d’une écriture mimétique. Aimé Césaire a été le précurseur dans l’instauration d’une véritable littérature antillaise. Depuis, les écrivains de la Caraïbe ont parcouru bien du chemin. Leurs œuvres sont étudiées à travers le monde. Ce qui serait intéressant maintenant, ce serait de mettre en place des institutions littéraires viables qui n’auraient pas besoin de passer par Paris à l’instar de ce qui se fait au Québec. Je pense qu’on est rendu à ce point. N’oublions pas que notre littérature est jeune.

Quel fut l’accueil du public pour votre ouvrage? Avez-vous constaté une différence de perception entre les Antilles, le Canada et la France?

Aux Antilles et en France, le public était pour la plupart déjà au fait du concept de la femme « poto mitan » donc le sujet de mon étude a eu un écho direct chez lui. En revanche, à Montréal, il a fallu expliquer celui-ci. Par ailleurs, un journaliste québécois m’a confié qu’en lisant mon ouvrage, il a reconnu le Québec des années 60. À ce moment, les femmes qui étaient cantonnées dans l’espace de la maison, ont voulu en sortir afin de se joindre aux hommes pour réclamer la justice sociale, l’égalité, l’émancipation féminine ainsi que celle du Québec. Ce sont des thèmes abordés dans le corpus étudié.

Quelles sont les clés et le message que vous voulez livrer à vos lecteurs?

J’ai écrit cet ouvrage afin qu’il puisse susciter un débat. J’espère que les lecteurs seront nombreux à réagir ! De même, je les attends en grand nombre lors de mes séances de signatures les samedi 14 et dimanche 15 mars de 11h-14h, ainsi que le mardi 17 mars de 19-21h au salon du livre de Paris au stand des éditions Jasor. J’en profite pour informer mes lecteurs que je travaille actuellement sur un recueil de nouvelles.


Quel est votre mot de la fin pour vos lecteurs ?

E.P. Je crois qu’il importe de s’intéresser à l’histoire. La matrifocalité n’est pas le fruit du hasard et il existe tout un passé en arrière de cela. L’histoire permet de comprendre la société dans laquelle on vit et représente la clé pour saisir les relations hommes-femmes. Chacun est appelé à prendre ses responsabilités autant dans le cercle familial que dans la destinée du pays.


Merci madame Pierre pour cette belle entrevue.
grioo





















Césaire

Publié le 01/02/2009 à 12:00 par feobus

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John Hope Franklin

Publié le 31/01/2009 à 12:00 par feobus
John Hope Franklin
John Hope Franklin is the James B. Duke Professor Emeritus of History, and for seven years was Professor of Legal History in the Law School at Duke University. He is a native of Oklahoma and a graduate of Fisk University. He received the A.M. and Ph.D. degrees in history from Harvard University. He has taught at a number of institutions, including Fisk University, St. Augustine's College, North Carolina Central University, and Howard University. In 1956 he went to Brooklyn College as Chairman of the Department of History; and in 1964, he joined the faculty of the University of Chicago, serving as Chairman of the Department of History from 1967 to 1970. At Chicago, he was the John Matthews Manly Distinguished Service Professor from 1969 to 1982, when he became Professor Emeritus.

Professor Franklin's numerous publications include The Emancipation Proclamation, The Militant South, The Free Negro in North Carolina, Reconstruction After the Civil War, and A Southern Odyssey: Travelers in the Ante-bellum North. Perhaps his best known book is From Slavery to Freedom: A History of African-Americans, now in its seventh edition. His Jefferson Lecture in the Humanities for 1976 was published in 1985 and received the Clarence L. Holte Literary Prize for that year. In 1990, a collection of essays covering a teaching and writing career of fifty years, was published under the title, Race and History: Selected Essays, 1938-1988. In 1993, he published The Color Line: Legacy for the Twenty-first Century. Professor Franklin's most recent book, My Life and an Era: The Autobiography of Buck Colbert Franklin, is an autobiography of his father that he edited with his son, John Whittington Franklin. His current research deals with "Dissidents on the Plantation: Runaway Slaves."

Professor Franklin has been active in numerous professional and education organizations. For many years he has served on the editorial board of the Journal of Negro History. He has also served as President of the following organizations: The American Studies Association (1967), the Southern Historical Association (1970), the United Chapters of Phi Beta Kappa (1973-76), the Organization of American Historians (1975), and the American Historical Association (1979). He has been a member of the Board of Trustees of Fisk University, the Chicago Public Library, and the Chicago Symphony Orchestra Association.

Professor Franklin has served on many national commissions and delegations, including the National Council on the Humanities, from which he resigned in 1979, when the President appointed him to the Advisory Commission on Public Diplomacy. He has also served on the President's Advisory Commission on Ambassadorial Appointments. In September and October of 1980, he was a United States delegate to the 21st General Conference of UNESCO. Among many other foreign assignments, Dr. Franklin has served as Pitt Professor of American History and Institutions at Cambridge University, Consultant on American Education in the Soviet Union, Fulbright Professor in Australia, and Lecturer in American History in the People's Republic of China. Currently, Professor Franklin serves as chairman of the advisory board for One America: The President's Initiative on Race.

Professor Franklin has been the recipient of many honors. In 1978, Who's Who in America selected Dr. Franklin as one of eight Americans who has made significant contributions to society. In the same year, he was elected to the Oklahoma Hall of Fame. He also received the Jefferson Medal for 1984, awarded by the Council for the Advancement and Support of Education. In 1989, he was the first recipient of the Cleanth Brooks Medal of the Fellowship of Southern Writers, and in 1990 received the Encyclopedia Britannica Gold Medal for the Dissemination of Knowledge. In 1993, Dr. Franklin received the Charles Frankel Prize for contributions to the humanities, and in 1994, the Cosmos Club Award and the Trumpet Award from Turner Broadcasting Corporation. In 1995, he received the first W.E.B. DuBois Award from the Fisk University Alumni Association, the Organization of American Historians' Award for Outstanding Achievement, the Alpha Phi Alpha Award of Merit, the NAACP's Spingarn Medal, and the Presidential Medal of Freedom. In 1996, Professor Franklin was elected to the Oklahoma Historians Hall of Frame and in 1997 he received the Peggy V. Helmerich Distinguished Author Award. In addition to his many awards, Dr. Franklin has received honorary degrees from more than one hundred colleges and universities.

Professor Franklin has been extensively written about in various articles and books. Most recently he was the subject of the film First Person Singular: John Hope Franklin. Produced by Lives and Legacies Films, the documentary was featured on PBS in June 1997

Evariste Zephyrin

Publié le 16/12/2008 à 12:00 par feobus
Evariste Zephyrin
Merci à vous Monsieur Evariste Zephyrin votre prause m'inspire le plus grand respect, et je suis heureux de vous lire et de comprendre l'histoire de l'homme noir à travers vos dires vous etes un artiste un homme qui n'a pas besoin de negre pour ecrire, votre façon de tournée des histoires en humour me remplis de sourire, je vous avoue une profonde admiration pour la justesse de vos mots.

mille merci


Salut à tous je souhaite rencontrer des personnes pour creer un magasines afro antillais merci de me contacter.

Feobus

Tierno Monénembo

Publié le 28/11/2008 à 12:00 par feobus
Tierno Monénembo
En 1979, lorsqu’il publia Les Crapauds-brousse, la critique, unanime, s’est empressée de saluer l’entrée en scène d’un écrivain d’avenir. Les Crapauds-brousse, un roman unique, d’un ton et d’un style différents qui ouvrait, en même temps que La Vie et demie du Congolais Sony Labou Tansi et Le Bal des caïmans du camerounais Yodi Karone, une nouvelle ère pour la littérature africaine. Il est vrai que les trois romans parus dans la même année s’inscrivaient résolument dans la rupture.

Alors que le Congolais a été emporté par le Sida, que le Camerounais s’est retiré de la scène après une brève carrière de jazzman, Tierno Monénembo, le Guinéen est, des trois, celui qui aura mené une longue carrière ininterrompue depuis près de trente ans. Une carrière tressée d’œuvres toutes aussi inoubliables qu’attachantes, des textes devenus, au même titre que L’Enfant noir de Camara Laye ou Les Bouts de bois de Dieu de Sembène Ousmane, des classiques de la littérature africaine.

Je me rappellerai toujours le ton inédit qu’affichait Crapauds-brousse. C’était, après Alioune Fantouré et Ahmadou Kourouma, le troisième écrivain qui s’attaquait de manière aussi frontale aux dictatures issues des nouveaux pouvoirs africains. On y voit la Guinée de Sékou Touré avec les gens de l’appareil d’Etat prêts à exproprier les paisibles populations de leurs terres. Quiconque ose s’interposer est aussitôt condamné et conduit au « camp de la mort », comme Diouldé, le jeune intellectuel formé dans un pays de l’Est, au temps de la “camaraderie révolutionnaire”.

Ce combat contre l’absurdité des règnes des satrapes ne constitue pas l’essentiel de la thématique de l’écrivain. Même s’il y est revenu par deux fois notamment avec Les Ecailles du ciel (1986) et Cinéma (1997), ses préoccupations se cristallisent autour de l’exil. L’exil dans Un attiéké pour Elgass (1993), où à Abidjan, des étudiants de la communauté guinéenne se retrouvent pour célébrer le départ d’un des leurs en Europe. Mais ces retrouvailles ne sont qu’un prétexte pour que les couteaux, aiguisés par les vieilles rancœurs, sortent de dessous les boubous. Car, malgré l’exil, les antagonismes liés aux histoires de toutes sortes, continuent de miner les relations. Exilé lui-même depuis trente ans, parti de son pays pour échapper à la chape de plomb du régime Sékou Toué, Thierno Mamadou Saïdou Macka Diallo Monénembo a promené tout le temps son œil à l’intérieur des communautés guinéennes en exil pour mieux cerner et mettre en pointe leurs contradictions. Un rêve utile, quatrième livraison de l’auteur, tente d’instruire cette problématique.

Puis est venu le temps des mémoires. Le temps de la réappropriation de l’histoire. Partant de l’idée que les racines africaines doivent être aussi recherchées du côté du Brésil, l’écrivain effectue un voyage à Salvador de Bahia. Il en tire un roman, Pelourhino (1998)véritable odyssée dans la ville noire brésilienne où les découvertes sont toutes aussi surprenantes que les sensations obtenues auprès des filles, ces négresses aux sensualités métissées.

La recherche de la mémoire chez Monénembo s’apparente aussi à la compréhension du génocide rwandais. En 1999, à l’initiative de Fest africa – une association de promotion des lettres et des arts d’Afrique à Lille – l’écrivain participe à l’opération « Ecrire par devoir de mémoire ». De son séjour à Kigali, à Murakete, et sur tous les sites où l’innommable s’est produit, un roman-témoignage bouleversant est sorti, L’Aîné des orphelins (2000).

Et que dire de Peulhs (2004), son avant dernier texte qui prolonge par l’écrit la saga des Peulh sur le chemin du nomadisme ? Une démarche historique qui met à l’encan sa propre communauté, établie en Afrique de l’ouest jusqu’aux confins de la forêt équatoriale.

Le roi de Kahel, le dernier titre en date, prix Renaudot poursuit le sujet historique mais avec une variation particulière, puisqu’il développe son argumentaire autour d'un personnage emblématique du XIX ème siècle, un français ruiné par un rêve fou, celui de conquérir le Fouta–Djalon, pour y construire un chemin de fer.

Prix Renaudot 2008, Tierno Monénembo est un écrivain de consensus qui a su patiemment construire une œuvre forte et rigoureuse, éclairée par les soubresauts d’une Afrique frondeuse et fascinante. Auteur discret, fidèle au même éditeur (Le Seuil) depuis trente ans, le « Peulh » comme je l’appelle lorsqu’on se rencontre, a traversé le temps, les situations les plus improbables, même lorsqu’on le croyait au creux de la noix, pour renaître aujourd’hui à ce formidable…Renaudot.

couao64.unblog

Raoul Peck

Publié le 20/10/2008 à 12:00 par feobus
Raoul Peck
Raoul Peck est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma né en 1953 à Port-au-Prince en Haïti. Il a notamment réalisé Lumumba, un film basé sur l'histoire de Patrice Lumumba et son rôle dans l'indépendance du Congo.

Ses premières années sous la dictature des Duvalier sont marquées par « la disparition de plusieurs jours de son père et par le souvenir de sa mère s’entraînant à tirer dans le jardin ».

En 1961, son père, ingénieur agronome, choisit de s’éloigner du pays et fait partie du premier contingent de professeurs haïtiens recrutés pour le Congo, dans l'idée que des « Noirs parlant français » seraient plus appropriés pour remplacer les cadres belges qui avaient fui le désastre d’une décolonisation râtée.

Dix-huit mois plus tard, en 1963, Raoul Peck rejoint son père à Léopoldville, avec le reste de sa famille. Ses parents y resteront vingt-huit ans. Quant à lui, il poursuit ses études secondaires aux États-Unis et en France.

Pendant ses études d’ingénieur et d’économie à l’Université de Berlin, il milite à gauche et envisage de retourner clandestinement en Haïti, comme beaucoup d’autre étudiants avant lui pour se battre contre la dictature : « Ce qu’aucun de nous ne savait à l’époque, c’est que nous aurions été attendus avant même notre arrivée et nous aurions été tués, puisque la CIA dénonçait systématiquement au pouvoir en place, tous les « subversifs » potentiels».

Il travaille alors en tant que journaliste et photographe de 1980 à 1985, et réalise plusieurs courts métrages documentaires toujours en Allemagne. En 1982, il réalise De Cuba traigo un cantar, qui décrit la visite à Berlin-Ouest, du groupe cubain "Carlos Puebla y los Traditionales", créateur de la célèbre chanson Hasta Siempre Comandante, à l'occasion d'un grand concert pour la paix.

Il entre à l’Académie du film et de la télévision de Berlin au sein de laquelle il réalise Leugt, dont le sujet est la visite de Ronald Reagan à Berlin, qui provoqua de violentes manifestations. Puis en 1983, il enchaîne avec Exzerpt où il porte, à partir d’un texte de Samuel Beckett, un regard critique et ludique sur la Grüne Woche, la plus grande foire alimentaire et agricole allemande.

Puis Merry Christmas Deutschland est un exposé sur les leçons de l'Histoire ce jour de Noël 1984 dans l'Allemagne d'Helmut Kohl. Alors qu’il est encore à la DFFB, il tourne son premier long métrage, Haitian Corner. Pour ce film, Raoul Peck tourne à New York. Il y évoque la difficulté pour un homme exilé dans cette ville, et torturé dans le passé par les tontons macoutes, d’oublier et de choisir entre la vengeance ou le pardon le jour où il croit reconnaître son ancien tortionnaire. Il sort diplômé de la DFFB en 1988 en écrivant un scénario avec l’écrivain Jean-Claude Charles, « Mission Technique », jamais réalisé.

Contacté ensuite par un producteur pour un sujet sur un médecin suisse en Afrique faisant sa « descente aux enfers » avant de retourner « libéré » à son pays natal, Raoul Peck fait une contre-proposition et tente une première fois de lancer un projet de fiction autour de Lumumba. Déjà se pose la question du point de vue du héros « noir », contrairement à l’approche usuelle de raconter ce genre d’histoire à travers un personnage « européen », mieux accepté par les financiers (exemple : Steve Biko dans Cry freedom). Devant les difficultés évidentes, il décide de réaliser à la place un documentaire de création qui deviendra en 1991 Lumumba, la mort du prophète, sur le leader congolais, père de l’indépendance du Congo ex-belge, assassiné en janvier 1961. Il souhaite en effet lui redonner une place dans l’Histoire du continent. « En travaillant sur le scénario, je me suis rendu compte qu’au-delà d’un documentaire biographique sur ce personnage, il y avait une histoire plus intime qui se cachait : celle de mes parents (ma mère travaillait à l’hôtel de ville de Léopoldville. Elle fut la première à me parler de Lumumba) et l’histoire des Haïtiens venus travailler au Congo ». Raconter la « grande histoire à travers l’histoire personnelle – ou vice-versa ». Un projet complexe à tous les points de vue. Une expérience personnelle, artistique et politique qui déterminera tous les autres films à venir.

Puis deux ans plus tard, retour vers un sujet plus spécifiquement haïtien avec L’homme sur les quais, une fiction sur les débuts du duvaliérisme et la mise en place du processus de terreur à travers les yeux d’une enfant de huit ans, en « une parabole sur l’effet d’une dictature, d’une tension sur un corps social ». L’histoire de « Sarah, une femme qui accepte ses démons du passé et décide de vivre avec eux » lui permet d’être en compétition officielle au festival de Cannes.

En 1994, le documentaire Desounen, dialogue avec la mort consiste en « un voyage sur le territoire haïtien qui témoigne de l'extraordinaire capacité de survie des Haïtiens, grâce à la créativité, la sagesse, et… le dialogue avec la mort. » Puis la même année avec Haïti, le silence des chiens, le réalisateur documente la confrontation entre le président constitutionnel en exil, Jean-Bertrand Aristide et son Premier ministre Robert Malval, resté au pays en prisonnier virtuel des militaires putchistes.

Raoul Peck obtient en 1994 le prix Nestor Almendros de l’organisation américaine des droits de l’homme « Human Rights Watch » pour L’homme sur les quais ; six ans plus tard, la même organisation lui attribuera, le prix Irene Diamond, pour l’ensemble de son travail en faveur des Droits de l’homme.

Il aura fallu un cinéaste haïtien pour oser aborder de front la vie complexe de Karl Marx, philosophe et théoricien allemand qui, avec la publication de Capital en 1867, futur manifeste du Parti Communiste, allait, sans le savoir, bouleverser le XXe siècle.



C'est donc Raoul Peck, excellent cinéaste qui avait subjugué la critique avec Lumumba, biopic du révolutionnaire congolais, et réalisé une minisérie convaincante sur l'affaire Villemin, qui va raconter la jeunesse du philosophe au gré d'un film qu'il souhaite grand public... et international, puisque tourné en anglais. Pascal Bonitzer, fidèle collaborateur, a écrit le scénario qui racontera la jeunesse de ce fils d'un marchand juif converti au protestantisme, devenu étudiant en droit, thésard en philosophie puis journaliste et enfin penseur révolutionnaire vivant le plus souvent dans la précarité.



Toujours pas de casting annoncé mais le tournage reste prévu pour le printemps 2008, en Belgique et au Luxembourg. Le budget de 20 M$ sera réuni par le producteur Jacques Bidou.



Jean Métellus

Publié le 20/10/2008 à 12:00 par feobus
Jean Métellus
Jean Métellus est né en 1937 à Jacmel en Haïti, il a émigré en France en 1959 à l'époque de la dictature des Duvalier où il a poursuivi des études de médecine et commencé à écrire.

Poussé par Maurice Nadeau, André Malraux et Aimé Césaire, Jean Métellus a conquis une reconnaissance générale pour son art premier, la poésie. Aujourd’hui répertorié dans l’Anthologie de la poésie française du XXe siècle, ses poèmes sont traduits en italien, en espagnol et cités par certains groupes de rap. Il est également romancier, dramaturge et essayiste.

L’activité professionnelle de Jean Métellus a été la médecine (neurologue spécialisé dans les troubles du langage). En marge de son activité quotidienne de docteur, il a petit à petit créé une œuvre importante. À partir des éditions de 1998, le Robert des noms propres référence l’écrivain haïtien.
Jean Métellus a reçu :

en 2006 le Grand Prix International Léopold Sédar Senghor de Poésie de Langue française pour l'ensemble de son œuvre. Le prix a été remis au salon du livre de Paris en mars 2006 par Sylvestre Clancier et Paul Sabourin de l'association Nouvelle Pléiade.
en 2007 Le Grand Prix de Poésie de La Société des Gens de Lettre pour l'ensemble de son œuvre.
Métellus est un poète traditionnel, sans musique, sans contraintes, ce sont les mots qui prennent le dessus et qui emmènent le lecteur dans des vibrations.

Parmi ses nombreux écrits poétiques les plus connus sont Au pipirite chantant, publié pour la première fois dans la collection Lettres nouvelles chez Maurice Nadeau au début des années 1970, Voyance, paru en 1984 chez Hatier et réédité dans les années 2000, et La Peau et autres poèmes, paru en 2006 aux édition Seghers.

Jean Métellus avec une dizaine de romans dont plus de la moitié publiés chez Gallimard, a été l’un des trois émissaires français du train de la littérature de l’an 2000 qui a sillonné l’Europe (27 pays) pendant 3 mois. Il est traduit en anglais, russe, néerlandais et italien. Il a reçu deux prix de l’Académie française et est présent dans le Dictionnaire de la littérature de l’Encyclopædia Universalis. Il a écrit deux types de romans : ceux qui se passent en Haïti et dont les personnages principaux sont haïtiens (Jacmel au crépuscule, La famille Vortex, Toussaint Louverture le précurseur, etc.), et ceux qui traitent d’autres sujets, la parole, les artistes ou la médecine (Une eau-forte, Charles-Honoré Bonnefoy, La parole prisonnière).

Phillis Wheatley

Publié le 28/08/2008 à 12:00 par feobus
Phillis Wheatley
Phillis ou Phyllis Wheatley, née le 5 décembre 1753 et décédée en 1784, est la première poétesse noire américaine de renom. Son livre Poems on Various Subjects fut publié en 1773, trois ans avant le début de la Révolution américaine.

Née au Sénégal, Phillis fut capturée et vendue comme esclave à l'âge de 7 ans. Elle fut envoyée en Amérique en 1761, puis achetée à Boston par John and Susannah Wheatley. Bien que maintenue en esclavage par cette famille de marchands, elle reçut une assez bonne éducation qui lui permit d'apprendre le latin et le grec et d'étudier la Bible. Elle maîtrisa rapidement la langue anglaise et son premier poème fut publié alors qu'elle n'était âgée que de 13 ans.

En 1770, elle écrivit un hommage poétique au calviniste George Whitefield, qui eut une large audience à Boston. Sa poésie fut louée par des personnalités de la Guerre d'Indépendance, dont George Washington, qui la remercia personnellement pour un poème qu'elle avait écrit en son honneur.

Mais comme personne ne pouvait imaginer qu'une femme noire fût assez intelligente pour écrire de la poésie,[réf. nécessaire] elle fut sommée de défendre son talent lors d'un procès qui eut lieu en 1772. Le groupe de savants de Boston chargé de l'examiner conclut qu'elle avait vraiment écrit les poèmes qui lui étaient attribués. Ils signèrent une attestation qui parut dans la préface de son livre, Poems on Various Subjects, Religious and Moral, édité en 1773 à Londres, où il avait été publié faute d'avoir été accepté à Boston. Phillis et son fils ainé Nathanial Wheatley se rendirent alors à Londres, où Selina, comtesse de Huntingdon, et le comte de Dartmouth aidèrent à sa publication.

Certains critiques considèrent la défense victorieuse de Wheatley devant la cour et la publication de son livre comme la première reconnaissance de la littérature noire américaine.

En 1778, le poète noir américain Jupiter Hammon écrivit une ode à Wheatley. Hammon ne se cite jamais dans le poème, mais en la choisissant comme sujet de son œuvre, il reconnaissait de facto leur lignée commune.

Après la mort de John et Susannah Wheatley, Phillis épousa un commerçant noir affranchi du nom de John Peters. Sa vie ne fut guère éloignée de celle d'une esclave. Ni son dur labeur ni ses talents artistiques ne purent lui procurer l'aisance financière à laquelle elle aspirait et elle mourut pauvre en 1784.