Lady-Black : l’agence internationale des top-models noirs et métisses
Le vendredi 22 octobre 2004.
Par David Cadasse
L’agence internationale Lady-Black est la seule agence spécialisée de top-models et de mannequins pour les Noirs et les métisses en France, si ce n’est en Europe. Avec quarante filles, elle lancera officiellement ses activités le 7 novembre prochain. Marie-Laure Attard, à l’origine du concept, nous explique la genèse du projet, son utilité et la manière dont il a été perçu dans le monde du mannequinnat.
Les Noirs et les métisses ont désormais en France leur agence de mannequins et de top-models : Lady-black. Fort de quarante filles et de deux hommes dans ses effectifs, l’établissement, d’envergure internationale, lancera officiellement le coup d’envoi de ses activités le 7 novembre prochain à Paris. A la base de l’initiative, Marie-Laure Attard nous explique pourquoi elle a investi cette niche de marché. Très exigeante sur le professionnalisme de ses filles, elle entend développer une image haut de gamme dans un milieu qui n’avait, jusque-là, pas vraiment pris en compte le segment des Noirs et des métisses.
Afrik.com : Pourquoi avez-vous décidé de créer Lady-Black ?
Marie-Laure Attard : C’est un concours de circonstances. J’ai travaillé dans la mode à Paris, pendant plus de 15 ans, dans le prêt-à-porter de luxe. Il y a cinq ou six ans, je voulais déjà monter ma propre agence. Une agence classique. Mais j’ai estimé qu’il y avait trop de concurrence. Un photographe avec lequel je travaillais et qui voyage souvent en Côte d’Ivoire et au Cameroun a un jour été contacté par des Japonais qui recherchaient en urgence des mannequins noirs. Il a ainsi vu qu’il y avait là un vrai créneau à exploiter. Comme il savait que je voulais monter ma structure, il m’a conseillé d’investir cette niche parce qu’il y avait un réel manque.
Afrik.com : Aviez-vous déjà observé ce manque ?
Marie-Laure Attard : J’ai vécu pendant cinq ans au Brésil, où j’organisais souvent des défilés de mode. De retour en France, je me suis effectivement aperçu qu’il y avait un manque de représentativité de la femme noire dans l’univers des top-models. Les filles m’ont confirmée qu’elles n’étaient que 3% dans les agences. Il existe des agences qui se diversifient, mais les Noires et les métisses sont surtout utilisées pour des événementiels et n’étaient pas considérées comme des Naomi Campbel en herbe.
Afrik.com : Est-ce à dire qu’on ne les respecte pas ou qu’on ne les prend pas au sérieux ?
Marie-Laure Attard : Beaucoup de filles ou de garçons sont dupés car ils ne connaissent pas les usages et les tarifs de la profession. Une grande marque automobile a, par exemple, payé un cachet de 5 000 FCFA (7,5 euros, ndlr) à un mannequin homme pour une campagne d’affichage sur toute l’Afrique ! Et c’est un peu la même chose en France. Beaucoup de filles m’appellent pour me demander des conseils pour ne pas tomber dans ce genre de piège. On leur fait comprendre qu’on leur donne leur chance et qu’il ne faudrait pas en plus qu’on les paie. Le fait est qu’il y existe des barèmes officiels fixés par l’Union nationale des agences de mannequin.
Afrik.com : Votre agence est-elle déjà en activité ?
Marie-Laure Attard : Il existe une agence au 26 rue Vavin, dans le sixième arrondissement de Paris. Si nous avons le droit de booker des filles pour des photos, nous n’avons pas encore celui de les faire défiler. Nous prenons notre temps pour bien verrouiller le statut juridique de la société avant de nous lancer véritablement. Le coup de départ est fixé au 7 novembre prochain avec le défilé du styliste Iman Aïssi à l’hôtel Bristol de Paris, où toutes les filles de l’événement seront de chez nous.
Afrik.com : Pensez-vous que le marché français est mûr pour accueillir une agence comme la vôtre ?
Marie-Laure Attard : Je pense que oui. On entend de plus en plus parler de marketing ethnique dans les médias et dans les cercles professionnels. Par ailleurs, le fait que le journal Le Monde ait consacré un supplément entier sur « La beauté noire » (supplément N° 18540, ndlr) est un bon indicateur de la tendance actuelle. La fille, Binti, qui est en couverture de ce supplément, est d’ailleurs de notre agence. Agence qui de toutes les façons n’est pas uniquement française, mais internationale.
Afrik.com : Comment a-t-elle été repérée par le journal ?
Marie-Laure Attard : Par un casting sauvage. Une personne du magazine, sur une mobylette, l’a arrêtée dans la rue pour lui proposer une séance photo.
Afrik.com : Comment a été pris votre initiative dans le milieu du mannequinat ?
Marie-Laure Attard : Très bien. Il y a même des agences qui nous envoient spontanément des mannequins. Tout marche par le bouche-à-oreille, parce que nous n’avons pas encore vraiment commencé à communiquer.
Afrik.com : Comment choissez-vous vos top-models et vos mannequins ?
Marie-Laure Attard : Il faut que la fille ait un charisme, qu’elle dégage quelque chose. Il faut qu’elle sache s’exprimer et qu’elle soit d’humeur égale. Bref, se comporter en femme et avoir un comportement social normal. Je suis intransigeante sur la ponctualité. Il faut que les filles se comportent en professionnelles. A partir du moment où toute une équipe les attend, il est hors de question qu’elles se prennent pour des stars. Parce qu’elles sont noirs, elles doivent se montrer deux fois plus pro et compétentes. Pour moi, c’est la même démarche que les premières femmes qui se sont attaquées au marché du travail. Il faut qu’elles prouvent qu’elles sont aussi compétentes que les hommes, et même plus encore pour être reconnues à leur juste valeur. Il s’agit du même problème pour n’importe quelles minorités.
Afrik.com : Vous êtes blanche. Une Blanche qui monte une agence de agence internationale de top-models et de mannequins spécifique pour les Noirs et les métisses n’a-t-il pas suscité quelques commentaires ?
Marie-Laure Attard : Certaines personnes ont essayé de dissuader certaines filles de travailler pour « les Blancs » et de venir travailler avec eux. Paradoxalement, il y a des filles que cela rassure de savoir que c’est une Blanche qui dirige. Je crois qu’il faut arrêter avec ce discours sur l’esclavage et l’oppression du peuple noir et aller de l’avant. Quand je m’adresse à quelqu’un, ce n’est pas un Noir ou un Blanc que je vois, mais un simple individu. Peut-être parce que j’ai vécu au Brésil, peut-être parce que j’ai beaucoup voyagé, notamment en Afrique. (Avec véhémence) J’ai monté une entreprise. Ce n’est pas parce que j’ai choisi un créneau spécifique, qui peut générer du travail, qu’on peut me taxer de « traite des Noirs » !
Afrik.com : Votre agence est également spécialisée pour les métisses. Qu’entendez-vous par métisse ?
Marie-Laure Attard : Nous avons toutes les carnations dans notre agence. Le métissage ne se regarde pas qu’en terme de bronzage ou de pigmentation. Je suis moi-même issue d’un métissage. Ma mère est moitié de Malte et de Suède, mon père moitié de France et d’Algérie. Je suis d’ailleurs moi-même née en Algérie.
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