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Ce blog regroupe des articles sur les Afro Antillais, qui font l'actualités dans le monde. Description audio !
Catégorie : Blog Actualité Date de création :
28.03.2007 Dernière mise à jour :
22.07.2008
L’annulation de la visite que Nicolas Sarkozy avait prévue en fin de semaine dernière à la Martinique et en Guadeloupe n’a pas suffi à apaiser les esprits parmi ceux qui jugeaient sa présence « indésirable » dans les îles.
Hilaire Lefort porte allégrement ses 84 ans. L’homme est digne et droit, clair dans sa tête, sûr de ses droits, fier de son passé - « quarante et un ans, un mois et cinq jours au service de l’Etat français, à la direction de l’Equipement ». Mais, comme il l’explique en ce samedi de décembre, place de la Victoire à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), son « orgueil » s’est « changé en hargne » depuis qu’on lui a fait comprendre, au détour d’une querelle de voisinage, que « le nègre doit obéir à l’homme blanc ». « collectif unitaire » « Ce n’était pas une bavure, seulement la méthode française de tous les temps en pays conquis. J’ai été violenté sur un simple appel de mon voisin, un colonialiste arrière-petit-fils de négrier. Et ils m’ont déshumanisé, bestialisé... Les bienfaits de la France pour les nègres n’ont jamais existé... »
Ces intolérables violences des forces de l’ordre à l’encontre d’un vieil homme étaient-elles véritablement « racistes » et le fait de brutes « colonialistes » ? Peut-être, hélas. Mais ici - et c’est tout le problème de la Guadeloupe -, il y a cette mémoire de l’esclavage qui interdit de simplement se poser la question. L’« affaire Lefort » est donc venue s’ajouter à la longue liste des exactions françaises...récemment constitué pour exprimer le mécontentement de l’île et subitement dopé par la défection de Nicolas Sarkozy. Au milieu des représentants du PC et du PS locaux, parmi les syndicalistes de l’UGTG, de la CGTG, du Speg ou de la FSU, lui ne tient qu’un rôle de victime. Mais ce qu’il dit est fondamental. Sa vie a basculé, le 4 janvier dernier, quand le chien de son voisin est venu tuer, dans sa propriété, à Saint-Claude, une vingtaine de ses poules. Il a tiré sur l’animal : du plomb, qui ne lui a pas fait beaucoup de mal. Les gendarmes, appelés par le voisin, ont jeté le vieil homme à terre sans se soucier ni de son âge ni de ses problèmes cardiaques - il porte un pacemaker. Ils l’ont menotté dans le dos, poussé dans une voiture puis enfermé dans un cachot à la gendarmerie de Basse-Terre. Il n’en est ressorti que le lendemain en fin de matinée, définitivement révolté, lui le fonctionnaire modèle de l’Equipement, chargé en fin de carrière de la formation des agents se présentant aux concours. Il ignore encore ce que deviendra la plainte avec constitution de partie civile qu’il a déposée.
Mais lui a déjà jugé, et ses mots sont implacables : C’est pour témoigner qu’il est venu à cette réunion du Place de la Victoire, il n’y a pas foule, cependant, pour protester contre les mauvais traitements de la métropole. En ce week-end, les habitants de Pointe-à-Pitre se sont plutôt rués en masse vers Destreland ou Milénis, les deux énormes centres commerciaux de Grande-Terre, pour organiser comme il se doit « la Nwel » qui s’approche. Les « bienfaits de la colonisation » ont indigné mais n’ont mobilisé que quelques poignées de militants. Quant à la « non-venue » de Nicolas Sarkozy, elle est crûment qualifiée d’« épiphénomène » par Raymond Gauthiérot, leader de la puissante Union générale des travailleurs guadeloupéens (UGTG), la plus redoutée des organisations syndicales de l’île et la plus violemment indépendantiste.
Reste que le ministre de l’Intérieur venait pour évoquer des problèmes bien concrets, et bien contemporains ceux-là : l’immigration, la délinquance, la drogue. Personne, aucun parti, aucune organisation, gauche, droite et indépendantistes confondus, n’en minimise l’importance. L’immigration ? « En Guadeloupe, le nombre de personnes en provenance d’Haïti ayant sollicité une demande d’asile est passé de 135 en 2003 à 3 682 en 2004, confiait en septembre dernier le ministre de l’Outre-Mer, François Baroin, au Figaro Magazine.
Si en métropole, on avait le même taux d’immigration clandestine, ajoutait-il, cela ferait 15 millions de clandestins sur le sol métropolitain. » Les conséquences économiques et sociales de cet afflux (environ 6 000 nouveaux Haïtiens chaque année en Guadeloupe, auxquels s’ajoutent quelques milliers de Dominiquais) sont bien entendu détestables : trafics, précarité, misère, exploitation, xénophobie. Tout cela, les organisations responsables de l’île le dénoncent. Les moins raisonnables aussi, d’ailleurs, comme cette « Convention pour une Guadeloupe nouvelle » qui assène : « Les Guadeloupéens sont de plus en plus minoritaires dans leur propre pays ; des métiers exercés auparavant par nous sont actuellement monopolisés par des personnes étrangères (vente de grillades et de pizzas sur le bord des routes, métiers de services aux personnes, médecins, avocats...) »
L« Elle est supérieure de 5 à 10% à celle de la métropole en matière de violence, Et la délinquance condamnée a pour sa part connu une progression de 50% au cours des dix dernières années. » La drogue, enfin. Comme le souligne un rapport parlementaire de mars 2005, « 55% du total de la cocaïne produite en Amérique du Sud et destinée aux deux principaux marchés de consommation que sont l’Amérique du Nord et l’Europe transitent par les Caraïbes », et les départements français concernés « deviennent de manière croissante des lieux de consommation de drogues ».
Il n’y a pourtant que 410 000 habitants en Guadeloupe. Mais le chômage y touche 30% de la population active et 55% des jeunes. confie, dans son bureau du palais de justice de Pointe-à-Pitre, le procureur de la République, Jean-Michel Prêtre. a délinquance ? De tout cela, Nicolas Sarkozy aura donc été empêché de parler. « Il reviendra, de toute façon, s’amuse Raymond Gauthiérot, de l’UGTG, nous ne prétendons pas lui avoir fait peur. Mais ses solutions contre l’immigration, notamment, ne nous conviendront jamais : nous ne sommes pas d’accord pour qu’on mette dehors nos frères haïtiens, venus d’une île pillée par la France pendant des siècles. C’est la France qui alimente aujourd’hui encore la misère de ce pays pour prouver au monde noir qu’il n’y a pas intérêt à être indépendant... »
L’esclavagisme encore, le colonialisme toujours... A 84 ans, Hilaire Lefort, dont le père mourut pour la France en 1916 aux Dardanelles, crie aujourd’hui « Vive la Guadeloupe libre ». Et l’île n’en finit plus d’agiter ses chaînes, pourtant brisées depuis 1848. Au risque d’en oublier les autres dangers qui la guettent.
Jacques Chirac annonce la création d’une "mission pluraliste" pour évaluer l’action du Parlement dans les domaines de la mémoire et de l’Histoire, face au débat suscité par la loi du 23 février 2005 qui reconnaît un "rôle positif" à la colonisation française.
Le chef de l’Etat a souligné qu’"il n’y a pas d’Histoire officielle" et que "ce n’est pas à la loi d’écrire l’Histoire", qui est "l’affaire des historiens".
Il a demandé que "les esprits s’apaisent" et qu’une "réflexion sereine" s’engage sur les zones d’ombre de l’Histoire française.
"Face au débat suscité par l’article IV de la loi du 23 février 2005, j’ai proposé au président de l’Assemblée nationale, M. Jean-Louis Debré, qui l’a accepté, de constituer une mission pluraliste pour évaluer l’action du Parlement dans les domaines de la mémoire et de l’Histoire", a dit Jacques Chirac lors d’une intervention solennelle.
"Cette mission devra écouter toutes les sensibilités, elle devra s’entourer d’historiens", a-t-il précisé, ajoutant que ses conclusions pourraient être rendues dans "un délai de trois mois".
Jacques Chirac a invité par ailleurs le gouvernement à créer "dans les meilleurs délais" la Fondation sur la mémoire, prévue à l’article III de la loi du 23 février 2005 relative à l’indemnisation des rapatriés.
Le figaro : 12/12/2005
Hamlaoui Mékachéra, ministre délégué aux Anciens Combattants, représentait le gouvernement lors de l’examen au Parlement du projet de loi « portant reconnaissance de la nation envers les rapatriés ».
Propos recueillis par Guillaume Perrault
Le Figaro. - Les détracteurs de l’article 4 de la loi accusent la majorité de faire l’apologie de la colonisation. Que répondez-vous ?
Hamlaoui Mékachéra. - On a fait dire à cet article ce qu’il ne dit pas. Le projet de loi rendait hommage à ceux « qui ont participé à l’oeuvre accomplie par la France » outre-mer. Puis, lors de l’examen du texte à l’Assemblée, les députés ont adopté un sous-amendement prévoyant que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Aucun socialiste ou communiste n’a pris la parole pour s’y opposer. Au Sénat, le porte-parole du groupe socialiste a ensuite approuvé expressément cet article. Ce consensus avait une raison simple : « en particulier » ne signifie pas « exclusivement ». Le choix du terme « en particulier » atteste qu’il existe une autre face de la colonisation, beaucoup moins glorieuse, et que le législateur n’entend en aucun cas occulter.
N’aurait-il pas été plus clair d’évoquer les « aspects positifs » de la colonisation plutôt que son « rôle positif » ?
Probablement, mais les débats ont été d’une grande tenue et l’intention du Parlement reste limpide : il n’est pas question d’imposer une histoire officielle. Les élus de la nation ont simplement demandé une présentation honnête et nuancée de ce qu’a fait la France outre-mer. Le législateur a voulu rétablir un équilibre entre les ombres et les lumières de notre passé. Pourquoi les aspects positifs de la présence française - médecine, instruction, sécurité, équipements publics - devraient-ils être passés sous silence ? C’est l’ensemble des aspects positifs et des aspects négatifs, voire tragiques, qui constitue la vérité et l’histoire. Ainsi, le Parlement n’a souhaité blesser personne, mais au contraire rassembler nos concitoyens.
La mission confiée à Jean-Louis Debré par Jacques Chirac peut-elle réussir dans ce climat passionnel ?
Je pense que la décision du chef de l’Etat va permettre de lever tous les malentendus. Pour ma part, je suis chargé de créer la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie, prévue par l’article 3 de la loi, et destinée à accueillir les historiens de toutes les nationalités. Souhaitons donc que cette polémique regrettable, qui a été montée en épingle, s’apaise. Il en va de la manière dont notre pays appréhende son histoire et dont il veut la transmettre aux jeunes générations
23 mai 2008 : une bonne date pour le départ de Patrick Karam
Par Claude Ribbe, jeudi 22 mai 2008 à 17:57 :: General
Lorsque François Fillon a annoncé que le 23 mai s’ajouterait au 10 mai pour célébrer la mémoire de l’esclavage, personne n’a rien compris et je suppose qu’il n’a rien compris lui-même. Nicolas Sarkozy a parlé d’une promesse électorale qu’il se devait de tenir. Mais vis-à-vis de qui s’est-il engagé ? Dieu seul le sait. Le 23 mai ? Pourquoi pas le 24 ou le 26 ? À cause d’une marche qui a eu lieu il y a dix ans ? Cela paraît un peu insuffisant pour que toute la France s’extasie. Pendant la campagne électorale présidentielle, est apparu un inconnu, Patrick Karam, qui s’est présenté au candidat Sarkozy comme la personnalité la plus populaire de l’Outre-Mer sur la foi d’une « puissante association » qu’il a créée en 2003 et financée, paraît-il «sur ses économies», ce qui est méritoire quand on sait le mal qu’il a pour offrir un verre d’eau. D’où vient ce Karam ? Personne ne l’a jamais su. Le personnage est haut en couleur et finalement assez sympathique (au second degré bien sûr). Origines libanaises ou peut-être cubaines, torse bombé, tête de catcheur, oeil de biche, vocabulaire de colleur d’affiche, manières de vendeur de saucisses. Brut de décoffrage, fort en gueule, caractériel, se disant ceinture noire de karaté, parlant un français approximatif mâtiné de créole, il brandit l’invective et menace volontiers d’en venir aux mains lorsqu’il est contrarié. N’annonçait-il pas naguère, l’œil injecté de sang, et maîtrisant mal une soudaine crispation du muscle facial qui décèle sa colère, son intention de «kärcheriser Sarkozy», de «péter la gueule à Claude Guéant», de s’enchaîner aux grilles de l’Élysée si on ne lui donnait pas séance tenante une voiture de fonction de grosse cylindrée ? J’ai assisté à une scène mémorable où il a fallu le retenir à deux dans un café, car le bougre venait d’apercevoir Alain-Gérard Slama, le chroniqueur du Figaro, auquel, allez savoir pourquoi, il voulait administrer séance tenante une sévère correction. Je me suis toujours demandé si c’était de la folie ou de la bêtise. Sans doute un peu des deux. Ayant un penchant pour les excentriques, j’ai fini par trouver le personnage assez amusant et à m’en égayer de temps en temps. Karam n’a jamais vraiment été un ami, mais, je l’avoue, pendant un temps j’ai eu un faible pour lui et je l’ai même supporté plusieurs fois à déjeuner, ce qui est une épreuve, même lorsqu’on n’est guère pointilleux sur le savoir-vivre. J’ai fait semblant de ne pas entendre ses plaisanteries douteuses sur les « makomés » (manière péjorative de désigner les homosexuels aux Antilles). Des plaisanteries si récurrentes que je me suis demandé s’il n’en était pas un, si ce n’était pas une manière de me déclarer sa flamme. Tout cela aurait pu me rendre presque indulgent si son discours décousu n’avait bientôt viré à la xénophobie pure et dure. Rama Yade elle-même s’en est émue dans une lettre assez imagée dont la copie m’est parvenue et que je rendrai peut-être publique un jour.
Bref, en se servant des associations de l’Outre-mer comme d’un marchepied, Karam est parvenu à obtenir une petite boutique dans les communs de l’hôtel du secrétaire d’État à l’Outre-Mer. La place n’est pas mauvaise. Les plus modérés soutiennent qu’il perçoit 8000 euros chaque mois. Certains parlent de 12 000. Plus les frais. Cependant, la définition des activités du «délégué interministériel à l’égalité des chances des Français originaires d’outre-mer» est des plus vagues. Karam m’ayant confié un jour que Sarkozy allait lui donner du travail mais qu’il était incapable de définir son poste, je lui avais, pour rire, rédigé sur un coin de table une lettre en lui recommandant bien d’exiger que sa mission soit «interministérielle», ce qui lui permettrait d’avoir la paix. J’ai l’impression que ce que je prenais pour un canular a vraiment marché. L’improbable s’est produit : Karam a obtenu une sinécure sur mesure. Sans diplôme approprié, sans qualification, sans manières, le voilà mamamouchi. Au bluff. Un directeur de cabinet, un chef de cabinet. Un vrai ministricule.
Notre délégué interministériel parade donc à présent aux frais du contribuable dans une 607 gris métal conduite par un chauffeur. Pour lui, cette voiture, dont il a sans doute longtemps rêvé, est le symbole du pouvoir qu’il pense détenir sur ses compatriotes. Lors d’une manifestation récemment organisée par RFO à l’université de Saint-Denis, il même a exigé que l’automobile entre sur le campus et soit garée à la porte du bâtiment où se tenait la réunion, pour que tout le monde puisse admirer celui qui se prend, dans son carrosse, pour le gouverneur du Cinquième DOM.
S’il en avait eu les compétences et la volonté, Karam aurait pu donner un peu de sens à sa fonction. Les Ultramarins ont vraiment besoin d’être aidés. Le Bumidom les a relégués dans des banlieues et dans les bas emplois de la fonction publique. Le fameux « génocide par substitution » dont parlait Césaire. Au lieu de cela que fait-il ? Il intrigue, il fulmine, il essaie de terroriser, il monte des coups. Personne ne dit rien, car les Ultramarins de métropole sont vulnérables. Karam leur fait peur, menaçant (toujours par personne interposée) d’utiliser ses « réseaux » pour bloquer une subvention, une mutation. Et surtout, il attend. Il espère. Quoi donc ? La place du secrétaire d’État. Yves Jégo, à peine nommé, partit en Nouvelle-Calédonie. Celui qui voulait être calife se précipita aussitôt à l’Élysée pour se faire photographier et déclarer que le Président lui avait « renouvelé sa confiance » et entendait lui donner un « rôle ». La passion de Karam pour Nicolas Sarkozy est assez bizarre. Il n’est pas certain qu’elle soit réciproque.
En réalité, le seul qui apprécie ce curieux personnage soudain infiltré dans l’appareil d’État est le président du CM98 (Comité de marche du 23 mai 1998), une petite association dont Karam, en privé, ne se prive pas de dire qu’elle ressemble beaucoup à une secte et son président à un gourou illuminé. Pour des raisons obscures, le président de ce CM98 s’est mis en tête d’obtenir que le 23 mai soit un jour de mémoire. Nicolas Sarkozy, pensant faire plaisir à un outre-mer qui a massivement voté contre lui, a cédé. Cela ne lui coûtait rien.
Que peuvent penser les Français ? Une loi a été votée en 2001. En 2006 une journée de mémoire a été décidée par le président de la République. En 2008 une deuxième journée de mémoire, treize jours après la première. C’est à se demander si cette multiplication des dates n’est pas une manière de ridiculiser les descendants d’esclaves.
Pour se donner une raison d’être, Karam fait aussi dans la Culture. Un rôle de composition, on s’en doute. Le voilà qui se pique de rendre hommage à Césaire en organisant une « veillée » le 19 avril devant la Sorbonne en présence du ministre de l’Agriculture (un clin d’œil sans doute aux planteurs de bananes de la Martinique). Mais c’est surtout la cérémonie du 10 mai 2008 dans le jardin du Luxembourg qui restera dans les annales. Pas à cause du discours du président de la République qui n’avait rien de surprenant puisqu’il se déclarait décidé à appliquer la loi Taubira, mais du fait que Karam avait réussi à se substituer au comité présidé par Françoise Vergès, laquelle, écoeurée, assistait à tout cela en «ethnologue». Karam représentant les descendants d’esclaves, c’était assez curieux. Les très rares mélomanes de l’assistance ont certainement apprécié la véritable exécution capitale infligée à l’œuvre du chevalier de Saint-George par les Archets de Paris dont une sono de pacotille crachait les fausses notes émises pas des crin-crin désaccordés. Les historiens se sont peut être alarmés de l’omniprésence ce jour-là d’un spécialiste qui attribue au musicien-escrimeur un père de fantaisie et le fait naître six ans avant sa venue au monde. Tout cela n’aurait guère d’importance si la cérémonie ne s’expliquait par la haine que Karam me voue. Parce qu’après avoir travaillé pendant trente ans sur Saint-George, j’ai publié en 2004 une biographie qui aujourd’hui fait référence, parce que j’ai écrit un spectacle mis en scène à Versailles par Bartabas qui a rendu Saint-George populaire en attirant 50 000 spectateurs en 6 représentations. Parce qu’en 2007, j’ai été l’invité officiel des cérémonies de l’abolition de la traite à Westminster en présence de la Reine d'Angleterre. Tout ça pour ça ! Au-delà de la tectonique du ressentiment, Karam a surtout démontré ce jour là de manière éclatante, à travers ce seul exemple, qu’il n’était pas là pour défendre les Ultramarins de métropole contre l’inégalité et l’injustice mais bien au contraire pour créer inégalité et injustice au gré de ses lubies. Sachant qu’un de ses compatriotes guadeloupéens, descendant d’esclaves, était incontournable sur Saint-George, ce jour-là, il a délibérément tenté de mettre en valeur (si l’on peut dire) un métropolitain. Et il a choisi le plus incompétent, ne comprenant pas que c’était à Saint-George qu’il faisait injure et, à travers lui, à tous ces Afro-descendants qu’il méprise profondément. Je n’irai pas jusqu’à dire pour résumer que Patrick Karam est viscéralement raciste, mais je confesse qu’il m’arrive souvent de me poser la question. Il n’est pas sans importance de savoir que c’est à la suite de cette publication sur Saint-George que j’ai connu Patrick Karam et créé au sein du Collectif Dom, une commission Culture avant d’assumer, fin 2006, la présidence de cette association. C’était en décembre 2004 lors d’une manifestation qu’il avait organisée entre la République et la Bastille et qui réunit un millier de participants. Je compris beaucoup plus tard que c’était grâce à la participation de syndicats qu’il avait réussi à manipuler. Karam était la cible de nombreuses attaques au motif qu’étant d’origine libanaise, il n’était pas le Guadeloupéen le plus représentatif qu’on pût trouver et que tout cela sentait le roussi. Naturellement, je pris sa défense au nom de l’antiracisme. J’avais de nombreuses activités parallèles à la rédaction de mes ouvrages et je m’exprimais régulièrement sur mon blog. Le soutien apporté à mes combats et la reprise de la plupart de mes textes fut la principale activité du Collectif DOM en 2005-2006 : réhabilitation du général Dumas, dénonciation des propos insultants tenus contre les descendants d’esclaves par Pétré-Grenouilleau, Sevran, Frêche ou Finkielkraut, lutte pour l’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, contre les projets de statistiques « ethniques ». Lorsque parut Le Crime de Napoléon et que cela fit quelque bruit, le Collectif Dom organisa aussitôt une manifestation devant les Invalides qui réunit plus de journalistes que de participants. Karam tentait de se servir de moi pour se donner de l’importance. C’était plutôt flatteur. Il se disait de gauche. Mais grâce à son association, il réussit à approcher des conseillers de Nicolas Sarkozy. Des revers de fortune l’obligeaient à trouver un emploi. Fasciné par le pouvoir, il espérait être nommé préfet à l’égalité des chances. Mais Chirac s’y serait opposé. C’est dans ce contexte que Patrick Karam annonça - contre mon avis - le retrait de la plainte déposée par le Collectif DOM contre l’historien Pétré-Grenouilleau. Ce revirement fut négocié. Contre quoi et avec qui, cela reste un mystère.
Lorsque Karam proposa ouvertement de se mettre au service du ministre-candidat, il lui fallut bien annoncer son départ de l’association dont j’assumai peu après la présidence. Bien d’entendu, je demandai d’emblée à prendre connaissance des statuts, du règlement intérieur, de la liste des membres et de la situation financière. Si j’obtins bien, non sans difficulté, les statuts qu’il fallut modifier tant ils étaient étranges, je ne pus jamais avoir la moindre information sur l’état des finances ni la liste des membres. Et pour cause. Le Collectif DOM, qui annonçait «plus de 40 000 membres et sympathisants», n’avait en réalité que 10 adhérents qui se confondaient d’ailleurs avec son bureau. Quant aux finances, elles restèrent toujours opaques, le chéquier de l’association étant détenu par un fidèle, Daniel Dalin, qui en usait à sa guise et sans contrôle possible de ma part. N’engageant aucune dépense et n’encaissant aucune recette, je pris rapidement mes distances avec une organisation qui de fait était incontrôlable puisque manipulée de l’extérieur. Une indépendante, Béatrice Dhib, dévouée à Patrick Karam, en assurait la «communication». Je cherchai vainement de savoir si elle était rémunérée et par qui. L’intéressée m’assura qu’elle était «free-lance» et qu’elle établirait des factures. La trésorière ne voulut jamais me les montrer. Il fut vite évident que Patrick Karam entendait continuer à présider le Collectif DOM à sa manière et par personnes interposées. J’en eus bientôt la preuve. Au début de l’année 2006, il me donna rendez-vous dans l’espoir de me remettre une enveloppe contenant des documents selon lui « explosifs » contre la présidente de la chambre de Commerce de Guadeloupe, Colette Koury, à laquelle il voue une haine apparemment obsessionnelle et qu’il accuse de toutes sortes de délits. Karam souhaitait que j’entame, au nom du Collectif Dom, une campagne de dénigrement contre cette Guadeloupéenne que je ne connaissais pas, au seul motif qu’elle aurait réclamé à M. Karam père que je ne connaissais pas non plus des arriérés de loyers. M. Karam père tenait un magasin dans le hall de l’aérogare de Pointe-à-Pitre (qui dépend de la Chambre de Commerce) et sa situation était alors des plus délicates. Bien entendu, je m’abstins de me mêler de cette histoire louche. Curieusement, au cours de ce rendez-vous, Karam se leva précipitamment pour aller saluer avec empressement François Léotard qui passait par là. Karam se vanta d’avoir accompli des «missions» en Orient lorsque ledit Léotard était ministre de la Défense. À la vérité, il se vantait de toutes sortes de choses et il avait une façon inimitable de courir pour serrer la main des gens plus célèbres que lui, lesquels étaient fort nombreux. En juin 2007, après l’élection de Nicolas Sarkozy, le loustic entama une campagne pour tenter d’empêcher Claudy Siar d’obtenir une fréquence de radiodiffusion dans la région parisienne. Claudy était, selon lui, l’agent de l’Afrique, de Bongo, du Cran, de Rama Yade et de Basile Boli. Une conspiration des Africains pour remettre les Antillais en esclavage. Un mail accréditant cette thèse loufoque me parvint un beau matin. Il émanait du Collectif DOM. Je n’en avais eu aucune connaissance préalable (alors que je présidais l’association). Signé de Daniel Dalin, secrétaire général de l’association, en télépathie directe avec Karam, il était empreint d’une telle haine et d’une telle xénophobie qu’il tombait sous le coup de la loi. Dalin étant analphabète, je me doutais bien qu’il avait été entièrement rédigé par son mentor (ce dont j’eus plus tard la confirmation). Je fis savoir dans l’heure mon intention de présenter ma démission à la prochaine réunion de bureau. À partir de là, je n’eus plus aucun contact avec Karam, mis à part un SMS sibyllin qu’il m’adressa en décembre 2007 alors qu’il était en conflit ouvert avec Christian Estrosi, secrétaire d’État à l’Outre-Mer, sans doute dans l’espoir d’obtenir mon soutien. Entre temps Karam avait été nommé Délégué interministériel et il avait recruté Béatrice Dhib. En quelques mois, ses relations avec l’actuel maire de Nice étaient devenues si tendues que la presse s’en fit l’écho et qu’on arriva à une situation détestable et choquante. Le plus incroyable, c’est que les manœuvres qu’il utilisa alors, dignes d’un roman, furent assez efficaces pour qu’il reste en poste.
Ayant appris au début de l’année 2008 que j’étais toujours officiellement président du Collectif DOM, je fus obligé de convoquer dans les formes les 10 membres de l’association et de demander quitus de sa gestion à une trésorière dont je n’eus jamais aucune nouvelle. C’est finalement Charles Dagnet qui prit officiellement la présidence le 4 février 2008, dans des conditions régulières attestées par un constat d’huissier, ce qui l’amena a faire bloquer les comptes et à lancer une instance judiciaire aux fins d’obtenir des informations sur la gestion de cette bien curieuse association. Pendant ce temps, deux « hommes de paille » de Patrick Karam - Daniel Dalin et Régine Privat – chantaient les louanges du délégué interministériel au nom du Collectif Dom.
On aurait pu espérer qu’en dépit de ce contexte plus que suspect, Karam ferait néanmoins avancer le dossier des Ultramarins de métropole. En réalité, depuis un an, il a fait tout le contraire. Sa principale activité fut de tenter de se construire un réseau et de régler ses comptes avec les compatriotes qui lui déplaisent, c'est-à-dire à peu près tout le monde. Il n’est pas un jour où je ne reçoive une plainte de quelqu’un qui estime avoir reçu des menaces. Il y a de cela quelques semaines, il m’a même adressé un message d’insultes (via son attachée de presse Béatrice Dhib) où il m’accuse de «puer». Drôle de langage pour quelqu’un qui exerce une mission de service public sous la tutelle du Premier ministre.
Le bilan est particulièrement accablant. Après un an de gesticulations, on s’aperçoit non seulement que Karam n’a rien fait pour faire baisser les billets d’avion entre la métropole et Paris, ce qui résume à peu près sa mission, mais qu’il a osé présenter un plan pour sacrifier les congés bonifiés auquel les Utramarins sont particulièrement attachés. Sa tentative de s’approprier la mémoire de l’esclavage est pitoyable. Dans de telles conditions, le mieux serait qu’il disparaisse au plus tôt. Le 23 mai est une bonne date. Si tel n’était pas le cas, les soutiens qu’il prétend avoir auprès des békés pourraient bien conduire à une situation que je n’aimerais pas avoir à gérer. L’histoire a montré qu’il n’est pas prudent de jouer avec l’outre-mer.
Written by Michel Fontaurelle
Saturday, 09 July 2005
La traite hante douloureusement les mémoires et fait actuellement l'objet de violentes attaques portées par les descendants des victimes africaines contre l'Occident, l'homme blanc, la chrétienté... Sans nier ni réduire l'ampleur et l'atrocité de la traite négrière, un historien érudit, rigoureux et prudent, Olivier Pétré-Grenouilleau, a récemment publié le résultat de ses recherches au terme desquelles il apparaît que les chrétiens, les musulmans et les Africains se partagent la responsabilité de ce crime contre l'humanité.
Comme l'a écrit Fernand Braudel «La traite négrière n'a pas été une invention diabolique de l'Europe». L'esclavage né de la loi du plus fort est une pratique aussi vieille que l'homme organisé en société, il se perpétue et même prospère actuellement en certaines régions d'Afrique où l'on estime à plusieurs milliers le nombre d'individus vendus et achetés chaque année. Ce que l'on a appelé la traite qui est la partie la plus monstrueuse de ce phénomène est celle qui a le plus frappé les esprits. L'occident chrétien a sa triste part dans cette abominable tragédie. Cela lui est reproché dans des discours enflammés, sans nuance; au mépris de la plus élémentaire vérité, il serait le seul coupable: initiateur, organisateur, bénéficiaire. Lors de la III° Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui s'est tenue à Durban en 2001 avec 17 000 délégués représentants 194 pays, une mise en accusation des négriers occidentaux a été retenue avec demande de repentance et réparation ; pas un seul mot ne fut prononcé sur la traite arabo-islamique, pas plus que sur la traite interne en Afrique elle-même.
Ce- n'est ni la cécité ni l'ignorance qui justifie une pareille discrimination, quantité d'ouvrages traitent de ce problème avec objectivité. Le dernier en date, magistral, de Olivier Pétré-Grenouilleau, La traite négrière, essai d'histoire globale, n'est pas un ouvrage de circonstance chargé d'établir une sorte d'équilibre dans l'ignominie. En 500 pages denses, on trouvera le travail scrupuleux d'un historien puisant dans ses propres travaux ou à de multiples sources. L'érudition est impressionnante, l'honnêteté intellectuelle éclate à chaque page dès lors que l'auteur indique les limites des connaissances acquises, les doutes, les nuances qu'il apporte, avec beaucoup de retenue, à certaines études de ses confrères, enfin, en indiquant les pistes de recherches, il invite à l'exploration d'importantes zones d'ombres qui persistent encore.
Définir la traite comme un simple acte commercial est trop réducteur. Cette pratique doit prendre en compte certains éléments spécifiques qui entraînent des conséquences particulières. Elle suppose des réseaux d'approvisionnements capables d'organiser une production soit par la razzia ou plus fréquemment par un échange marchand à l'intérieur de l'Afrique noire. Un tel trafic ne pouvait se faire que par l'assentiment d'entités politiques locales y ayant intérêt. Enfin elle implique la justification idéologique de la légitimité d'un tel commerce qui doit dissocier lieu de production et lieu d'utilisation.
La traite résulte de deux phénomènes distincts «apparus à un certain moment et sous certaines conditions... point n'est question de responsabilité mais de mécanisme.»
Historiquement, l'expansion musulmane, coïncide avec ce moment où se produit le premier déclic. C'est à partir du Vll° siècle que la constitution d'un empire musulman de plus en plus vaste conduisit à une augmentation de la main d'Ĺ“uvre servile. Selon la loi islamique les musulmans ne pouvaient être réduits en esclavage, or, suite aux conversions libres ou forcées, les besoins en captifs idolâtres durent être satisfaits par l'intermédiaire de réseaux fonctionnant à partir de régions situées au-delà des frontières.
Le Coran n'exprimant aucun préjugé de race ou de couleurs, la mutation s'agissant de l'image du Noir alimentant la traite s'explique essentiellement par le fait que «les habitants de l'empire prirent l'habitude de voir des Noirs asservis et dans la progressive assimilation entre l'homme noir et la figure de l'esclave.» Toute une littérature développe cette idée. Ibn Khaldoun écrit «Les nègres ont peu d'humain et possèdent des attributs tout a fait voisins de ceux d'animaux stupides». Restait alors à justifier les moyens par lesquels le Noir pouvait devenir esclave, c'est-à-dire justifier les guerres pourvoyeuses de captifs. Les philosophes arabes puisèrent chez Aristote, les religieux firent référence à la malédiction de Cham, le fils de Noé, maudit par son père «Il sera pour ses frères l'esclave des esclaves». Le résultat: 17 millions d'Africains, selon les estimations les plus communément admises, ont suivi les interminables pistes sahariennes, les réseaux de la traite égyptienne ou ceux de la traite orientale du Mozambique, de la région des grands lacs et de Zanzibar.
La naissance de la traite occidentale à partir du dernier tiers du XVII° siècle s'explique par la mutation d'un monde soudainement devenu presque sans limites connues grâce aux grandes découvertes et à l'ouverture de l'Europe sur les océans. Dans cette Europe l'esclavage avait été peu à peu remplacé par le servage, il subsistera cependant dans sa partie méridionale, alimentant un commerce irrégulier, les victimes se comptant chez les chrétiens orthodoxes, les juifs et les musulmans. En 1453, les Turcs s'emparent de Constantinople, les marchés chrétiens proches orientaux, depuis longtemps mis en sommeil, sont définitivement fermés, on assiste alors à un véritable basculement des activités commerciales. C'est ainsi que le sucre est produit à Madère et aux Canaries, puis sur les côtes africaines mieux connues, enfin la découverte de l'Amérique et des îles antillaises permet une vaste colonisation avec la mise en oeuvre de ce qui sera appelé le Système de la plantation exigeant une main d'Ĺ“uvre importante. La traite occidentale apparaît alors -, bilan: 11 millions de noirs déportés entre 1519 et 1862, le Portugal devenant - de loin - la plus importante nation négrière occidentale. Le Brésil et les Antilles absorbent la majeure partie des contingents, loin devant la France et ce qui deviendra plus tard les Etats-Unis.
Naturellement, pour apaiser les scrupules (?), il convenait, là aussi, de justifier l'emploi d'Africains en tant qu'esclaves. On remet au goût du jour la vieille malédiction de Cham, on va chercher et trouver des arguments chez saint Augustin et saint Thomas d'Aquin; c'est ainsi qu'à grands renforts de casuistique et malgré d'admirables résistances, la traite fut déclarée licite par le pape en 1465 pour raisons évangéliques...
Ce commerce n'aurait pas été possible sans une offre marchande suffisante. Seuls 2% des captifs de la traite occidentale furent kidnappés par des négriers venus de la mer. L'essentiel des produits fut fourni par les autorités en place «ce sont ces mêmes pouvoirs qui ont réglementé et organisé les opérations de vente des captifs» celles-ci étaient rentables pour nombre d'élites locales. L'auteur démontre que les négriers avaient affaire avec des fournisseurs avisés qui ne s'en laissaient pas compter sur la qualité de la pacotille fournie en paiement - encore une légende qui s'effondre - et qui avaient rapidement assimilé à leurs profits la loi de l'offre et de la demande.
Marchés atroces qui ont incontestablement enrichi leurs géniteurs mais aussi, surtout dans sa phase finale, marchés aléatoires n'assurant pas et de loin les 800% de profits avancés par certains. En France, les études les plus rigoureuses avancent un revenu de 10,50% des sommes investies, suffisant pour attirer les capitaux nécessaires à l'organisation de ce qui fut appelé le commerce triangulaire. Parmi les souscripteurs de parts on trouvera ce grand humaniste de Voltaire engageant 5.000 livres dans ce trafic.
Ce commerce, malgré sa durée, n'a pas permis l'accumulation de capital «accumulation primitive» selon les termes de Marx qui aurait facilité le démarrage de la révolution industrielle; tout au plus a-t-il permis la constitution de quelques dynasties marchandes opulentes, l'enrichissement de colons installés aux Amériques et le développement de quelques ports en diverses métropoles.
Pour l'Afrique les énormes traumatismes et les séquelles qui s'ensuivirent ont profondément marqué psychologiquement les descendants des esclaves. L'analyse des conséquences des prélèvements, opérés d'une population essentiellement masculine motre que ceux-ci furent globalement bien surmontés. Les femmes étaient moins touchées que les hommes, leur capacité productrice est restée élevée dans une société où la polygamie était établie. «La traite fut un désastre humain mais pas une catastrophe démographique».
Les causes du mouvement abolitionniste occidental demeurent controversées; un long cheminement de la pensée, une évolution des mentalités conduisirent à ces moments où l'Angleterre en 1806, la France en 1818 abolirent officiellement la traite. Celle-ci ne se fit pas aussi rapidement qu'espéré mais les principes étaient posés. Abolir la traite n'était pas abolir l'esclavage qui interviendra plus tard. Lors de ce décalage chronologique la capture des Noirs n'avait pas cessé... alimentant une importante traite interne à l'Afrique car l'esclavage était une institution de grande importance, clairement intégré au sein des sociétés de l'Afrique noire précoloniale. Selon les recherches approfondies de l'historien Covesoy «Il est bien possible que plus de 50% de la population totale de l'Afrique noire ait été réduite en esclavage à la fin du XIX° siècle». C'est en cette fin de siècle que commence réellement la colonisation de l'Afrique, avec elle, l'esclavage interne recule grandement, n'en déplaise à certains, pour qui le colonialisme fut le mal absolu; il régresse sans jamais être totalement éradiqué car le concept d'abolition était totalement étranger aux sociétés africaines et musulmanes. L'auteur écrit, en note, «N'oublions pas que la défense de l'esclavage par les littéralistes et leurs appels à re-légaliser l'institution deviennent de plus en plus importants depuis les années 1970 au Pakistan, en Arabie Saoudite, au Soudan et même en Mauritanie.»
Crime contre l'humanité commis à responsabilité partagée. Chrétiens et musulmans ont acheté et revendu des hommes, leurs frères, devant le Dieu créateur de leur croyance. Des Africains ont troqué, capturé, vendu des millions de leurs frères de race et de sang. Les anathèmes à sens unique, les dénonciations unilatérales n'y changent rien, c'est tout au plus vouloir s'exonérer à bon compte de la réalité d'une histoire. À chacun de reconnaître et d'assumer ses responsabilités.
Les enfants qui naîtront du mariage entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leur mari, si le mari et la femme ont des maîtres différents.
27 août 1701 : Traité de l’Asiento entre les rois de France et d’Espagne, pour la fourniture par les français de Nègres pour les camps de travail dans les colonies espagnoles.
10 février 1763 : Traité de Paris, la France obtient, la Martinique, la Guadeloupe, saint Lucie. Elle obtient le droit de pêche à Terre-neuve et Saint Pierre et Miquelon. Elle perd le Canada, L’Ohio, la vallée du Mississipi, Les Grenadines, Saint Vincent, la Dominique et Tobago, La France renonce au Sénégal sauf Gorée sa banque de vente de Nègre.
On fait savoir à tous ceux qu’il appartiendra, que le dimanche 26 mai (1750), sur la place du marché du Bourg de St Esprit de la Martinique, il sera procédé à la vente aux enchères publiques de : la Déporté Suzanne, Négresse, âgée d’environ quarante ans, avec ses six enfants de treize, onze, huit, sept, six et trois ans. Provenant de saisie exécution. Payable comptant. (Affiche de vent)
De la Déportation à la Servitude dans le Pacifique des Nouvelles-Hébrides, Nouvelle-Calédonie, les Samoa ou les Iles Fidji. L'Servitude dans le Pacifique, les Anglais le pratiquèrent de 1860 à 1890 officiellement par le Gouvernement du Queensland. Des Papous et des Kanaks furent déportés en Australie. Pour les Polynésiens, le trafic de déportation continua jusqu'en 1904.
Aux Etats-Unis.
Les exceptionnels abolitionnistes de la servitude dans les colonies Françaises.
L’Africain, capitaine Foures partis de Nantes chargé de verroterie bon marché, de rasade de traite, d’armes et de ces fusils qui explosent dans les mains des Nègres.
8 février 1786 : Le général La Fayette, bientôt vice-président de la « société Américaine de Colonisation » (qui établira le Libéria cinquante ans plus tard) paie de sa personne en faveur de l’abolitionnisme. Il écrit au général Washington : « Un autre secret que je vous confie est que j’ai acheté dans la colonie de Cayenne une plantation de 125.000 livres, et que je vais travailler à affranchir mes Nègres, expérience qui est, vous le savez, mon rêve favori… »
La vulgarisation de l’esclavage au mépris de la Servitude, à la décadence de la barbarie humaine. Les premiers "Nègres libres", et non des... Nègres Marrons... comme l’écrit souvent les auteurs occidentaux, furent ceux du Brésil en 1587, que la couronne Hollandaise laissa libres. Puis viennent ceux du Surinam qui obtient une véritable indépendance. « Le Peuple Ndjuka » en 1755 les seuls véritables guerriers, qui par les armes ont obtenu leur liberté, suivra le Peuple Boni » Boni Le Nègre métis Roi et Juif en Guyane-Française de 1769 à 1790 puis déporté au Libéria. « Je bannirais de ma bouche, Nègre marron, noir, black, blacky, car je suis fière d’être un Nègre, que je sois Nègre, Amérindien, Juif, Chinois, Mayennais et Bordelais, je suis à l’image de mon pays, pas celui de l’Afrique ». Je suis un Négro Américain, pas Afro-Américain.
Négro, tel est ton Nom. Né Serviteur et mort au service du maître. De la malédiction de Cham, à la Rue Case Nègre, l’occident a pendant quatre siècles et demi brassé du noir par millions. Rare Photographie de Déportés. Etats-Unis.
J’effectue depuis vingt ans, un véritable travail de recherche et d’acquisition de document, de livres et d’objets rares, une recherche sans relâche sur la Servitude des Nègres dans les colonies Françaises devenues département d’Outre - Mer. Ici dans ce petit manifeste, je ne ferais pas mention de la Servitude dans l’Océan Indien, comme à mes habitudes partageons le travail pour l’avenir. 1832-1835, en France, c’est une véritable explosion des systèmes réformateurs, religieux, économiques, sociaux et les théories des rêveurs, jusque - là concentrés dans un étroit cénacle d’initiés, se répandent aujourd’hui dans le public.
Schœlcher, un usurpateur ou un libérateur ? ». Extrait d’une correspondance entre Brissot et Alexandre Dumas qui souhaitaient se présenter à la députation. Mais Schœlcher trouvait qu’ils étaient encore trop noirs pour représenter la France, tous comme Victor Hugo, qui trouvait qu’Alexandre Dumas (père) était encore trop basané pour l’Académie Française.../…
Le Premier Consul de la République française, au nom du peuple français, et le Président des Etats-Unis d'Amérique, désirant prévenir tout sujet de mésintelligence relativement aux objets de discussion mentionnés aux articles 2 et 5 de la Convention du 8 Vendémiaire An IX (3 septembre 1800) et relativement aux droits réclamés par les Etats-Unis, en vertu du traité conclu à Madrid le 27 Octobre 1795 entre sa Majesté Catholique et le Président des Etats-Unis et voulant fortifier de plus en plus les rapports d'union et d'amitié qui à l'époque de la dite convention, ont été heureusement rétablis entre les deux Etats, ont respectivement nommé pour plénipotentiaires, savoir, le Premier Consul. Au nom du Peuple français, le Citoyen François Barbé-Marbois, ministre du Trésor Public; et le Président des Etats-Unis d'Amérique, par et avec l'avis et le consentement du Sénat des Etats-Unis d'Amérique, Robert R. Livingstone, ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire des dits Etats auprès du gouvernement de la République française, lesquels, après avoir fait l'échange de leurs pleins pouvoirs, ont convenu des articles suivants :
Article II
Dans la cession faite par l'article précédent, sont comprises : les îles adjointes et dépendantes de la Louisiane, les emplacements et places publiques, les territoires vacants, tous les bâtiments publics, fortifications, casernes et autres édifices qui ne sont la propriété d'aucun individu. Les archives, papiers et documents relatifs au domaine et à la souveraineté de la Louisiane et dépendances seront laissés en possession des commissaires des Etats-Unis et, en attendant, les commissionnaires y seront installés, maintenus et protégés dans la jouissance de leurs libertés, propriétés et dans l'exercice des religions qu'ils professent.
Article III
Les habitants des territoires cédés seront incorporés dans l'Union des Etats, aussi prochainement qu'il sera possible et admis, suivant les principes de la Constitution fédérale, à la jouissance de tous leurs droits, aux avantages et immunités des citoyens des Etats-Unis, et en attendant seront maintenues et protégées dans la jouissance de leurs libertés, propriétés et dans l'exercice des religions qu'ils professent.
Après Waterloo, la paix revenue, il armait pour Terre-Neuve, mais aussi pour la déportation de Nègres, comme le montre son énergique signature, seul autographe dans le document ci-dessus. « Vous savez que mon navire, l’Africain, en rade des côtes d’Ivoires, estimé pour la traite des Nègres, ayant sa cargaison à bord, a été retardé depuis deux mois par les circonstances. Veuillez avoir la complaisance, Monsieur, d’écrire à S.Lacs : le Ministre de la Marine, par courrier, pour lui demander si vous pouvez autoriser le départ de mon navire pour le Gabon y traiter des Nègres…/… »
Sont-ils devenus des héros ? Non ! Jacobus Elisa Joannes Capitien, né en Côte d’Ivoire, vendu à sept ans au capitaine trafiquant de la déportation des Nègres Steehart est offert à Jacob Van Gogh. Il reçoit le baptême. Élevé au fromage et au lait, peut-être pour le faire blanchir, il termine en 1742 ses études théologiques à l’Université de Leyde. Il est reçu « pro ponant de la parole divine sur la thèse politico-religieux : la déportation des Nègres n’est pas contrevenante de la liberté chrétienne… ». Ce nouveau prédicant de la véritable religion réformée est envoyé à Elmina le 7 mai de la même année. Il y fait son premier sermon le 21 octobre et sert de rabatteur prêchant, et participe à l’expédions des Nègres en déportation sur le continent américain. Le 25 septembre 1789, les colons de la Martinique résidant à Paris élisent pour député Arthur de Dillon, un Anglais implanté en France et avait acheté à la Martinique une importante habitation et de déportés à la servitude. Il défendait la cause des blancs et s’opposa vivement le 4 mars 1791 à l’admission à la barre de l’assemblée d’une députation de Nègre ou Métis.
Guillaume Grou, amateur nantais, né le 1er août 1698, acquit la charge de conseiller secrétaire du Roi, juge consul en 1748. Il meurt en 1774 laissant une fortune considérable, bénéfice de la déportation des Négro-africains. Il fut inhumé à la Bouteillerie, cimetière situé dans le centre ville de Nantes, il se trouve juste à côté du Jardin Botanique.
Dam Joulin, Le Breton-la Vallée, Garneray, et tant d’autres en France ont pris part au trafic de la chaire humaine et de la déportation des Négros Africains vers les Amériques. « Je ne vois plus un beau Nègre sans chercher à évaluer son prix, et à l’estimer, non pour les services qu’il peut rendre mais pour le prix qu’on peut en tirer à l’encan. » François Arago l’un des plus farouche anti-abolitionniste, s’est battu, jusqu’en 1848 pour que la servitude des Négros-Africain dans les colonies françaises soit une manne économique pour la France. Le 15 février 1739, un navire Français de Nantes sous la conduite du capitaine M. Bégaud venait de faire kidnapper 71 Nègres. Il y avait aussi le navire, l’Union de Bordeaux, dont le capitaine M. Mesnard second capitaine de Bégaud, venait faire le plein de Nègres.
En France, qui sont les trafiquants de la Déportation ? Haëntjens, Mosneron du Pin, Levesque, Roy, Fouché Duc d’Otrante, Daniel de Kervegan, Tiercelin, Drouin, Salleron et Van Neunen, Viot Grou, tous des nobles ou anoblis par cette fructueuse activée qui bénéficie d’une large subvention gouvernementale. Ils voient rapidement la nécessité de créer des sociétés où Beaumarchais et bien d’autres, tel Voltaire, ne craignent pas de prendre des parts. Nantes sera alors le premier port du trafic en France.
Extrait du journal de bord d’un navire de déportés dans les champs de travaux forcés dans les colonies Françaises.
Charles le Breton la Vallée à bord de la frégate du Roi, le Rernard de Nantes.
« Vendredi 15 mai 1750, dix heures, ma chaloupe n’est pas encore revenue. Sur le pont, les Nègres complotent de tuer tous les blancs à bord. Me chaloupe revenant une demi-heure plus tard laisse quatre hommes au rivage pour couper du bois pour mettre en cale. Le meneur de la révolte commande de tomber sur moi pour me tuer. Deux Nègres quartiers-maîtres me saisissent à la gorge. J’ai recours à ma force et ils lâchent prise; en même temps, je me fais apporter des armes et feu sur ces misérables ! Ils s’embarquent tous dans ma chaloupe. Tirant plusieurs coups d’espingoles, de fusils et de pistolets sur eux, ils ne peuvent se sauver. Quelques-uns se jettent à la mer. Les canots du Suvest, de l’Aimable et du Londres Pool courent dessus et les prennent. Trois sont noyées. Ce sont trois beaux mâles captifs. Après avoir corrigé ceux du bord, j’apprends que c’étaient eux les meneurs de la révolte : je n’ai aucune peine à le croire, car les canots voulant les sauver, ils se sont laissé couler à fond.
Pour sanctionner pareil incident, je mets les fers aux pieds et aux mains de tous les captifs, de deux en deux avec les colliers à chaîne. Pour les femmes, n’étant point prévenues de cette révolte, elles se retirent toutes dans leurs entreponts. Les Nègres jettent à l’eau les deux enfants servant à la chambre. Je les sauve le long du bord; Ils me disent avoir été jetés par ce qu’ils ont refusé de donner des armes…/… »
12 mai 1739. Nous appareillons de la rade de Rio Gambie après avoir fait notre eau, c’est à dire juste ce qu’il nous faut pour nous rendre au lieu de notre transite. Nous laissons à Rio Gambie le navire, l’Africain de la Rochelle, qui a pour capitaine Mr Villemarais. Il y fait son eau. Il va également partir, ayant finit son kidnapping de Nègres. Nous partons avec trois cent vingt six déportés et avec Mr Temuro et Gallote du navire le Hardi de la Rochelle.
18 juillet 1750 (journal de bord) armateur de Nantes, Mr Taillasson commandant le Prince Henry. « Mon lieutenant me ramène, un couple de Nègre et un enfant, et me fait savoir qu’il a du utiliser son arme face à ce Nègres peu coopérant et faire feu sur le deuxième enfant laissé pour mort, l’autre plus agile et rapide a fuit dans la brousse ».
En 1799, le trafic de kidnapping des Nègres sur le continent africain se multiplie en catimini. Desaix lui-même pendant la dictature des français en Egypte s’est fait acheteur de déportés Négros-africains. Sa lettre au lieutenant général des armés, Belliard, ne laisse aucun doute.
2 juillet 1799. « Le général en chef désire bien vivement, mon Général, avoir 2000 Nègres de quinze à seize ans pour recruter ses troupes ». Il s’adresse à moi pour cet objet. « Ne pourriez-vous pas voir si les caravanes (déportation, kidnapping par les arabes) de Senaar qui arrivent dans ce moment n’en auraient pas ? Il faudrait dit Desaix, les retenir tous et les acheter », « les hommes seront achetés par nous. » « J’engage Donzelot à voir si par Kosseir on n’en aurait pas aussi des arabes et des éthiopiens; ces derniers étant chrétiens, seraient excellents et bien dévoués. Ecrivez à Eppler d’acheter à quelque prix que se soit tous les hommes, un grand nombre arriveront de son côté; nous les payerons; Il ne faut pas que les habitants en aient un seul. »
La malédiction de Cham qui aurait sodomisé Noé, ou castré inso le Talmudique (Sandrédrin 70a). « Maudit soit Canaan, il sera serviteur des serviteurs de ses frères ». (gen.IX, 25). La Genèse distribua le monde connu aux fils de Noé : l’Asie à Sem, l’Europe à Japhet et l’Afrique à Cham. Du même coup elle fait des Nègres la race des serviteurs, habitant la Terre de celui dont la descendance sera « Serviteur des Serviteurs de ses frères ».
LE 10 MAI 2006 COMMEMORATION DE L'ABOLISITION DE LA SERVITUDE ?
Ces glorieux personnages et les ressources de la Servitude.
T'ES UN NEGRE./
Les trafics des Nègres vont faire, jusqu’en 1880 la fortune un armement nantais, dunkerque et bordelais. L’enlèvement des Nègres d’Afrique « …Chargé d’or les coffres des navires du XVIII ème siècle »
En 1815, Surcouf est l’un des plus riches armateurs de France.
Il n'existe pas de comptabilité qui mesure l'horreur de la traite négrière et l'abomination de l'esclavage. Les cahiers des navigateurs, trafiqués, ne témoignent pas de l'ampleur des razzias, de la souffrance des enfants épuisés et effarés, du désarroi désespéré des femmes, du bouleversement accablé des hommes. Ils font silence sur la commotion qui les étourdit dans la maison des esclaves à Gorée. Ils ignorent l'effroi de l'entassement à fond de cale. Ils gomment les râles d'esclaves jetés, lestés, par-dessus bord. Ils renient les viols d'adolescentes affolées. Ils biffent les marchandages sur les marchés aux bestiaux. Ils dissimulent les assassinats protégés par le Code noir. Invisibles, anonymes, sans filiation ni descendance, les esclaves ne comptent pas. Seules valent les recettes. Pas de statistiques, pas de preuves, pas de préjudice, pas de réparations. Les non-dits de l'épouvante qui accompagna la déportation la plus massive et la plus longue de l'histoire des hommes sommeillèrent, un siècle et demi durant, sous la plus pesante chape de silence.
La bataille des chiffres fait rage.
Des historiens vacillent sur le décompte des millions d'enfants, de femmes et d'hommes, jeunes et bien portants, de la génération féconde, qui furent arrachés à la terre d'Afrique. De guerre lasse et sans certitudes, ils retiennent une fourchette de quinze à trente millions de déportés par la traite transatlantique. Des archéologues décryptent avec une application d'écoliers les vestiges des civilisations précoloniales et exhument, avec une satisfaction pathétique, les preuves de la grandeur de l'Afrique d'avant les conquérants et compradors.
Des anthropologues décrivent l'échange inégal du commerce triangulaire entre les esclaves, matière première du capitalisme européen expansionniste, et les bibelots, tissus, barres de fer, alcools, fusils qui servaient à acquitter les "coutumes", droits payés sur la traite aux Etats ou cheffaillons du littoral. Des ethnologues reconstruisent le schéma d'explosion des structures traditionnelles sous le choc de ce trafic qui pourvut les ports européens en accises juteuses, les armateurs en rentes coupables, les Etats en recettes fiscales incolores et inodores. Des sociologues débusquent les traces d'intrigues politiques fomentées par les négriers pour attiser les conflits entre Etats africains, entre chefferies côtières, entre fournisseurs de "bois d'ébène". Des économistes comparent la voracité de l'économie minière à la rapacité de l'économie de plantations et y puisent le mobile des déportations massives. Des théologiens font l'exégèse de la malédiction de Cham et tentent de conclure la controverse de Valladolid. Des psychanalystes explorent les ressorts de survie et les mécanismes d'exorcisme qui permirent d'échapper à la folie. Des juristes dissèquent le Code noir, qualifient le crime contre l'humanité et le rappellent imprescriptible.
Les fils et filles de descendants d'esclaves, dispersés en diasporas solidaires, blessés et humiliés, rassasiés de chicaneries sur l'esclavage précolonial, les dates de conquête, le volume et la valeur de la pacotille, les complicités locales, les libérateurs européens, répliquent par la geste de Chaka, empereur zoulou, qui s'opposa à la pénétration du pays zoulou par les marchands d'esclaves. Ils chantent l'épopée de Soundjata, fondateur de l'empire du Mali, qui combattit sans répit le système esclavagiste. Ils brandissent la bulle d'Ahmed Baba, grand savant de Tombouctou, qui réfuta la malédiction de Cham dans tout l'empire songhay et condamna la traite transsaharienne initiée par des marchands maghrébins.
Ils dévoilent la témérité de la reine Dinga, qui osa même affronter son fière dans un refus sans nuance. Ils collectionnent les lettres d'Alfonso Ier, roi du Congo, qui en appela au roi du Portugal et au pape. Ils marmonnent la ronde des marrons, guerriers prestigieux et rebelles ordinaires. Ils fredonnent la romance des nègres de case, solidaires d'évasions, allumeurs d'incendies, artisans de sortilèges, artistes du poison. Ils entonnent la funeste et grandiose complainte des mères avorteuses. Ils tentent d'atténuer la cupidité de ceux des leurs qui livrèrent des captifs aux négriers. Ils mesurent leur vénalité, leur inconscience ou leur lâcheté, d'une lamentable banalité, à l'aune de la trahison d'élites, pas moins nombreuses, qui également vendirent les leurs en d'autres temps et d'autres lieux.
Ecoeurés par la mauvaise foi de ceux qui déclarent que la faute fut emportée par la mort des coupables et ergotent sur les destinataires d'éventuelles réparations, ils chuchotent, gênés, que bien que l'Etat d'Israël n'existât pas lorsque les nazis commirent, douze ans durant, l'holocauste contre les juifs, il est pourtant bénéficiaire des dommages payés par l'ancienne République fédérale d'Allemagne. Embarrassés, ils murmurent que les Américains reconnaissent devoir réparation aux Américains d'origine japonaise internés sept ans sur ordre de Roosevelt durant la Deuxième Guerre mondiale. Contrariés, ils évoquent le génocide arménien et rendent hommage à la reconnaissance de tous ces crimes. Contrits de ces comparaisons, ils conjurent la cabale, oppressés, vibrant de convaincre que rien ne serait pire que de nourrir et laisser pourrir une sordide "concurrence des victimes".
Les humanistes enseignent alors, avec une rage sereine, qu'on ne saurait décrire l'indicible, expliquer l'inommable, mesurer l'irréparable. Ces humanistes de tous métiers et de toutes conditions, spécialistes éminents ou citoyens sans pavillon, ressortissants de la race humaine, sujets de cultures singulières, officielles ou opprimées, porteurs d'identités épanouies ou tourmentées, pensent et proclament que l'heure est au recueillement et au respect. Que les circonlocutions sur les mobiles des négriers sont putrides.
Que les finasseries sur les circonstances et les mentalités d'époque sont primitives. Que les digressions sur les complicités africaines sont obscènes. Que les révisions statistiques sont immondes. Que les calculs sur les coûts de la réparation sont scabreux. Que les querelles juridiques et les tergiversations philosophiques sont indécentes. Que les subtilités sémantiques entre crime et attentat sont cyniques. Que les hésitations à convenir du crime sont offensantes. Que la négation de l'humanité des esclaves est criminelle. Ils disent, avec Elie Wiesel, que le "bourreau tue toujours deux fois, la deuxième fois par le silence".
Les millions de morts établissent le crime. Les traités, bulles et codes en consignent l'intention. Les licences, contrats, monopoles d'Etat en attestent l'organisation. Et ceux qui affrontèrent la barbarie absolue en emportant par-delà les mers et au-delà de l'horreur, traditions et valeurs, principes et mythes, règles et croyances, en inventant des chants, des contes, des langues, des rites, des dieux, des savoirs et des techniques sur un continent inconnu, ceux qui survécurent à la traversée apocalyptique à fond de cale, tous repères dissous, ceux dont les pulsions de vie furent si puissantes qu'elles vaincurent l'anéantissement, ceux-là sont dispensés d'avoir à démontrer leur humanité.