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Ce blog regroupe des articles sur les Afro Antillais, qui font l'actualités dans le monde.
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28.03.2007
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Geopolitique

Robert Mugabe,

Posté le 27.01.2008 par feobus
Le président du Zimbabwe mis en cause par l’UE pour ses violations des droits de l’Homme, a contre-attaqué dimanche à Lisbonne en s’en prenant à l’”arrogance” des Européens, accusés de vouloir imposer leurs propres choix en Afrique.

Invité imposé par les Africains au 2e sommet UE-Afrique, M. Mugabe, théoriquement interdit de séjour en Europe, a dénoncé “ceux qui parlent aujourd’hui, de façon rhétorique d’égalité, de partenariat, et de respect mutuel” et qui, selon lui, cherchent à “imposer leur volonté à l’Afrique”. Dans un discours très offensif, dont l’AFP a obtenu un enregistrement, le vétéran de la guerre d’indépendance du Zimbabwe a nommément mis en cause quatre pays européens, manipulés selon lui par la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance coloniale, grande absente du sommet.

“Hier, nous avons entendu quatre pays — l’Allemagne, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas — critiquer le Zimbabwe pour l’absence de respect des droits de l’homme”, a déclaré le président Mugabe, en séance plénière, mais “ils ont parlé, pas avec leur propre coeur, mais en fonction de ce que leur ami, maître et allié du 10 Downing street, voulait entendre”.

“Il est important que les gens gardent à l’esprit que les Africains ont combattu pour obtenir des droits de l’homme (alors qu’ils étaient) soumis à l’oppression, a poursuivi le président zimbabwéen. Il n’y avait pas de démocratie au Zimbabwe pendant près de cent ans et nous nous sommes battus pour +un homme, une voix+”.

“La bande des quatre +pro-Gordon+ pense vraiment mieux connaître le Zimbabwe” que les autres Africains, “et c’est le genre d’arrogance, de complexe de supériorité que nous combattons”, a-t-il affirmé. Gordon Brown, le Premier ministre britannique, a refusé, comme l’ensemble de son gouvernement, de participer au sommet de Lisbonne en raison de la présence de M. Mugabe, soumis à des sanctions européennes depuis une réélection contestée en 2002.

“Pourquoi le Premier ministre de Grande-Bretagne n’est-il pas là ? Parce qu’il a ses porte-parole ici !”, s’est exclamé le chef de l’Etat zimbabwéen. Samedi, au premier jour du sommet, la chancelière allemande Angela Merkel avait accusé M. Mugabe “de nuire à l’image de la nouvelle Afrique”.

Une position endossée lors de la conférence de presse finale par le président de la Commission européenne. “Ce que Madame Merkel a dit est la position de l’UE”, a déclaré José Manuel Barroso.

Auparavant, plusieurs dirigeants européens avaient également dénoncé le régime de M. Mugabe, que le Premier ministre danois Andres Fogh Rasmussen a même accusé d’être un “bandit”. Ils ont en outre été unanimes à exiger l’organisation d’élections réellement démocratiques, dans ce pays ruiné et miné par la violence politique.

Au pouvoir depuis l’indépendance de son pays en 1980, le président Mugabe, est, à 83 ans, candidat l’an prochain pour un sixième mandat. “Il y a de la part de la Grande-Bretagne et des USA la volonté de changer notre gouvernement. Ils disent que c’est un changement de régime, ils disent qu’ils en ont le droit. Nous disons non. Nous avons le droit de déterminer notre propre avenir et le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie”, a-t-il dit.

Interpellé publiquement dès samedi par Mme Merkel, M. Mugabe a attendu la dernière séance du sommet pour porter la contre-attaque, laissant à ses homologues africains, comme le Sénégalais Abdulaye Wade et le Sud-Africain Thabo Mbeki, le soin de le défendre. “Le Zimbabwe ne faisait pas partie de l’ordre du jour prévu pour ce sommet”, a relevé dimanche le secrétaire général de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) Tomaz Salomao. “Notre position est que nous nous occupons de ce sujet”, a-t-il sèchement rappelé.

La France et le monde. Un divorce à la française

Posté le 13.05.2007 par feobus
La place de la France et son influence dans le monde interpellent. La période électorale est généralement propice à l’introspection et à la discussion d’une problématique qui, aujourd’hui, malheureusement, sur le fond, ne suscite que peu de débat. Les thématiques internationales relèvent en effet du domaine du « consensus ». Il est généralement acquis, au moins aux yeux de certains de ses dirigeants politiques, que la France reste un pays dont le mot porte au-delà de ses frontières, et dont les orientations politiques autant que stratégiques suscitent l’attention, pour ne pas dire l’intérêt de la planète dans son ensemble.



La France en décalage d'un monde en accélération

Vieille nation, pilier historique de la construction européenne, ancienne puissance coloniale présente en son temps aux quatre coins de la planète, un des cinq « grands » titulaires d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, puissance nucléaire : autant d’atouts qui rassurent et laissent accroire que la France dispose encore d’une place à part sur l’échiquier de la puissance et de l’influence.

Pour autant, la France n’a jamais paru autant en décalage par rapport à un monde qui se développe et s’ouvre rapidement. Au plan diplomatique, le rejet par les Français du projet de Constitution européenne a brisé net un demi-siècle d’engagement européen. L’échec du référendum marque la disparition du dernier axe clair d’une diplomatie hésitante. Le monde multipolaire appelé de ses vœux par Jacques Chirac, dans lequel la concertation entre puissances conduirait à un système international « plus démocratique, plus juste, plus représentatif », est toujours à construire. L’échec américain en Irak, aussi flagrant soit-il, n’a en rien entaché les fondamentaux de la puissance américaine et de ses penchants unilatéralistes. Plus encore, le soutien de la Chine, au moins en apparence, à la position française ne doit pas cacher la réalité de l’ambition cachée de Pékin d’un partage avec Washington, et elle seule, d’un directoire du monde à créer.

Hors d’Europe, comme en Afrique ou au Proche-Orient, la voix de Paris porte moins. Sur le continent africain, par exemple, la situation de la France s’est ainsi érodée sensiblement. Hier encore puissance dominante en Afrique de l’Ouest et du Centre, Paris a perdu l’essentiel de ses positions cruciales en l’espace d’une petite quinzaine d’années. Les influences multiples visant à un retrait progressif de ce continent – au motif idéologique d’une immoralité de la présence française assimilée mécaniquement à du néo-colonialisme, ou encore au motif d’un coût financier exorbitant de l’Afrique pour notre budget national – ont abouti à un désengagement effectif. La dévaluation du franc CFA avait été en son temps la butte témoin la plus sensible de ce retrait. La crise ivoirienne en aura été, à partir de 2002, la manifestation la plus cuisante. Aujourd’hui, nous en sommes à nous demander, à l’instar de Stephen Smith et d’Antoine Glaser, « comment nous avons perdu l’Afrique ». S’il est vrai que nous n’en sommes pas encore tout à fait arrivé là, les États-Unis et surtout la Chine, au cours de la toute dernière période, n’hésitent plus eux, dorénavant, à concurrencer avec succès les intérêts français.

De son côté, le monde arabe où la France, comme chacun sait, a une politique active depuis des lustres, est-il à même de faire oublier les avanies en Afrique sub-saharienne ? Pas vraiment, à considérer l’affaiblissement de notre image et le peu d’influence effective de notre action. La France a longtemps joué la carte de Saddam Hussein en Irak, tout comme celle d’Hafez el Assad en Syrie ou celle de Yasser Arafat en Palestine. Pour quels bénéfices concrets ? On peut légitimement se poser la question à considérer le revirement spectaculaire de notre politique à l’égard de Damas et notre positionnement pour le moins hésitant, sinon indéfini, en Irak ou à l’égard de la question palestinienne. Une politique qui se veut subtile mais qui, dans les faits, cumule les inconvénients, ne saurait être tenue pour une bonne politique.

Le désengagement français et la perte d’influence de la France en Afrique et au Proche-Orient résultent pour partie, au final, d’une véritable crise dans notre vision stratégique. Ils sont la conséquence également de situations locales rendues désormais plus complexes par l’immixtion d’une multitude de nouveaux acteurs autant que par le renforcement des capacités coercitives des parties prenantes aux différents conflits. Enfin ailleurs, plus loin, en Asie, dans le Pacifique ou en Amérique latine, les moyens font défaut à ses ambitions et les positions de la France se banalisent.



La France rétive à la mondialisation

Sur le plan économique, malgré l’existence d’un ensemble de grandes entreprises dynamiques et ouvertes sur le monde, la France et les Français se montrent assurément rétifs à la mondialisation. Un sondage récent réalisé dans plusieurs grands pays[i] montrait que 66 % des Français souhaitaient le maintien de barrières douanières élevées pour se protéger des effets de la libéralisation des échanges internationaux. Il est vrai que les délocalisations massives vers l’Asie sont passées par là et que la mondialisation, nécessairement elle, en est rendue responsable. Cette dernière, incontestablement, ne cesse de rebattre les cartes de la puissance et de remettre en question les hiérarchies que l’on pensait bien établies. De nouvelles puissances émergent et, sans complexe, bousculent et attirent à elles les talents et les investissements.

Au palmarès mondial de la compétitivité, la France ne se situe plus qu’au 18e rang… loin derrière le Danemark, Singapour, l’Islande, Israël ou encore le Canada[ii]. Dans un récent rapport[iii], la Banque mondiale la crédite pour sa part du 35e rang mondial pour son climat des affaires, derrière Porto Rico et l’Arménie... Enfin, que dire du classement des 500 premières universités réalisé par l’université Jialong à Shanghai et qui, dans sa quatrième édition rendue publique en août 2006, ne recensait que 4 universités françaises parmi les 100 premières mondiales. Sans doute est-il possible de contester, avec raison, certains des critères retenus. Il n’en demeure pas moins que ces classements font autorité et attestent, incontestablement, là encore, d’une relative banalisation de la France.

Que penser également du « modèle français » dont, sur le plan social, les émeutes des banlieues et l’importance des situations d’exclusion et, sur le plan économique, une dette de quelque 2 000 milliards d’euros et une croissance atone, témoignent qu’il est à bout de souffle ? La France s’appauvrit, au moins relativement par rapport à ses compétiteurs. Le produit intérieur brut par habitant de la France qui représentait 81 % de celui des États-Unis et 110 % de celui du Royaume-Uni il y a vingt-cinq ans, n’en représente plus aujourd’hui respectivement que 74 % et 93 %. Il y a peu encore quatrième puissance économique mondiale, elle a été dépassée par le Royaume-Uni dans le courant des années 1990 et, l’an passé, par une Chine désormais conquérante. Le nom des modèles de référence en matière économique et sociale changent : ils s’appellent aujourd’hui Canada, Singapour et, aujourd’hui encore, malgré ses imperfections, États-Unis. La France n’est plus, et de loin, un exemple et encore moins un modèle aux yeux de la planète.



Des positions qui s'érodent

Au fond, les difficultés afférentes à notre politique étrangère ne sauraient être dissociées de celles caractérisant la société française dans son ensemble. Une diplomatie n’est que l’expression de l’état d’une société, c'est-à-dire de son dynamisme comme de la clarté de ses objectifs. En ce sens, notre diplomatie incertaine et aux succès contrastés est bien en phase avec une société en mal de vitalité et même d’identité, qui se cherche dans la frilosité et la peur du lendemain. À la mondialisation, cette société française préfère le repli, à l’ouverture concurrentielle elle opte encore et toujours pour un protectionnisme significatif de ses vulnérabilités.

Les positions de la France sur l’échiquier du monde s’érodent peu à peu. Sous le coup d’une compétition que l’on a du mal à accepter, mais qui s’impose à nous. Sous l’effet peut-être aussi d’une méconnaissance, pour ne pas dire d’un désintérêt pour les affaires de monde, de la part d’une partie importante des décideurs publics. À cet égard, l’absence de dirigeants français de premier rang lors du dernier Forum économique mondial de Davos, en janvier 2007, alors même que vingt-quatre chefs d’État ou de gouvernement avaient fait le déplacement, dont nombre d’Européens, en porte témoignage. L’indigence des moyens octroyés à nos instituts et autres Think Tanks pour étudier et expliquer les grandes évolutions du monde et les stratégies de nos concurrents (Brésil, Chine, Etats-Unis, Inde, Russie…), ou encore anticiper les grandes fractures stratégiques, l’illustre également avec éclat. Dès lors, que l’on ne s’étonne pas si l’Indien Mittal réussit son OPA sur Arcelor, ni si Gazprom réussit à « ramasser », dans la plus grande discrétion et à la stupéfaction de tous, quelque 5% du capital d’EADS ! Le monde bouge, vite, très vite même. Or, malheureusement, les moyens affectés au décryptage de ces évolutions font défaut, essentiellement par manque de clairvoyance politique aux plus hauts niveaux…

Pascal Lorot, président de l’Institut Choiseul et directeur de la revue Géoéconomie

Le retour de Washington sur le continent africain

Posté le 13.05.2007 par feobus
Tandis que les médias se focalisent sur la politique américaine menée en Irak et, d’une façon plus générale, au Moyen-Orient, très peu ont évoqué le retour des Etats-Unis sur le continent africain, de la Méditerranée à l’Afrique du Sud.

L'espace méditerranéen représente un enjeu d'importance pour Washington qui a fait sienne les doctrines des géopoliticiens de la mer. Voie incontournable, la Méditerranée constitue un ensemble des plus vaste, s’étalant du Maroc à la Turquie. Certains l’étendent, d’ailleurs, à l’Asie centrale. Bref, un ensemble qui ne peut que concerner directement les préoccupations géopolitiques et géostratégiques américaines. Depuis de nombreuses années, la force militaire se décline déjà dans la région par la présence de la sixième flotte, le prépositionnement en mer d’une brigade de Marines, la multiplication d’exercices conjoints, l’aménagement consécutif de bases et de ports nord-africains en vue de leur éventuelle utilisation en cas de conflit, et la formation de militaires aux Etats-Unis dans le cadre du programme Imet (International Military Education and Training Program).

Bien qu’elle dispose déjà de facilités au Maroc, en Tunisie et en Mauritanie, Washington souhaiterait encore renforcer sa position en installant des bases militaires en d’autres pays. Les Etats-Unis aimeraient ainsi construire une base dans le Sud de l’Algérie ; laquelle serait sous la responsabilité directe et exclusive des autorités algériennes, et n’abriterait pas en permanence des forces américaines. Elle devrait être utilisée pour lutter contre Al Qaeda. L’ancienne route des caravanes allant de la Libye à la Mauritanie est en effet une zone susceptible d’intéresser Al Qaeda et consort. Des pays comme la Mauritanie, le Mali, le Niger le Tchad sont quelques exemples de pays qui intéressent Al Qaeda. Aussi, les Etats-Unis ont-ils lancé l’initiative pan-Sahel. Il s’agit d’un partenariat entre les Etats-Unis, le Mali, le Niger, le Tchad et la Mauritanie portant sur la formation de militaires et encourageant la coopération sahélo-maghrébine en matière de lutte contre le terrorisme. Ce programme qui s’achèvera fin 2004 est financé à hauteur de 7,5 millions de dollars et comprend une formation de base sur le maniement d'armes, la planification, les communications, la navigation terrestre, la conduite de patrouilles et l'apport de soins médicaux.[i] La formation est assurée par des militaires américains et par des sociétés de sécurité privées. Le modèle qui a servi de base à l’’initiative pan-sahel s’est, entre-temps, essaimé vers d’autres espaces géopolitiques puisque les Etats-Unis ont conclu des accords de coopération similaires avec, entre autres, le Gabon, le Nigeria et le Rwanda. La présence américaine ne s’arrête cependant pas là.


Afin de mieux contrôler la Corne de l’Afrique, ses voies maritimes et de faciliter la lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis sont aujourd’hui présents à Djibouti, chasse gardée traditionnelle de la France. En octobre 2002, Washington a créé à Djibouti, le Combined Joint Task Force-Horn of Africa afin de lutter contre le terrorisme et d’améliorer la sécurité en Ethiopie, en Erythrée, au Soudan, au Kenya, en Somalie, au Yémen, et en Mer Rouge, dans le Golfe d'Aden et dans l'Océan Indien. Les Etats-Unis ont également des vues sur l’île de Socotra, propriété du Yémen, située à quelques 400 Km des côtes yéménites. Stratégiquement bien située, celle-ci est faiblement habitée et peut être ainsi facilement sécurisée. L’île pourrait, en outre, se présenter comme une heureuse alternative à la présence américaine – sans cesse contestée - dans le Golfe.[ii] Un autre pays qui a renforcé ses rapports avec Washington est l'Erythrée. Ce dernier a, notamment, offert aux Américains l'utilisation de ses installations le long de ses 1.200 km de côtes, le long de la Mer Rouge, et permis la mise à disposition de deux ports profonds à Assab et à Massawa, et du nouvel aéroport près du port de Massawa, lequel peut accueillir des avions de n'importe quelle taille. L’Erythrée a enfin offert un droit illimité de survol de son territoire et le partage d'informations obtenues par ses services de renseignement.[iii]

Cela étant, et depuis l’échec en Somalie, les Américains demeurent réticents à l’envoi de forces militaires dans des guerres civiles et ethniques. Favorisant les initiatives régionales, ils ont créé l’African Crisis Response Initiative (ACRI) et l’Africa Center for Strategic Studies (ACSS). Ils apportent également des ressources et un support logistique aux forces de maintien de la paix de l'Union africaine et de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Ils sont, enfin, parvenus à convaincre les chefs d'Etat et de gouvernement du groupe des Huit (G8) de soutenir leur proposition du Global Peace Operations Initiative. Cette dernière propose d’organiser et de financer la formation de quelques 75.000 soldats du monde entier (principalement issus du continent africain) d'ici à 2010. Ils visent également à équiper certains d'entre eux pour accélérer l'exécution d'opérations de maintien de la paix dans les pays qui en auront besoin, notamment des opérations effectuées sous la direction de l'ONU dans des pays d'Afrique.

Si les Etats-Unis se replacent stratégiquement sur le continent africain, leurs visées politiques se révèlent, toutefois, plus ambitieuses encore et concernent le libre échange et les matières premières. Revenons d’abord sur la question du libre-échange. Bien que n’étant pas présents dans le processus de Barcelone, les Etats-Unis tentent tout de même de pénétrer une zone économique jusqu’ici réservée à l’Union européenne et en particulier à la France. Washington tente ainsi de promouvoir l’Initiative de Partenariat politique et économique avec l’ensemble de ces pays (Algérie, Maroc, Mauritanie, Tunisie et Libye). Européens et Américains se disputent ainsi un marché de 60 millions de consommateurs potentiels. Si cette politique américaine n’est pas nouvelle et remonte à la fin des années 90 avec, à titre d’illustration, le projet Eizenstat, les événements de ces dernières années en ont, cependant, accéléré le processus. Nous avons d’ailleurs pu observer un ballet diplomatique en 2003 entre les officiels américains se rendant au Maghreb et vice-versa. L’accord de libre-échange[iv] conclu entre le Maroc et les Etats-Unis en juin 2004 en est un bel exemple. Cet accord forme également le premier pas du projet du gouvernement Bush visant à créer une zone de libre-échange avec le Moyen-Orient d'ici à 2013. La création d'une multitude d'accords de libre-échange entre les Etats-Unis et des pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord devrait donc se poursuivre dans les années à venir.



Les Etats-Unis mettent également en avant leur projet de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) adopté en 2000. Cette loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique, a accordé aux produits africains un accès accru au marché américain. Cette loi a dernièrement été renouvelée en juillet 2004 (AGOA III) prorogeant l'AGOA jusqu'en 2015 et élargissant, au demeurant, sa portée. La principale disposition de la loi permet aux Africains d'exporter des vêtements en franchise de droits de douane vers les Etats-Unis. Depuis que la première AGOA a été adoptée en 2000, les investissements en Afrique ont augmenté et le commerce avec l'Afrique s'est accentué. La valeur des vêtements africains envoyés aux Etats-Unis est passée d'environ 600 millions de dollars en 1999 à environ 1,5 milliard de dollars en 2003. Sur les 48 pays que comporte l'Afrique subsaharienne, 37 peuvent bénéficier des avantages conférés par l'AGOA. Selon un rapport publié par la Maison-Blanche, les importations couvertes par cette loi ont augmenté de 55 % entre 2002 et 2003 et atteignaient 14 milliards de dollars.[v] D’autres initiatives américaines afin d’améliorer la condition des Africains sont le « Compte du millénaire » (Millennium Challenge Account) et l’initiative de lutte contre le SIDA. Le premier est un programme qui accroîtra fortement l'aide des Etats-Unis à l'étranger et qui bénéficiera aux pays qui gouvernent de façon équitable, qui investissent dans leur société et qui encouragent la liberté économique. Le gouvernement Bush a proposé un financement initial du MCA s'élevant à 1,3 milliard de dollars. Ce financement devrait atteindre 5 milliards de dollars d'ici 2006. L’initiative de lutte contre le Sida, quant à elle, réside dans un plan quinquennal d’aide de 15 milliards de dollars répartis sur 5 ans.



Le second volet de l’offensive économique américaine est la question des matières premières. Outre les réserves de gaz naturel (quelque 8 % des réserves mondiales prouvées de gaz naturel, sa production représentant un peu plus de 5 % de la production mondiale de gaz), le chrome, le platine et le coltan, les réserves pétrolières ne sont pas à sous-estimer. A l'heure actuelle, 15 % des importations de pétrole des Etats-Unis proviennent de pays africains, et ce pourcentage devrait passer à 25 % au cours des 10 années à venir au fur et à mesure de l'exploitation de nouveaux gisements (vu la baisse de la production pétrolière américaine et de la Mer du Nord). Au cours des dix prochaines années, l'Afrique deviendra donc un fournisseur de pétrole et de gaz naturel de plus en plus important pour les Etats-Unis. Le Nigeria et l'Angola figurent déjà parmi les 10 principaux fournisseurs de pétrole des Etats-Unis. Les estimations de réserves prouvées de pétrole en Afrique varient considérablement d'une source à une autre, mais la plupart indiquent que les réserves prouvées de l'Afrique représenteraient environ 7 à 9 % des réserves mondiales, soit 80 à 100 milliards de barils. Nombre de ces pays ont, en outre, un avantage non-négligeable par rapport au Golfe persique : la plupart des gisements sont off-shore, facilitant non seulement le transport maritime, mais permettant aussi la continuité de la production en cas d’instabilité dans les pays concernés. L’exploitation s’opère, en outre, par l’entremise de joint-venture ou au travers de contrats de partage de production associant les sociétés pétrolières nationales aux compagnies internationales.[vi] De là, découle également l’intérêt que portent les Etats-Unis à São Tomé pour y installer une base avancée en plein golfe de Guinée. Dans ce contexte, les Etats-Unis (avec l’aide du Portugal) attachent également une attention particulière au Cap Vert, archipel au sud des Canaries, afin de faire usage des ports et aéroports pour surveiller le Golfe de Guinée.



Enfin, par rapport aux succès stratégiques et économiques, le bilan diplomatique est plus nuancé. Si la Maison-Blanche n’a pas hésité à s’engager diplomatiquement sur le continent afin de résoudre une série de crises pendantes, les résultats restent toutefois mitigés. Parmi les succès figurent les négociations avec la Libye (d’autant plus que les concessions des sociétés anglo-saxonnes, gelées depuis plus de 15 ans s’expiraient en 2005) et celles concernant le Soudan (accords de mai 2004 entre le gouvernement de Khartoum et le Mouvement populaire de libération du Soudan). Parmi les déceptions, on retrouve les questions du Sahara occidental, du Darfour et des Grands Lacs.





En conclusion, l’agenda régional des Etats-Unis peut être synthétisé en cinq points : éradiquer les cellules terroristes, exploiter les gisements pétroliers, garantir la sécurité des routes maritimes (Golfe d’Aden, Mer Rouge), tenter de projeter la puissance américaine à partir de l’île de Socotra, de Djibouti, etc. Et, enfin encourager la démocratisation et le libre échange. En définitive, nous observons que les Etats-Unis ont ces dernières années fait un retour remarqué sur le continent africain.



Tanguy Struye de Swielande, Docteur en Sciences Politiques, chercheur au CECRI et membre du RMES.

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