Ce nouvel organisme, intitulé Fondation Lilian Thuram, Education contre le racisme, sera présidé par le joueur et aura pour objectif « la lutte contre le racisme sous toutes ses formes, en pariant sur l’éducation comme outil de base pour faire front contre ce phénomène », a indiqué le Barça dans un communiqué.
« Une seule race, la race humaine »
« Il faut parler du racisme, pourquoi il existe, c’est un thème qui ne doit pas rester tabou », a déclaré le footballeur français, qui a travaillé sur ce projet pendant un an. La fondation, qui a pour devise « Il n’y a qu’une seule race, la race humaine », interviendra dans trois domaines : « les activités éducatives avec les enfants, la sensibilisation de la société en général et la recherche sur le racisme », selon le club.
Pour toutes ces activités, la fondation sera conseillée par un comité d’experts. Accompagné de deux de ses coéquipiers en club, l’Italien Gianlucca Zambrotta et l’Argentin Leo Messi, Thuram a assuré que sa fondation « souhaite changer la société ». Le recordman de sélections en équipe de France (138) en a profité pour présenter une affiche publicitaire de sa fondation à laquelle plusieurs joueurs du FC Barcelone ont prêté leur concours.
Séjour humanitaire en juillet
Lilian Thuram effectuera un séjour humanitaire en Afrique du Sud, du 1er au 6 juillet 2008, avec sa fondation, sous l’égide de l’Unesco. Au lendemain de l’Euro qui s’achève le 29 juin, il s’agira pour lui de rencontrer « des personnalités et des associations » de ce pays, a-t-il déclaré sans en préciser les détails.
Le défenseur de 36 ans, en fin de contrat avec le FC Barcelone, a déjà effectué des tournées à vocation humanitaire en Afrique en 2006 sous les auspices d’organismes de l’ONU, sur le thème des enfants soldats ou de la maladie génétique de la drépanocytose.
rfo
Lilian Thuram : « L’identité du Noir commence par l’esclavage »
Le footballeur estime primordial de travailler sur l’histoire pour avoir prise sur le monde actuel. Extraits de l’entretien accordé pour notre hors-série.
Comment vous êtes-vous intéressé à la question de l’esclavage, un fait précis vous y a-t-il conduit ?
Lilian Thuram. Né aux Antilles, je suis arrivé à neuf ans en région parisienne, à Bois-Colombes. Les gosses de mon âge me surnommaient parfois la Noiraude, du nom de cette vache stupide d’un dessin animé. Je ressentais déjà une blessure, car la Noiraude signifiait la stupidité. En grandissant, j’ai voulu comprendre pourquoi le Noir véhiculait une image négative. Et, inévitablement, je suis tombé sur l’esclavage.
Inévitablement ?
Lilian Thuram. J’ai cherché à comprendre la naissance de ce problème-là. Nous vivons dans une société où subsiste encore le doute sur la capacité du Noir à être à la hauteur. Inévitablement, revient la question de l’esclavage. J’ai monté, ici en Espagne, une fondation intitulée Éducation contre le racisme. Il m’arrive souvent, dans le cadre de mon association, de demander à l’assistance ce qu’elle connaît de l’histoire des Noirs. Au départ gênés, les gens ne manquent pas ensuite de répondre systématiquement que les Noirs étaient esclaves. Cette question demeure très présente dans l’inconscient collectif. L’identité du Noir commence par l’esclavage. Je discute énormément avec mes deux enfants de cette histoire pour leur éviter de se construire une identité de victime. Sans comprendre la genèse du racisme, ils peuvent s’enfermer dans la victimisation et chercher des coupables à leur situation. Ce qui ne peut permettre une discussion possible avec l’autre. Il faut faire attention à l’enfermement sur soi, qui empêche l. On vit difficilement si on réduit l’histoire des Noirs uniquement à l’esclavage, sans aucune explication.
Vos parents ne vous ont pas transmis cette histoire ?
Lilian Thuram. Non. Ni l’école, ce qui me semble plus grave. Les générations précédentes ont intégré le message négatif entourant les Noirs. Elles souffrent en silence. Ma mère a commencé à avoir peur quand elle m’a entendu m’exprimer sur ce sujet. Il faut pourtant dire les choses pour avancer. Ce sont des personnes que j’ai rencontrées tout au long de ces dernières années qui m’ont initié à cette histoire et à d’autres. Ces rencontres font que l’on s’interroge. Pour dépasser un problème, il faut le comprendre. Sinon, le mal-être et la confrontation demeureront. Je viens d’une société, la Guadeloupe, qui a connu l’esclavage. Mes enfants et moi-même venons d’une lignée où figuraient des esclaves. Je dis à mon aîné d’être fier de ses ancêtres, qui ont survécu, et de ne pas en avoir honte. Il est important qu’il sache que les Noirs n’ont pas tous été esclaves. C’est un soulagement pour lui. Les générations qui ont subi l’esclavage, la colonisation, qui voient dans le regard de l’autre qu’elles sont inférieures, se sentent victimes, tout en éprouvant parfois de la culpabilité. Parler aujourd’hui de l’esclavage permet une meilleure compréhension. On a encore du mal à entendre dire que notre pays a participé à la traite négrière. Cela dérange. On préfère l’idée que notre pays a libéré des gens. Or, pendant des siècles, la France a mis en place le Code noir. Il y a malaise. Nous sommes, je pense, devenus assez adultes pour réfléchir sur le passé et ainsi comprendre le présent et améliorer le futur.
(…)
L’émergence d’une mémoire nationale prenant en compte toutes les mémoires est-elle possible ?
Lilian Thuram. La société est en train d’évoluer dans ce sens, guidée par des mouvements en faveur du travail de mémoire. Tout le monde, pas seulement les Noirs, éprouve le besoin de s’émanciper. Mais il faudra que les politiques prennent davantage en compte la demande de partage de la mémoire nationale, utile à toute la France. On n’est pas coupable de ce qui s’est produit dans le passé. Mais on le devient si l’on n’ouvre pas une réflexion intelligente sur ce passé.
Le texte intégral est publié dans notre hors-série.
Entretien réalisé par Mina Kaci
tout d'abord je suis africain et camerounais je te felicite pour cette initiative et je te felicite pour prises de position tranchées en ce qui concerne la question du racisme dans le football et même aux hommes politiques de ton pays notamment à ceux de l'extrême droite je t'encourage et va de l'avant dans ta lutte je suis avec toi vas y et felicitation