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Ce blog regroupe des articles sur les Afro Antillais, qui font l'actualités dans le monde.
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28.03.2007
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Ecrivains

Du cheveu défrisé au cheveu crépu

Posté le 15.11.2007 par feobus
« Avez-vous remarqué ce qui se joue à travers le cheveu, dans les familles antillaises ? Bien des espoirs d’ascension sociale à travers la « dénégrification » sont placés dans la texture des boucles enfantines. Gare aux cheveux à « ti-zéro », les mamies n’aiment pas ça, et ne manqueront pas de vous comparer aux « beaux cheveux » de votre cousine plus claire, aux cheveux plus « plats », DONC plus fortunée que vous ! » Micaela

« Il nous est arrivé de plaisanter en pleine rue un camarade, en criant à tue-tête Pimpon, Pimpon ! Uniquement parce qu’il faisait causette avec une jeune fille au cheveu crépu. Aucune goujaterie ne nous rebutait.» Roger

« Parmi les raisons immédiates qui expliquent que les filles aspiraient tellement à avoir les cheveux lisses, figure l’attitude des garçons de l’époque, qui étaient d’une méchanceté sans limite. Ils n’hésitaient pas à vous traiter de « tet prèv », «zéro et zéro je retiens un », tet jex, lorsque vous aviez les cheveux crépus. Cependant lorsque nous les défrisions, ils s’amusaient à nos dépends en nous traitant de « kas an fè », de « chivé fri » ou « aérodrome ravet’ », autant d’insultes, expression d’un mépris et d’un dénigrement qui faisaient leur chemin dans nos cerveaux d’adolescentes, et nous conduisaient inéluctablement vers le rejet de nous-mêmes, de tous nos attributs négroïdes sur lesquels nous apprenions, au quotidien, à poser un regard négatif. L’attitude stigmatisante des garçons à notre égard était responsable du conflit intérieur qui déchirait les jeunes filles que nous étions. » Milka

« Juliette Sméralda attire l’attention sur les conséquences pernicieuses de la consommation, par les petites filles noires, des objets ludiques telles les poupées occidentales aux cheveux blonds, aux yeux bleus et à la peau blanche. Les petites filles noires « finissent, selon elle, par s’identifier à ces objets ethniques, à force de les coiffer – geste par lequel elles s’habituent à la texture et à la couleur du cheveu lisse et long –, alors qu’elles ne bénéficient d’aucune expérience parallèle, qui les habituerait à la manipulation de la texture crépue de leurs propres cheveux crépus ou frisés ». Yves

« Après analyse de mon parcours, il m’apparaît qu’aimer son cheveu n’est pas un acte spontané, mais un apprentissage. Aujourd’hui c’est un acquis pour moi. Grâce à cela, j’ai finalement pu dépasser le processus d’aliénation dans lequel j’étais prise, et suis aujourd’hui à l’aise avec mon image et beaucoup mieux "dans ma peau". » Aline

« J’ai découvert que ce n’était pas une décision simplement cosmétique, mais un acte politique, que de sortir de la spirale du défrisage. Je ne l’avais pourtant pas fait pour ces raisons-là. Mais assumer ses cheveux crépus, je le découvre tous les jours, c’est se poser en rebelle, au sein d’un peuple à qui on a appris depuis des siècles à détester ses propres traits. » Micaela



Juliette Smeralda, sociologue, enseignante, chercheure

Membre du laboratoire « Cultures et société en Europe », UMR CNRS 7043, Université Marc Bloch Strasbourg II.

Auteure de « Peau noire, cheveu crépu » paru aux éditions Jasor.




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Fabienne Kanor lauréate du prix RFO

Posté le 16.10.2007 par feobus
Le jury du prix RFO du livre se réunissait ce lundi 15 octobre pour décerner son prix annuel.

Présidé par Daniel Picouly, le jury du prix RFO du livre a récompensé pour son édition 2007 la martiniquaise Fabienne Kanor, pour son roman intitulé « Humus ». « Humus » a battu « le paradis des chiots » de Sammy Tchack par quatre voix contre cinq au premier tour.

Six livres avaient été sélectionnés pour cette édition 2007, à savoir : « le paradis des chiots » de Sammy Tchak, « le cœur des enfants léopards » de Wilfried N’sondé, « Venus et Adam » d’Alain Foix, « L’île bourbon 1730 » d’Apollo et Lewis Trondheim, « Toghan » de Marcel Melthérorong et donc « Humus » de Fabienne Kanor.

Le jury était composé de plusieurs personnalités éminentes du monde de la littérature : Outre Daniel Picouly, président, Edouard Glissant, Dany Laferrière, Alain Mabanckou, Laure Adler, Paule Constant, Martine Laval etc en faisaient partie.

« Humus » de Fabienne Kanor est inspiré d’une histoire vraie, et raconte l’histoire de 14 femmes qui décidèrent en 1774, en pleine époque de traite négrière, de quitter les cales du bateau négrier nantais « Le Soleil », dans lesquelles elles étaient enfermées pour se rebeller et sauter à l’eau.

C'est une phrase mentionnant le geste de ces 14 femmes lors d'une exposition à la maison des esclaves de Gorée, qui a attiré l'attention de Fabienne Kanor, qui s'est par la suite rendue aux archives de Nantes afin d'examiner les journaux de bord de bateaux négriers de cette époque pour en savoir plus sur cette histoire qui lui avait donné l'envie d'en savoir plus.

"Humus" est le second ouvrage de Fabienne Kanor, originaire de la Martinique. Ecrivain, mais également journaliste, Fabienne Kanor a également réalisé des documentaires et des courts métrages. La lauréate qui a vécu en région parisienne, connaît également le continent africain pour avoir vécu à St-Louis au Sénégal. Elle avait sorti en 2004 un premier roman intitulé "D’eaux douces" qui avait rencontré un succès appréciable.



grioo

Calixthe Beyala ...

Posté le 30.09.2007 par feobus
Sarkozy ou l'échec d'une integration française: tel est l'intitulé du très bon papier de l'écrivaine Calixthe Beyala dans Marianne daté d'hier. Une mine, que dis-je, une bombe atomique.


Hier, dès potron-minet, mon téléphone...devrais-je dire mon talkie-wakie, sonne. Au bout du fil, un ami. Il me demande si je suis au courant de la mine ou plutôt de la bombe que l'écrivaine Calixthe Beyala largue à Sarkozy ? Je ne suis pas au courant.


Journée de rendez-vous à gauche et à droite. Impossibilité de passer dans un kiosque pour m'acheter le magazine Marianne pour ne pas le nommer. Je voulais me faire ma propre opinion. Après mon culte traditionnel de dimanche, direction les Champs-Elysées, en face de Virgin Megastore, chez mon kiosquier préféré. La page 34 dans la rubrique forum est vivement conseillée.


Je dévore le magazine. Stupéfaction. L'écriture est sans équivoque, pleine, acérée, "truellée". C'est un assassinat en règle. Elle y dépèce son sujet tel un boucher dans un abattoir, lamine avec sa plume attrayante. Un véritable régal, un pamphlet jouissif.


Passez chez votre vendeur de journaux, vous ne serez pas déçu. C'est une véritable charge constructive, objective et surtout une bouffée d'oxygène qui broie la cervilité ambiante. Il faut que les journalistes s'y inspirent, eux qui, actuellement, sont malléables et corvéables à souhait.

les ogres

Gerald BLONCOURT.

Posté le 24.08.2007 par feobus
Le ciel était immense
Je suis venu au monde
J’avais pourtant vingt ans"
C’est dans l’avion qui le mène en République dominicaine que Gérald Bloncourt écrit ces vers, les derniers de son poème « l’Exil ». Nous sommes en février 1946. Après trois arrestations et deux évasions, ce jeune militant communiste vient d’être expulsé d’Haïti. Pour avoir mené, aux cotés, entre autres, des poètes Jacques-Stephen Alexis et René Depestre, les « cinq glorieuses » quelques jours plus tôt, il n’a plus le droit de séjour dans son pays. Ces cinq journées révolutionnaires, organisées par des intellectuels haïtiens entraîneront ensuite la chute du gouvernement d’Elie Lescot, chef d’Etat autocrate d’Haïti.

De prestigieux ascendants
Le contestataire Gérald Bloncourt, ce grand garçon mince à la peau claire et au regard malicieux n’a pas encore vingt ans, mais il a de qui tenir. Déjà, son ancêtre et héros de la famille, Melvil-Bloncourt, était communard. Son père, guadeloupéen, a combattu les Allemands en 14-18. « Pendant la guerre de 39, se souvient Gérald, il avait réussi à trouver je ne sais où, une carte de l’URSS qu’il avait affichée. Tous les jours, il suivait sans y croire la progression des Allemands, et se réjouissait dès que les Russes reprenaient le dessus. On avait la radio, on vivait au son des « Prolétaires de tous les pays, unissez vous » de radio Moscou et de « Les Français parlent aux Français » de la BBC. » Son frère Tony, résistant, n’a que 21 ans quand il est fusillé au Mont-Valérien.
Gérald aussi, en ce début d’année 1946, encourt une éxécution, à laquelle il échappe grâce à l’intervention du poète surréaliste André Breton et de son ami Pierre Mabille. Après un bref séjour en République dominicaine puis en Martinique, Gérald prend le bateau pour la France. Dix-sept jours de traversée dans une cale, avec, pour compagnons de voyage, des bagnards bretons de retour de Cayenne. A ce moment, il ne sait pas encore qu’il lui faudra quarante ans pour revoir son pays.

Peintures parisiennes
A son arrivée en France, ce n’est pas vraiment la terre des Droits de l’homme, des grands poètes et des écrivains que Gérald aperçoit : « Quand on est arrivé au Havre, la ville était dévastée. Il ne restait que des ruines, il y avait des prostituées plein les rues. Pareil, quand je suis allé à Paris, j’avais l’impression de ne voir que des gens tristes et pressés qui s’engouffraient dans le métro. »
Ayant développé un don pour la peinture depuis l’enfance, il prépare son professorat de dessin dans la capitale française. Pour dédommager sa tante qui l’héberge, il vend quelques toiles. Gérald est loin d’être un novice. Deux ans auparavant, il était, avec le peintre Dewitt Peters, un des sept fondateurs du Centre d’Art haïtien. Alors peindre Paris, la Seine et ses ponts... : « Je connaissais un galeriste qui me commandait trois tableaux par semaine. Au bout d’un moment j’en ai eu marre. Du coup je restais chez moi et je peignais de mémoire... ».


Reporter-photographe... et militant
Désormais photographe pour les Editions photographiques universitaires, il est remarqué par les responsables du journal l’Humanité, qui l’embauchent en 1948. En huit jours, il est nommé responsable politique du service photo. Il est envoyé sur tous les conflits sociaux « J’ai dû me battre pour leur expliquer qu’une grève, ce n’était pas uniquement une photo de groupe des ouvriers. Il y avait plein de choses à prendre en compte, des regards, des cicatrices, des attitudes... »
C’est ainsi que Gérald perçoit et photographie la condition ouvrière : les femmes qui attendent leurs maris devant la grille les jours de grève, l’ouvrier mutilé embrassant ses enfants qui rentrent de l’école, les enfants des bidonvilles, les premiers camps de l’Abbé Pierre pendant l’hiver 1954, les mineurs du Nord... Autant de clichés en noir et blanc qui témoignent avec tendresse du quotidien, du labeur, et des revendications de tous ces travailleurs.
Il quitte ensuite l’Humanité pour l’Avant-garde et la Vie Ouvrière. Devenu reporter-photographe indépendant, il collabore avec Le Nouvel-Observateur, L’Express, et Le Nouvel Economiste. Il sillonne la France et l’Europe d’un bout à l’autre et découvre l’Afrique du Nord. Toujours engagé à gauche, il photographie la Révolution des œillets au Portugal en 1974 et les combattants du front Polisario en 1976...

"Ayiti cherie"
« J’ai vécu une bonne partie de ma vie en France, j’y ai vécu des aventures, j’y ai vécu l’amour... mais Haïti, je l’ai toujours gardée dans les entrailles ». Oscillant entre peinture, gravure et photo, Gérald Bloncourt n’oublie pas son pays. Son île, l’unique terre au monde qu’il n’ait jamais su photographier. Son île, qui, après le régime d’Elie Lescot, est tombée entre les mains des Duvalier, d’abord le père, puis le fils. La milice de « Papa Doc » étouffe dans le sang les moindres soupirs de protestation. Près de 60 000 personnes meurent ou disparaissent sous leurs régimes successsifs, sans compter les centaines de milliers de victimes de la faim ou de maladie.

En 1986, « Bébé Doc » est contraint d’abandonner le pouvoir. Après des années de protestation, d’espoir et même d’une grève de la faim, les exilés peuvent enfin rentrer au bercail. Gérald Bloncourt rentre en Haïti puis repart à Paris, pour effectuer des allers-retours réguliers - une dizaine de fois - dans les années qui suivent.
En 1998, il fonde l’Association pour la défense des droits de l’homme et de la démocratie en Haïti et dans le monde, plus connue sous le nom de « Comité pour juger Duvalier ». Un an plus tard, l’organisation publie un communiqué : « Le Comité pour juger Duvalier fait savoir que les plaintes concernant l’ex-dictateur haïtien, Jean-Claude Duvalier, pour "crimes contre l’humanité", ont été déposées ce jour 10 septembre 1999 auprès de Monsieur le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Paris du Tribunal de Paris, au Palais de Justice de Paris. ». Mais Bébé Doc, qui vit plus ou moins caché en France, n’a encore à ce jour pas été inquiété.

Aujourd’hui âgé de 80 ans, Gérald Bloncourt, témoin de tant de luttes et de drames humains, ne s’est pas pour autant départi de son bel optimisme. Un espoir et un respect pour autrui qui se retrouve dans chacun de ses clichés, dans chacune de ses peintures. Grand et droit, le visage étonnamment lisse, le rire communicatif, il vit à Paris avec sa femme et sa fille. Difficile de résumer cet homme aux multiples passions. Et pourtant... Lui qui a fréquenté les plus grands, de Jean Cocteau à Charlie Chaplin, évoque en souriant sa rencontre avec Georges Brassens. « J’étais souvent là quand il composait ses morceaux, des chansons comme "Le petit cheval", ou "Les amoureux des bancs publics". D’ailleurs, Brassens ne se souvenait jamais de mon nom. C’est pourquoi il m’appelait "Révolution" ». Tout est dit.

LE NOIR ET LE LANGAGE

Posté le 23.08.2007 par feobus
Le noir et le langage

Le problème que nous envisageons dans ce chapitre est le suivant: le noir antillais sera d'autant plus blanc, c'est-à-dire se rapprochera d'autant plus du véritable homme, qu'il aura fait sienne la langue française.

Nous n'ignorons pas que c'est là l'une des attitudes de l'homme en face de l'Etre. Un homme qui possède le langage possède par contre le monde exprimé et impliqué par ce langage. On voit où nous voulons en venir: il y a dans la possession du langage une extraordinaire puissance. Paul Valéry le savait qui faisait du langage "le dieu dans sa chair égaré".

Dans l'ouvrage en préparation, nous nous proposons d'étudier ce phénomène.

Pour l'instant, nous voudrions montrer pourquoi le noir antillais quel qu'il soit, a toujours à se situer en face du langage. Davantage, nous élargissons le secteur de notre description, et par-delà l'antillais, nous visons tout homme colonisé.

Tout peuple colonisé -c'est-à-dire tout peuple au sein duquel a pris naissance un complexe d'infériorité, du fait de la mise au tombeau de l'originalité culturelle locale- se situe vis-à-vis du langage de la nation civilisatrice, c'est-à-dire de la culture métropolitaine. Le colonisé se sera d'autant plus échappé de sa brousse qu'il aura fait siennes les valeurs culturelles de la métropole. Il sera d'autant plus blanc qu'il aura rejeté sa noirceur, sa brousse. Dans l'armée coloniale, et plus spécialement dans les régiments de tirailleurs sénégalais, les officiers indigènes sont avant tout les interprètes. Ils servent à transmettre à leurs congénères les ordres du maître, et ils jouissent eux aussi d'une certaine honorabilité.

La bourgeoisie aux Antilles n'emploie pas le créole, sauf dans ses rapports avec les domestiques. A l'école, le jeune martiniquais apprend à mépriser le patois. On parle de créolismes. Certaines familles interdisent l'usage du créole et les mamans traitent leurs enfants de "tibandes" quand ils l'emploient.

"Ma mère voulant un fils memorandum
Si votre leçon d'histoire n'est pas sue
vous n'irez pas à la messe dimanche
avec vos effets du dimanche
Cet enfant sera la honte de notre nom
cet enfant sera notre nom de dieu
taisez-vous, vous ai-je dit qu'il vous fallait parler français
le français de France
le français du français
le français français"

Oui, il faut que je surveille mon élocution, car c'est un peu à travers elle qu'on me jugera...On dira de moi, avec beaucoup de mépris: il ne sait même pas parler français...

Dans un groupe de jeunes antillais, celui qui s'exprime bien, qui possède la maîtrise de la langue, est excessivement craint; il faut faire attention à lui, c'est un quasi-blanc. En France, on dit parler comme un livre. En Martinique: parler comme un blanc.

Le noir entrant en France va réagir contre le mythe du martiniquais qui mange-les-R. Il va s'en saisir, et véritablement entrera en conflit ouvert avec lui. Il s'appliquera non seulement à rouler les R, mais à les ourler. Epiant les moindres réactions des autres, s'écoutant parler, se méfiant de la langue, organe malheureusement paresseux, il s'enfermera dans sa chambre et lira des heures, s'acharnant à se faire une diction.

Dernièrement, un camarade nous racontait une histoire. Un martiniquais arrivant au Havre entre dans un café. Avec une parfaite assurance, il lance: "Garrrçon, un vè de biè". Nous assistons là à une véritable intoxication. Soucieux de ne pas répondre à l'image du nègre-mangeant-les-R, il en avait fait une bonne provision, mais n'a pas su répartir son effort.

Frantz Fanon: Peau noire, masques blancs 1952




FICHE DE LECTURE METHODIQUE PROPOSEE PAR UN ELEVE

Le noir et la langage in Peau noire masques blancs, Frantz fanon

1/ Contexte historique et littéraire

Décédé à New-York, à l'âge de 36 ans, Frantz Fanon d'origine martiniquaise reste l'emblème des philosophes en lutte contre le colonialisme. Son nom est associé à la révolution algérienne. Il a fondé à Tunis en 1957 l'anticolonialisme avec des données sociologiques et psychologiques. C'est pourquoi il invite ses frères de couleur à se méfier des mythes et images de la Négritude défendue par Césaire, Damas et Senghor. Ce qui importe c'est le combat pour l'indépendance politique. Il a laissé à la postérité 3 livres-clefs. Dans le premier, c'est surtout en médecin et sociologue qu'il parle: Peau noire masques blancs paru en 1952: dans les 2 autres, c'est plutôt le militant, l'idéologue qui s'exprime dans Les damnés de la terre (1961- année de son décès) et Pour la révolution Africaine (œuvre posthume de 1969).



Dans Peau noire masques blancs, il se propose d'étudier les complexes ressentis par les noirs antillais ayant subi une soumission plus ou moins consciente à la culture blanche, européenne, française. Ce livre lui a aussitôt assuré une notoriété en France et aux Antilles. Il y dénonce, avec talent et humour, les tentatives inespérées de ses frères noirs pour se blanchir, se "lactifier", se conformer aux modes et coutumes de l'univers des blancs imposé comme un monde supérieur.

Dans cet extrait, c'est au combat pour sauvegarder, par le langage, l'identité noire que se livre F.Fanon. Il reconnaît le pouvoir des verbes et des valeurs qu'il véhicule = vaste entreprise d'asservissement subtil du néo-colonialisme dénoncé avec vigueur par le philosophe apôtre de l'indépendance africaine et du peuple noir.



Nature et composition

C'est une réflexion philosophique qui pose clairement le problème du langage dans un peuple colonisé, réflexion linguistique et psychologique qui n'exclut pas l'humour, ni la référence littéraire au poème de la négritude: Hoquet de Damas. L'anecdote finale ressemble d'ailleurs à une de ces histoires drôles à tonalité xénophobe visant tour à tour les noirs, les belges, les suisses...

Néanmoins le problème posé est grave pour apprécier et comprendre l'image du nègre dans la littérature et dans la vie quotidienne (à Paris ou aux Antilles).

L'antillais nourrit-il un complexe à l'égard de la langue française? Epouse-t-il la culture européenne en adoptant son langage? Le problème de la langue est un symptôme du problème plus général de l'aliénation, de l'assimilation d'un peuple dominé.



La réflexion commence par une définition de la puissance absolue du verbe à partir de la formule de Paul Valéry, elle se poursuit par une analyse sociologique de l'attitude de l'homme colonisé face à la langue du colon, ici le français.

Fanon en profite pour esquisser une satire de la bourgeoisie antillaise face à l'usage du créole. Elle s'achève par une anecdote drôle et révélatrice du complexe éprouvé par l'antillais débarquant en France et soucieux de dissimuler son accent ( = signe extérieur de sa peau noire!) par un masque d'une articulation "à la parisienne".



Méthode de lecture (nous retiendrons le mouvement de ce texte en nous intéressant aux formes de lactification dénoncées par Fanon).



* L'homme colonisé face à la langue du colon

C'est une longue phrase affirmative au présent qui commence la réflexion de Fanon: "tout peuple colonisé....".

Il part d'un constat, d'une situation indéniable: le rapport dominant (Europe, civilisation blanche) et dominé (la race noire déportée d'Afrique vers les colonies d'Amérique) installe forcément un complexe d'infériorité dont le symptôme, pour employer le vocabulaire médical cher à la formation scientifique de Fanon, est son aliénation linguistique: respect abusif pour le langage du colon et par conséquent: "mise au tombeau" = expression forte ( = mise en sommeil) de la spécificité culturelle de tout un peuple et de ses traditions.

Les images sont très fortes comme s'il s'agissait d'une extermination: les forces coloniales veulent effacer à tout jamais les racines culturelles africaines de l'homme noir et lui créer par la force une autre personnalité avec un autre langage (cf le nègre de Surinam parle spontanément le hollandais!). L'expression "échappé de la brousse" est évidemment ironique. Elle s'inspire de l'image conventionnelle du nègre vivant en pleine nature dans une condition de vie proche de celle de l'animal (Tirolien et Senghor avaient aussi dénoncé cette caricature de l'homme africain telle que la présentent la littérature et le cinéma européen des années 30 à 60.)

Fanon se révèle fin linguiste puisqu'il montre qu'adopter une langue, c'est penser dans cette langue et donc accepter ses valeurs. Il fait référence à l'emploi d'interprète joué par les officiers de l'armée sénégalaise sachant parler le français. La maîtrise de la langue devient un mode de promotion sociale, permet une discrimination au sein d'un peuple. Il y a les dominants blancs (maîtres), les semi-dominants (noirs cultivés) et les dominés (peuple noir soumis aux ordres). René Maran dans Batouala dénoncera l'attitude supérieure des fonctionnaires blancs ou noirs en service dans les colonies d'Afrique profitant de leur supériorité culturelle et sociale pour mieux asservir le peuple souvent analphabète.



* La bourgeoisie antillaise et le créole

Fanon cite le guyanais Damas pour illustrer la dévotion que la classe bourgeoise des Antilles manifeste à l'égard du français de France! = sorte de mot magique qui ouvre les voies de la réussite sociale. Le mot "patois" désigne un parler, un idiome populaire, rural, spécifique à une région et souvent cible de raillerie (cf le patois picard des paysans de Molière dans Dom Juan). Il est donc dépréciatif, dévalorisant, péjoratif pour le créole qui se veut une langue (celle des Seychelles, d'Haïti, de la Dominique...) formée à partir des mots d'origine diverse (espagnol, vieux-français, portugais...)Mais elle n'est pas reconnue comme langue par la bourgeoisie antillaise qui la réprime au profit du français = langue noble ou anoblissante qui permet le respect, la dignité, l'admiration...tandis que l'usage du créole déclasse ("mépris, honte, tibandes"...).

Fanon s'intéresse de plus près à l'élocution et notamment à l'articulation de la consonne R souvent réduite au (w) dans les habitudes orales de l'homme noir. Il nous fait vivre les efforts de ses frères martiniquais pour ourler les R (= langage de la couture pour retenir le tissu par un ourlet), rude apprentissage pour gommer ce que Mme Damas dans Hoquet aurait appelé une tare des nègres. Là encore il use des automatismes de langage: la composition traditionnelle: "parler comme un livre" ( = bien parler!) devient parler comme un blanc ( = sorte "d'étalon" linguistique et culturel par rapport auquel on se situe) et la langue paresseuse (rappel du cliché culturel véhiculé par la culture européenne: paresseux comme un nègre; mais aussi travailler comme un nègre) = idées reçues que Fanon veut démystifier en les nommant, en les analysant de manière critique dans Peau noire masques blancs .

Les dernières lignes reprennent une blague assez connue sur l'arrivée en Métropole d'un noir qui ne réussit pas à dissimuler, dans son élocution, le caractère spontané de son articulation. Le masque blanc s'effrite dès le premier verre de bière ...le naturel revient au galop!



Conclusion



1/ Intérêt linguistique: F.Fanon analyse le langage et sa portée. On ne peut se soumette à une langue sans en accepter les valeurs et les colons le savaient bien en débaptisant les esclaves d'Afrique et en condamnant par substitution, leur dialecte d'origine. Priver un homme de sa langue, c'est le priver de sa culture, de son identité...

2/ Intérêt sociologique: Analyse intéressante du rapport dominant-dominé au sein d'une société coloniale à partir du simple regard critique sur le langage (caractère insidieux de la déculturation subie par les africains des colonies).

Tony Delsham

Posté le 16.08.2007 par feobus
Tony Delsham, journaliste écrivain, rédacteur en chef de l’hebdomadaire ANTILLA est l’auteur le plus lu de la Martinique et sans doute de la communauté Antillaise de France. « M’man Lélène », son vingt quatrième roman est le premier tome d’une saga qui en compte quatre. L’histoire se passe aux Antilles après la guerre et rappelle le contexte d’une société très hiérarchisée avec les békés (blancs), les mulâtres, les noirs, et au bas de l’échelle, les femmes, victimes des hommes, blancs comme noirs.
L’Africain appréciera la présence permanente d’une Afrique lointaine dans l’espace mais proche dans le cœur des Martiniquais, notamment grâce à « Maa Coumba » la déesse du grand fleuve du Sénégal qui, dit la légende, a suivi les déportés d’Afrique jusqu’en terre Antillaise afin de les protéger contre les esclavagistes en leur enseignant les pouvoirs du visible et de l’invisible. Le quatrième tome de la saga est d’ailleurs consacré à la dramatique traversée du fils d’un roi.
Pour l’heure Tony Delsham nous parle de M’man Lélène premier tome de la saga Filiation.


Pouvez-vous nous présenter Man Lélène ?

Elaine est âgée de quinze ans lorsqu’elle est séduite puis abandonnée par une personnalité d’une commune du nord de la Martinique. Un enfant naît, elle laisse l’enfant au père, s’enfuit et disparaît. Le petit Félix est recueilli par la sœur du géniteur, reçoit l’éducation de la bourgeoisie martiniquaise. A 15 ans, il apprend que contrairement à ce qu’on lui a toujours dit, sa mère n’est pas morte, il part à sa recherche et la découvre dans un bidonville de la capitale. Il décide de vivre avec cette dernière, alors Il veut rester avec sa mère, alors s’établissent des rapports amour- haine entre le fils et la mère car le jeune Félix ressemble physiquement au séducteur indélicat. Vous l’avez compris c’est un prétexte pour balayer large, et surtout, avec un regard interne sur notre propre histoire, notre propre vécu. Ce qui n’ pas toujours été le cas. Le contexte historique est vrai, les personnages sont imaginés.


Votre livre est-il aussi une forme d’hommage à ces femmes antillaises qui n’ont pas eu la vie facile à cause des hommes?

Si les femmes méritent un hommage, il en est de même pour les hommes. Il n’y a pas de coupable à la Martinique, il y a deux victimes, l’Homme et la Femme. Le calvaire épouvantable vécu par les femmes est la conséquence directe de la sauvagerie de l’Europe, de la sauvagerie de l’homme Blanc qui avait enlevé à nos arrières grands parents ce qu’on n’enlève pas au dernier des animaux, c’est-à-dire le droit d’être Papa, le droit d’être Maman. Il n’y avait ni parents ni enfants, mais des mâles et des femelles sur l’habitation de l’esclavagiste. Ce dernier a détruit tout sentiment humain chez l’esclave. La bible d’une main, le fouet de l’autre il a incrusté dans la cervelle de mon arrière-grand-père, les gestes nécessaires à l’adorer lui, le maître. A le servir lui, le maître. Et aujourd’hui l’Europe prétend nous donner des leçons alors que le comportement de beaucoup d’hommes et de femmes est la conséquence directe de cette déshumanisation ! Qu’ils aillent se faire cuire un œuf, un oeuf d’autruche de préférence, c’est plus gros !


Nous sommes aujourd’hui en 2004, pourtant constatez les affaires de pédophilie, d’inceste, de viol qui éclatent dans une société aussi réglementée que celle de la France, imaginez le comportement d’hommes blancs complètement libres de faire ce qu’ils voulaient de l’esclave, vous croyez qu’ils s’en sont privés ? Leurs fantasmes les plus dégradants ont été appliqués à nos arrières grands parents.

Déstructurés mentalement, dès 1635 les hommes et les femmes des Antilles ont dû attendre le 22 Mai 1848, avant de retrouver leur liberté et leur dignité .Hélas c’était une fausse liberté. Certes, le fouet avait disparu mais en réalité l’ancien esclave n’avait gagné que la liberté de travailler, dans des conditions épouvantables, pour l’ancien maître ou … de mourir de faim. Il faut attendre plus d’un siècle encore soit en 1946, date de la départementalisation, pour que des conditions, à peu près décentes lui soient laissées, afin de lui permettre de se restructurer mentalement. Bien évidemment, cette restructuration n’admettait que les affirmations idéologiques, à tous les niveaux, de la puissance colonisatrice. Petit à petit, les descendants des esclaves ont accepté les propositions parisiennes, tout en continuant à résister face aux descendants des esclavagistes, encore très présents dans la vie économique.
Je viens de vous faire une photographie rapide du passé. Maintenant, avec le recul, il ne s’agit non pas d’oublier mais, au nom du futur, il nous appartient de maîtriser la colère. Nous avons déjà donné au ressentiment, à la haine. Regardons volontairement vers le futur en faisant le ménage au présent et non plus au nom du passé. Ce passé ne doit plus être frein, mais bien socle pour demain.


Aujourd’hui cette « culture » qui conduit plusieurs femmes à avoir elle aussi plusieurs enfants de pères différents semble continuer dans la société antillaise ?

Non. La femme antillaise, est depuis 1946 dans un système économico- social qui lui donne les mêmes droits et avantages que la femme française. Elle est française et son statut a évolué au rythme de la société française qui hélas, dès 1635 l’avait, elle et son compagnon réduit à l’état d’esclave. Le système esclavagiste terminé, le système colonial terminé, le droit français s’est étendu aux Antilles. Au moment où nous parlons la femme, comme en France, ne subit plus le diktat économique de l’homme. Si elle a des enfants de pères différents, comme sa mère au temps du colonialisme, ce n’est pas pour les mêmes raisons. Elle maîtrise parfaitement sa sexualité. Contrairement a sa mère elle a le choix. Si ses enfants sont nés de pères différents cela relève d’une gestion amoureuse qui ne regarde qu’elle. Il faut se méfier de l’attitude revancharde de certaines femmes pour qui la souffrance de leur mère est rente de situation bien commode. S’en prendre et dénoncer l’homme dans des sociétés aussi microscopiques que le sont la Martinique et la Guadeloupe sont tremplins à des carrières syndicales, politique. Aux Antilles, il est temps que homme et femmes regardent enfin dans la même direction. Nous avons été pénalisés par l’esclavage, pénalisés par le colonialisme, il ne faut pas que nous soyons pénalisés par notre incapacité à retrouver notre femme, à retrouver notre homme.
Je crois que c’est ensemble qu’on fera la Martinique, c’est ensemble qu’on fera les Antilles.


Autre aspect dans votre livre, les guerres coloniales dans laquelle les soldats français des Antilles, tuant des colonisés en lutte contre la France, se rendent brutalement compte qu’eux-mêmes sont des colonisés.

Absolument. D’ailleurs, je me suis inspiré de faits réels, notamment de faits d’armes des hommes et des femmes de ma propre famille. Un de mes grands oncles, qui est mort depuis, m’a révélé qu’il a pris conscience du fait qu’il était colonisé quand il s’apprêtait à tuer un laotien qui lui a dit « pourquoi nous fais-tu la guerre alors que tu es colonisé comme nous ? C’est là qu’il s’est brusquement réveillé. Nous savons que pendant la guerre d’Algérie des Antillais ont refusé de faire la guerre aux Algériens.

Ces faits sont racontés dans le livre bien que vous avertissiez le lecteur dès le début « toute coïncidence avec des faits réels ne serait que pure coïncidence »…

Nous sommes dans un petit pays, je ne veux pas que des gens pour X raison, me disent « vous avez parlé de moi, » et prétendraient m’imposer leur vérité. J’ai écrit il y a quelques années « Les larmes des autres », œuvre d’imagination pure, et j’écris qu’à Rivière Salée, une commune de la Martinique, qu’un cadavre avait été découvert dans tel quartier. Mon téléphone sonne et une voix m’agresse : (NDLR : mimant une voix de femme) « j’habite à Rivière- Salée et il n’y a jamais eu de cadavre »
J’évite ce genre de gymnastique stérile.


Revenons sur l’atmosphère entre les soldats noirs et blancs

Mon père était un militaire de carrière. C’est donc une ambiance que je connais bien. Beaucoup de soldats blancs étaient de parfaits racistes qui regardaient les soldats noirs et Arabes de haut, alors qu’ils combattaient ensemble. Moi je n’ai pas connu ces périodes de guerre, par contre j’ai fréquenté des familles de militaires. Je suis fils de militaire, j’ai donc vécu une atmosphère étrange composée de racisme de la part des uns et d’une formidable amitié née aux combats entre blancs et noirs, de la part des autres. Ma conclusion, est que la connerie n’a pas de frontière, n’a pas de race ou de religion. Il y a d’un côté des gens bien, de l’autre côté des gens pas bien, quelle que soit la couleur de la peau.

La lutte contre l’esclavage à la Martinique a pris des voies étranges. Certains se battaient pour briser leurs chaînes, d’autres pour leur promotion sociale. Cela avec des armes inattendues ...

Oui, à la Martinique il ne suffisait pas d’être noir ou métis pou être esclave. Les noirs esclaves se battaient pour briser leurs chaînes, les noirs libres et les mulâtres se battaient pour leur promotion sociale. Nos aînés ont employé toutes les armes qui étaient à leur disposition : le coutelas, le fusil, mais également le poison ! Notre histoire est riche de ce genre de détails. On empoisonnait le bétail, on empoisonnait le maître.


Vous nous racontez également une très belle légende, celle de l’esclave Biron ...

Oui, Biron est un esclave tué et enterré par son maître dans la fosse où ce dernier avait amassé toute sa fortune. Il avait confié à Biron la mission d’éloigner toute personne qui s’approcherait. Biron obéi de magistrale façon. Il chassa tout eux qui s’approchait, même le maître. L’esclave Biron, légende racontée par ma grand-mère est sans doute notre conscience. Mais y-a-t-il une conscience martiniquaise ou est-ce le souvenir de l’Afrique que l’esclave Biron veut raviver en terre de Martinique. ? Que signifie « avoir le cœur pur » condition indispensable pour faire partie des élus qui ont chance de l’entendre ? On sait que Maam Coumba (NDLR : déesse africaine qui aurait suivi ses protégés d’Afrique aux Antilles) protégeait ceux qui voulaient conserver la culture, la race noire, et qu’elle allait jusqu’à tuer ceux qui ne respectaient la promesse faite.
Que veut dire l’esclave Biron quand il parle de « ceux qui ont le cœur pur » ? Je vous avoue que jusqu’à la dernière seconde je l’ignorais en écrivant la saga et je l’ignore encore.


Un point frappant pour qui ne connaît pas les Antilles, on constate à la lecture de votre livre que la Martinique est constituées d’une juxtaposition d’un grand nombre de communautés, des békés, des noirs, des mulâtres, des indiens. Est-ce une force ou une faiblesse pour vous, au moment où certains écrivains ne partagent peut-être pas votre définition de ce qu’est un créole aujourd’hui ?

C’est leur problème ! Mais peut-on vraiment parler de communauté ? Certes chacun affirme très fortement ses origines culturelles, mais la créolisation a fait son œuvre. Et chacun vit à la Martiniquaise sous l’autorité acceptée, pour le moment, du drapeau français. Je suis né dans un pays tellement petit que lorsque je marche trop vite je tombe dans l’eau, mais dans ce petit pays, toutes les races de la terre, tous les continents se sont donnés rendez-vous, et je suis effectivement fort de tout cela. Lorsque l’on me parle du devoir de mémoire, ma question est immédiate : de quelle mémoire ? Mémoire africaine ? Mémoire européenne ? Mémoire indienne ? Mémoire Asiatique ? Je suis tout cela. Et je refuse d’être amputé de l’une de ces composantes qui forgent ma personnalité. Mon défi, est de ne pas oublier mes origines africaines, européennes, asiatiques, indiennes, tout en m’assumant en tant que martiniquais. Cela fait longtemps que j’ai quitté l’Afrique, l’Europe, l’Inde. C’est peut-être l’Inde, l’Afrique, l’Europe qui ne veulent plus de moi parce que je suis devenu quelque chose de différent au contact de l’autre. Je suis un nouveau pays, parce que j’ai un pays. Un pays conquis avec la sueur de mon arrière-grand-père noir qui travaillait dans les champs de canne des békés, mais également par mon arrière-grand-père blanc. En 2004, force est de constater que je suis à la fois le descendant du bourreau et de la victime, de constater que je suis à la fois l’un et l’autre. Alors qu’on me laisse gérer tout cela paisiblement, j’ai un pays à faire.


grioo












Robert Delavignette

Posté le 03.08.2007 par feobus
Les paysans noirs de Robert Delavignette
Le colonial et le romancier [2/24 ]

Jean-François Durand


Dans le contexte colonial, leur “regard altérifiant”5 peut certes avoir des prolongements qu’ils n’avaient pas voulus, quand des visées plus politiques s’emparent de l’idée de la singularité absolue des cultures pour ne réserver l’universel qu’à l’une d’entre elles. Robert Delavignette est quant à lui bien plus sensible aux “accords profonds qui sont éveillés entre hommes de toute espèce par le jeu d’un effort commun”6. Une telle phrase est particulièrement révélatrice de l’idéologie coloniale, tendue vers la transformation historique des sociétés, méfiante à l’égard de toute vision qui enfermerait celles-ci dans une nature immuable. En ce sens, l’écrivain colonial pourra faire preuve, sur le terrain, d’une information comparable à celle des meilleurs ethnographes: mais il se gardera de toute nostalgie du fondamental, et de cette sorte de mélancolie de l’anthropologue qui, comme Lévi-Strauss, exprime le sentiment d’arriver trop tard, lorsque l’objet même de sa curiosité s’effrite sous ses yeux. Trop tard car le savant avance, dans la plupart des cas, par des routes déjà frayées par d’autres, des commerçants, des aventuriers, des missionnaires. L’Occident est déjà là, même si c’est par un étroit sentier7 . Bernard Mouralis résume, sur tous ces points, de manière très précise, la position spécifique de Robert Delavignette:

Yambo Ouologuem

Posté le 03.08.2007 par feobus
Yambo Ouloguem est né en 1940 à Bandiagara (pays Dogon) au Soudan français (actuel Mali). Il fait ses études secondaires au Mali avant de continuer en France, au lycée Henri-IV, où il se rend en 1960. Il sera par la suite licencié de philosophie, de lettres et diplômé d'études supérieures d'anglais. Il enseigne pendant plusieurs années dans un lycée de la banlieue parisienne, le lycée de Charenton.

C'est en 1968 que Yambo Ouologuem écrit son premier livre, Le Devoir de violence. Il reçoit pour celui-ci le prix Renaudot la même année, il est alors le premier romancier africain à recevoir cette distinction. Ce livre traite de la dynastie africaine des Saïfs, seigneurs féodaux africains. Il dépeint la participation africaine au colonialisme à travers des chefs locaux qui vendaient leurs sujets aux marchands arabes. Son livre suscite de nombreuses critiques et polémiques. Il sera aussi accusé de plagiat, Ouologuem dira alors avoir utilisé des guillemets. Ses écrits dérangent alors en effet l'histoire africaine telle qu'elle était enseignée

Lucien Lévy-Bruhl

Posté le 03.08.2007 par feobus
Ce classique de la littérature ethnologique est l'oeuvre d'un philosophe qui s'intéresse à la science des moeurs comme étude des comportements qui varient avec les époques et les lieux. Lucien Lévy-Bruhl est convaincu de l'existence díune différence irréductible entre l'esprit de l'homme civilisé et celui de l'homme qu'il qualifie comme ses contemporains de " primitif ". La " mentalité " primitive se caractérise essentiellement par la croyance en un monde non sensible, animé par les esprits des morts, des animaux et des végétaux. Pour un primitif, ce monde est réel, inextricablement mêlé au monde sensible.

La Mentalité primitive, composé de quatorze chapitres, comporte deux parties: la première, théorique, tente de caractériser, la mentalité primitive par une conception mystique de la causalité. La seconde illustre cette définition par l'absence de la pensée que nous qualifions de logique et le recours à la magie. C'est dans ce cadre que Levy-Bruhl consacre un chapitre aux rêves : dans les sociétés archaïques, le rêve constitue un voyage de l'âme pendant le sommeil; son absence provoque une immobilité qui préfigure celle de la mort. Au cours de ses voyages nocturnes, l'âme s'en va visiter le monde invisible peuplé des ancêtres, des animaux, des forces naturelles. Lucien Lévy-Bruhl rapporte de nombreux récits (sans avoir toujours un regard suffisamment critique sur ses sources) qui étayent la croyance selon laquelle ce qui est vécu en rêve est véritable et aussi important que ce qui est vécu en veille.

L'étude du rêve primitif montre le rôle social de celui-ci : non seulement il met l'individu en relation avec le monde non visible mais il assigne à chacun sa place; l'âme du donneur est un fragment de l'âme tutélaire du groupe, constitué de tout ce qui confère au groupe son identité.

L'ouvrage de Lucien Lévy-Bruhl a fait l'objet de critiques (les premières venant de l'auteur lui-même) contre sa conviction que la mentalité primitive ignorerait les principes logiques. Mais ce livre est toujours un ouvrage de référence et rapporte les récits de rêves sur lesquels se sont fondées de nombreuses études ethnologiques.

Ce livre peut donner envie de lire: J. G. Frazer: Le Rameau d'or, Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 1981 (1ère édition: 1890), un grand classique de la littérature ethnologique; Mircea Eliade: Mythes, rêves et mystères, Gallimard, Paris, 1957. Il faudrait lire aussi les textes recueillis par Roger Caillois dans Le Rêve et les sociétés humaines, Gallimard, Paris, 1967... dont on attend la réimpression.

Kelman Gaston

Posté le 06.07.2007 par feobus



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