Posté le 08.05.2008 par feobus
Posté le 08.05.2008 par feobus
Posté le 08.05.2008 par feobus
un coin de chez moi mon ile
Posté le 07.05.2008 par feobus
Le monde serait-il fou, ou plutôt reviendrait-il à l’endroit ? Il a été pénible d’expliquer que le genre humaine était né en Afrique, laissant entendre que les Blancs ne seraient que des Immigrés africains d’anciennes générations, il va falloir assumer que même les leucodermes contemporains ont une ascendance africaine ne remontrant pas à l’homo sapiens sapiens. Encore une «découverte» qui taraude nos certitudes confortables, nos intouchabilités, nos inviolabilités, nos frontières surpuissantes et nos civilisations étanchement séparées. Il n’empêche que le flegme british, la nouvelle britannitude coqueluche politique du moment en prennent un coup de bantou dans la fierté raciale. Le serial killer est un gène africain retrouvé dans la population britannique considérée indigène ! Afrikara, alerté par le karanaute E.C laisse le site futura-sciences.com faire le point sur cette question de couleur et de gène gênant …
L'ascendance africaine cachée des Britanniques révélée par les gènes
Une équipe de chercheurs a découvert la première preuve d'un apport africain au pool génétique britannique « indigène » qui remonterait à au moins 250 ans.
L'étude, financée par le Wellcome Trust ainsi que dans le cadre du projet EUROCORES «The Origin of Man, Language and Languages», lui-même subventionné par l'UE, est publiée en ligne par le European Journal of Human Genetics.
Environ 8 % de la population britannique actuelle appartient aux minorités ethniques, plus d'un million de personnes s'étant elles-mêmes classées comme « black » ou « black british » lors du dernier recensement. La plupart de ces individus peuvent faire remonter l'arrivée de leur famille au Royaume-Uni à la moitié du XXe siècle, époque où le pays a accueilli de nombreux immigrés venus d'Afrique et des Caraïbes.
Les chercheurs notent cependant que les Africains sont en réalité arrivés au Royaume-Uni il y a des siècles. Des Africains ont ainsi mis le pied en Grande-Bretagne il y a plus de 1 800 ans dans les rangs de l'armée romaine, et l'on suppute que les Vikings auraient pu emmener des prisonniers africains lorsqu'ils débarquèrent dans les îles Britanniques au IXe siècle. Au XVIe siècle, avec la traite des Noirs, les serviteurs, musiciens, amuseurs et esclaves africains devinrent monnaie courante.
Pour la première fois, des chercheurs ont mis en évidence l'irruption d'un chromosome Y africain dans la population britannique « indigène », quelque part le long de la lignée génétique. Cette découverte a été faite lors d'une étude du lien entre les patronymes et les chromosomes Y, les deux étant transmis de père en fils.
On a établi qu'un homme, baptisé « M. X » par les chercheurs, était porteur d'une version rare du chromosome Y que l'on n'a retrouvée à ce jour que chez un petit nombre d'individus originaires d'Afrique occidentale. M. X lui-même est d'apparence européenne et n'a manifestement connaissance d'aucun lien unissant sa famille avec l'Afrique.
Pour déterminer quand le chromosome était arrivé en Grande-Bretagne, les chercheurs ont contacté 18 hommes portant le même patronyme que M. X. Selon eux, ce nom est relativement rare et la plupart des gens qui le portent ont des liens avec la région du Yorkshire oriental. Il se trouve que six des hommes testés ont ce rare chromosome africain en partage. L'arbre généalogique suggère qu'il serait entré dans leur lignage il y a au moins 250 ans.
Comme ils l'ont indiqué, les chercheurs ignorent toujours si le chromosome est arrivé avec un immigrant africain de première génération ou avec un Européen qui en était porteur.
« L'étude montre que la définition de la "britannitude" est ardue, et qu'elle l'a toujours été», a déclaré l'un de ses auteurs, le professeur Mark Jobling, enseignant à l'université de Leicester. « L'histoire des migrations humaines est d'évidence très complexe, en particulier pour une nation insulaire comme la nôtre, et cette étude déboulonne, si besoin en était, l'idée qu'il puisse y avoir des populations ou races élémentaires et distinctes. »
Les résultats ont également des implications pour les experts en criminalistique, qui ont fréquemment recours au profilage ADN lors d'enquêtes criminelles. « Les experts en criminalistique emploient l'analyse ADN pour déterminer les origines ethniques de la personne, à partir de cheveux ou d'échantillons sanguins par exemple trouvés sur les lieux du crime », a expliqué le professeur Jobling. « Bien qu'ils aient toutes les chances de prévoir l'appartenance ethnique correcte en utilisant l'analyse élargie de l'ADN hors chromosome Y, ils se seraient probablement creusé la tête un bon moment à la découverte de ce remarquable chromosome africain. »
Source : Cordis Nouvelles, le 03/02/2007 à 13h51
Posté le 07.05.2008 par feobus
Après «La Suisse et l'esclavage des Noirs», paru en français en avril, un second livre de Hans Fässler analyse le rôle de la Suisse dans l'esclavagisme. «Reise in Schwarz-Weiss», qui vient de paraître, montre que les entreprises suisses ont gagné des fortunes grâce aux esclaves.
Dans ce nouveau livre paru aux éditions Rotpunktverlag - et disponible pour l'heure seulement en allemand - l'historien Hans Fässler montre que la Suisse a bien été impliquée dans le commerce des esclaves.
Dans toutes les régions du pays, l'auteur a retrouvé la trace d'investisseurs qui ont financé ce commerce, d'entrepreneurs qui ont possédé des esclaves ou de soldats qui ont participé à la répression de leurs révoltes.
L'esclavagisme constituait la base d'un système économique complexe autour de l'Atlantique. Ce système a largement contribué au développement économique européen des 18e et 19e siècles.
Au cours des 19 chapitres du livre, Hans Fässler montre comment la Suisse a réussi à tirer parti de cet essor du commerce international. Au 18e siècle, la Suisse importait plus de coton produit par des esclaves que l'Angleterre.
De Toussaint Louverture à l'implication helvétique
L'historien saint-gallois a commencé à s'intéresser aux relations entre la Suisse et l'esclavagisme durant la préparation d'un spectacle consacré à un héros haïtien de la révolte des esclaves, Toussaint Louverture. Hans Fässler a créé ce spectacle pour les 200 ans de l'entrée de St-Gall dans la Confédération en 2003.
Lors de ses recherches, il est tombé sur des familles st-galloises qui possédaient à l'époque des plantations avec des esclaves. Le fait a suscité sa curiosité, car cela ne correspondait pas à l'image qu'il avait de la Suisse. Et son enquête a apporté son lot de révélations.
Un premier livre sur la question, intitulé «La Suisse et l'esclavage des Noirs», est paru en français en avril aux éditions Antipodes.
Un système économique européen
Les révélations de Hans Fässler avait suscité un débat politique en Suisse. Pourtant, les relations négrières de la Suisse du 18ème siècle ont été le fait d'individus, et non pas celui d'une politique nationale ou cantonale. Est-ce donc aux institutions de s'interroger sur ce passé? C'est une question que swissinfo avait posé à Hans Fässler en mars 2003.
«Pour moi, ce n'est une question ni nationale, ni individuelle. Je préfère voir cela d'un point de vue européen. C'est-à-dire que la traite était un système économique qui enveloppait toute l'Europe, et personne ne peut dire qu'il n'en faisait pas partie», avait répondu l'historien.
swissinfo et les agences swissinfo 26 octobre 2005 08:39
Posté le 07.05.2008 par feobus
La rue Blénac à Fort-de-France, porte le nom de Charles de Courbon, Comte de BLENAC, Gouverneur Général des Antilles (1677 à 1696) pour nous rappeler l’image flatteuse du bâtisseur de Fort Royal. Retour sur la contribution du Comité devoir de mémoire de la Martinique, au 22 mai 2005, décryptant le marquage de l’espace martiniquais par des symboles de servitudes. Une initiative que notre rédaction salue, tant sont rares les actions de résistance positive, armées d’une réflexion et documentation rigoureuses, poursuivies jusqu’à des propositions concrètes.
Que savons nous du compte de BLENAC ?
L’avancée des recherches actuelles sur l’Histoire de La Martinique nous permet aujourd’hui de démasquer une imposture.
Certes il fut un bâtisseur, mais on ne mesure pas la valeur des Hommes à la taille des édifices qu’ils ont construits, mais à l’aune de leur Humanité.
En fait, en sa qualité de gouverneur des Antilles, BLENAC participa activement à la rédaction du Code Noir (mémoire Patoulet – Blénac de 1682), mais il l’applique à la lettre en organisant de sauvages répressions contre les révoltes d’esclaves et inflige, avec zèle, aux esclaves marrons les pires châtiments prévus en cas d’évasion.
De combien d’hommes et de femmes mutilés, estropiés, torturés à mort est il comptable ?
Quelques extraits de textes, de correspondances, de récits…pour témoigner de la barbarie :
REPRESSION DE L’INSURRECTION DE 1678
Selon l’historien Adrien DESSALLES, le gouverneur Blénac s’illustra dans l’écrasement d’une des premières révoltes des esclaves de la Martinique :
« Les nègres, dont le nombre s’augmentait journellement, voulurent remuer à la Martinique.
De Blénac, non seulement réprima l’insurrection qu’ils avaient fomentée, mais encore les châtia d’importance ».
Lettre datée du 5 septembre 1678, BLENAC informe Colbert « Il y en a eu dix ou douze de tués à coup de fusils et neuf pendus ou roués. Demain on en jugera encore treize »
Le 14 novembre 1678, nouvelle lettre à COLBERT :
[...] « tous les chefs sont tués, noyés ou roués ».
REPRESSION DU MARRONNAGE MARITIME, ET
PRISE EN OTAGE DE QUINZE CARAÏBES
Pour récupérer des nègres qui ont marronné vers la Dominique, Blénac ira dans son acharnement, jusqu’à prendre des caraïbes en otages.
Le 23 septembre 1679, il écrit à Colbert :
« Nous avons eu sujet de nous plaindre des Caraybes de la Dominique. J’en ay fait arrester quinze et jay envoyé Monsieur Deslauriers, commandant la frégate du Roy, leur déclarer que je les ferais tous pendre s’ils ne nous randoient tous les nègres qu’ils nous ont pris, ce qu’ils ont fait ».
Dans le même rapport, Blénac écrit à propos de l’île de St. Vincent, où se réfugient de nombreux marrons des Petites Antilles :
« Tout autant que la négrerie de Saint-Vincent durera, vous ne verres jamais finir le marronnage des nègres. Ils se jettent dans les bois et desrobent des canotz aux habitants, et ils passent à Saint-Vincent ».
L’historien PEYTRAUD signale que – le 17 juillet 1679 – le Conseil souverain de la Martinique, sous l’autorité de BLENAC condamna plusieurs nègres accusés d’avoir voulu s’évader hors de l’île : les hommes à avoir une jambe coupée, et les femmes, le nez ; les uns et les autres à être marqués de la fleur de Lys sur le front.
Arrêtons là cette liste de forfaits, et d’abominations criminelles !
Aujourd’hui, innocemment, des petits fils d’esclaves arpentent cette rue qui, comble d’ironie débouche… sur la rue de la Liberté
Rendons hommage à ceux qui le méritent !!!
Le Comité Devoir de Mémoire propose que cette rue soit rebaptisée et porte dorénavant le nom de :
RUE DES ESCLAVES INSURGES (1678)
Anciennement rue BLENAC
Comité devoir de mémoire de la Martinique
Droit à la Mémoire, Droit au Devenir
Posté le 07.05.2008 par feobus
Des commerçants et des banquiers helvétiques se sont enrichis dans le commerce triangulaire entre la France, l'Afrique et les Etats-Unis. Une étude passionnante rappelle ces faits rarement évoqués.
Cet excellent ouvrage oppose pour la première fois un sérieux démenti au mythe encore persistant d'une Suisse qui n'aurait rien à voir avec l'esclavage. Certes, le pays n'a pas possédé de colonies et n'a pas entretenu de flotte négrière. En outre, le commerce des esclaves a pris place entre le XVIe siècle et la fin du XIXe. En plus, il a été interdit lors du Congrès de Vienne en 1815, date à laquelle la Confédération n'était pas encore née. Mais ces faits ne font pas oublier qu'une certaine élite helvétique a contribué à ce trafic odieux et en a tiré profit. Aux XVIIIe et XIXe siècles, de nombreux ressortissants suisses ont non seulement exploité des esclaves mais en ont également fait commerce.
Bâlois, Genevois, Appenzellois ou Vaudois font travailler des centaines de Noirs dans les colonies anglaises, françaises, ou néerlandaises aux Amériques. Ainsi une colonie suisse fondée en Caroline du Sud, où Johannes Tobler (1696-1765), un gouverneur originaire d'Appenzell, détient, notamment, un grand terrain agricole. En 1752, il signale que «les Allemands et les Suisses se distinguent en général des autres colons par leur prospérité [...] Je connais certains Bernois qui ont une à deux mille têtes de bétail, beaucoup de nègres, de maisons et d'autres propriétés extensives.» Les Suisses ne se différencient pas des autres Européens dans le traitement qu'ils réservent à leurs esclaves. Certains sont durs – voire sans pitié – d'autres sont plus modérés mais aucun d'entre eux ne remet en cause le principe même de l'esclavage. Enfin, des soldats suisses iront même jusqu'à contribuer à la répression de révoltes d'esclaves dans plusieurs colonies.
Des commerçants helvétiques se sont également fortement enrichis en participant à la traite des Noirs. Une vingtaine de maisons de commerce, établies notamment à Bâle et à Neuchâtel, approvisionnent en produits manufacturés des navires négriers au départ du littoral atlantique. En 1780, les négociants d'origine suisse assurent 80 à 90% du trafic des indiennes, ces toiles peintes fournies comme monnaie d'échange contre des esclaves, produites à Nantes, premier port négrier de France. Des banquiers suisses participent, eux aussi, contre pièces sonnantes et trébuchantes, à des expéditions le long de la côte d'Afrique: bien que coûteux et risqué, le trafic d'esclaves reste un commerce qui peut s'avérer fort juteux. Ainsi pour la compagnie de David de Pury, qui achète plus de 42 000 esclaves en Angola. De 1760 à 1815, en une centaine d'expéditions, les commerçants suisses ont été responsables de la déportation de plus de 172 000 esclaves, soit le 1,5% des 11 à 12 millions de Noirs arrachés à l'Afrique.
L'analyse du mouvement antiesclavagiste est particulièrement intéressante. Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle – presque un siècle après les mobilisations française et anglaise – pour qu'un tel mouvement, à forte composante protestante, prenne véritablement naissance en Suisse. Mais il ne sera pas motivé seulement par des considérations humanitaires. Ainsi l'Association du sou par semaine en faveur des esclaves aux Etats-Unis d'Amérique, fondée à Lausanne en 1858 par un pasteur, M. Béchet de Rossinières, première société créée en Suisse après l'abolition de la traite et durant les dernières années du système esclavagiste aux Etats-Unis. L'objectif est principalement de racheter des esclaves par l'intermédiaire d'agents suisses outre-Atlantique. La récolte de fonds est un véritable succès mais l'Association se garde bien de dépenser tous les dons reçus dans ce but. Comme le déclare son bulletin d'avril 1860: «[...] nous avons à cœur de nous assurer que les individus que nous rachèterons méritent, à un titre ou à un autre, les sacrifices qu'on fait en leur faveur». La religiosité de l'esclave semble être le principal critère retenu pour être «digne» d'être libéré. Enfin, l'Association exigera que le montant du rachat soit remboursé par l'esclave sur ses futurs salaires.
Livre : La Suisse et l'esclavage des Noirs. Auteurs: Schaufelbuehl Janick Marina , Bouda Etemad, Thomas David, Editeur: Antipodes & SHSR. 182 p.
Isabelle Paccaud
Posté le 07.05.2008 par feobus
En 2001 lors de la conférence contre le racisme de Durban en Afrique du Sud, le représentant suisse affirmait tout de go que son pays n’avait aucun passé colonialiste ni esclavagiste. Il faisait chorus avec l’idéologie de la non-participation, de la neutralité internationale, de la virginité originelle, parures officielles qui font le ramage et la notabilité internationales de la Confédération. Mal lui en a pris puisque des chercheurs suisses se sont intéressés de plus près à cette période négrière et ils exhument désormais un visage que bien des familles traitantes auraient souhaité ne jamais voir mis à la lumière du grand public. Cette question fait donc l’objet de grands débats, mais le passé négrier en lui-même ne fait pas l’ombre d’un doute.
Il s’agira, là comme ailleurs, d’évoluer vers une criminalisation de cette ruée déshumanisante vers l’Afrique et du traitement de servitude qui en a découlé. L’enjeu impérieux devient alors de parvenir à formuler des obligations de réparations selon des modalités que les communautés africaines, diasporiques, les descendants d’esclaves avec les pays négriers d’Europe sauront implanter dans le paysage des grands enjeux internationaux.
La Suisse et l'esclavage
Par Chantal Peyer
http://www.pagesdegauche.ch
Un ouvrage rappelle la participation de certaines familles helvétiques au trafic d’esclaves.
La Suisse «n'a rien à voir avec l'esclavage, la traite négrière ou le colonialisme» affirmait Jean-Daniel Vigny, représentant suisse à la conférence mondiale contre le racisme à Durban en 2001. Depuis cette affirmation, quatre ans se sont écoulés au cours desquels la prétendue non-participation de la Suisse, ou de Suisses, à la traite négrière et à l'esclavage a été fortement remise en question. Il y a eu l'interpellation de Pia Hollenstein (Verts/SG) au Conseil Fédéral, demandant que des recherches historiques soient effectuées sur ce sujet, mais aussi les postulats déposés dans onze cantons (Neuchâtel, Vaud, Genève, Berne, Bâle-Ville, Zurich, Saint-Gall, Appenzell Rhodes-Extérieures, Thurgovie, Schaffhouse, Grisons) et trois villes (Saint-Gall, Zurich, Bâle). Plusieurs controverses ont également amené le débat sur la place publique, à l'instar de celle qui a agité Neuchâtel en 2003, après la prédication du pasteur Théo Buss, diffusée en direct sur la radio suisse romande. Sa faute? Avoir brisé un tabou en citant le nom de plusieurs citoyens neuchâtelois, dont les Du Peyrou ou de Pury, qui au XVIIIe siècle se sont enrichis grâce à l'entreprise coloniale.
Ces polémiques et démarches politiques ont fissuré le discours sur la virginité passée de la Suisse et ont permis l'émergence d'un réel débat historique. Le résultat est notamment un livre passionnant, rédigé par trois chercheurs de l'Institut d'histoire économique et sociale de l'Université de Lausanne. Malgré l'état lacunaire de la littérature secondaire sur le sujet et malgré la difficulté d'accès aux sources, (la majorité des archives utilisées sont privées) l'ouvrage ouvre des perspectives étonnantes sur la question: il montre que l'implication principale des Suisses dans la traite négrière a résidé dans l'organisation et le financement du commerce – achat et vente – des esclaves.
Banquiers de la traite négrière
Sous quelle forme exactement? En France, Nantes a été l'un des principaux centres du commerce négrier aux XVIIe et XVIIIe siècles. Depuis son port, les expéditions étaient organisées, financées et les cargaisons des bateaux – qui allaient servir de monnaies d'échanges pour acheter des esclaves sur les côtes africaines – étaient préparées. Ce commerce était aussi coûteux à financer que lucratif lorsque l'expédition se passait sans problème. Pour rassembler les fonds nécessaires, les armateurs avaient donc recours aux capitaux de divers acteurs: banquiers parisiens, capital local ou international. La maison Burkhardt, les Weiss, Favre ou Rivier, issus de familles réformées neuchâteloises, bâloises ou genevoises figurent ainsi parmi les financiers de ces expéditions. Dans certains cas, la participation des fonds suisses pouvait être très importante et directe: de 1783 à 1790, les frères Weiss par exemple, ont affrété et armé dix navires négriers, dont «La Ville de Basle». Les Burckhardt, quant à eux, ont placé en 1791 200'000 livres, soit le prix d'un hôtel particulier à Paris, dans le navire «l'Intrépide». Au total, entre 1773 et 1830, des fonds suisses ont été investis dans près de 100 expéditions négrières et ont participé à la déportation de 18'000 à 25'000 Africains.
Un passé qui dérange
Une autre forme de participation des Suisses au commerce de l'esclavage a résidé dans la confection et la fourniture de marchandises pour les cargaisons de traite. Dans la moitié du XVIIIe siècle, plusieurs maisons suisses viennent s'établir à Nantes pour produire des indiennes, ces tissus imprimés fort appréciés comme monnaie négrière. En 1780, elles compteront pour 80 à 90% de la production locale et les Petitpierre (de Couvet – NE), Favre (de Couvet également), Charles Rossel (de Neuchâtel), ou encore Simon & Roques (de Bâle) sont quelques-unes des familles qui feront fortune grâce à ce commerce, moins risqué que l'armature ou le financement des expéditions négrières.
Pour les négociants et fabricants suisses, le commerce des esclaves n'a représenté qu'une fraction réduite de leurs activités. Il n'en reste pas moins qu'une part des richesses d'aujourd'hui tire son origine dans ce passé que d'aucun préférerait ne pas voir.
A lire: Thomas David, Bouda Etemad, Janick Marina Schaufelbuehl, La Suisse et l'esclavage des Noirs, Lausanne, Antipodes, 2005.
Posté le 07.05.2008 par feobus
Exonérations fiscales aux négriers, primes par têtes de nègres déportées, immunités diverses aux traitants, en plus d’un Code de chosification-instrumentalisation de l’Africain [Code Noir], tels sont les leviers de politique économique et stratégique que l’Etat français systématisera avec Colbert au 17ème siècle pour renforcer l’apocalyptique industrie négrière. Et Voltaire, pseudo libertaire, crypto négrier de se pavaner d’avoir fait, grâce au trafic lucratif des esclaves «une bonne action et une bonne affaire »…
Le statut de l’histoire négrière change brusquement sous les yeux des Africains et Descendants d’Africains victimes de l’abomination négrière. En fait plusieurs facteurs contemporains concourent au réveil des révisionnismes européens et aux négationnismes occidentaux de touts poils, en particulier en France où une trop faible si ce n’est quasi-inexistante contrepartie idéologique et militante est réellement opposée aux contrefacteurs de l’histoire négrière et des prédations occidentales. Il s’agit de garder en mémoire le fait que l’alliance tiers-mondiste -intelligentsia européennes, africaines, américaines, asiatiques- qui atténuait l’inconscient raciste d’une partie de l’élite intellectuelle européenne s’est effondrée devant l’absorption par le marché des idéologies socialisantes, en même temps qu’une frange significative de l’Europe des penseurs bande ses muscles pour rivaliser avec les Etats-Unis dans un contexte idéologique refondu dans l’Union européenne.
Ce combat est prioritaire et les semblants de causes tiers-mondistes sont déléguées ou reléguées à des batailles de rues altermondialisantes. Enfin et surtout, il y a l’inattendu vent d’exigences de réparations qui dévaste les Amériques et arrive en France via la loi Taubira, qui même émasculée reconnaît la Traite négrière comme un crime contre l’humanité. Cette tendance lourde à la demande de réparations provoque une peur-panique réelle auprès des hiérarques européens et français littéralement déboussolés.
La conférence de Durban a été le détonateur d’un foisonnement d’initiatives révisionnistes pilotées par le haut dans lesquelles des universitaires français et européens perdent totalement leur honneur, leur dignité, leur science tout en couvrant d’opprobre l’université française dans son ensemble. En tout état de cause il est nécessaire d’avoir à l’esprit la dynamique européenne et occidentalo-centrée de la déportation des millions d’Africains vers les Amériques et les Caraïbes, l’implication active voire messianique des institutions européennes régaliennes, morales, intellectuelles, politiques. Voici l’exemple d’un train de mesures prises par la France en tant qu’Etat menant une politique économique et stratégique consciente et téléologique pour développer une industrie négrière.
Jean-Baptiste Colbert mérite une mention spéciale tant son volontarisme mercantiliste informe la dynamique négrière française. C’est sous son autorité que sera conçu et mis en application le Code Noir, cette rationalisation de la dépossession, de la déshumanisation, de la dépersonnalisation de l’Africain devenu bien meuble, instrument animé, chose à faire valoir la colonie, la grandeur blanco-biblique de la France éternelle.
§ Colbert instaure d’abord un système Exclusif entre la métropole et les colonies. Les colonies vendent exclusivement leurs produits à la métropole et achètent exclusivement des produits d’elle. Colbert rompt le monopole de la Compagnie des Indes Occidentale sur le commerce avec l’Amérique et la taxe qu’elle percevait sur les bateaux.
§ Arrêt du 26 Août 1670 : Exonération d’impôt de 5% pour la traite des nègres de Guinée [Afrique]. Cette mesure du Conseil d’Etat est responsable de l’explosion des déportations-importations, 3000 pièces d’Indes ou bois d’ébène seront importés consécutivement à cette incitation gouvernementale.
§ Le 13 Janvier 1672 : Octroie d’une prime de 13 livres par tête de nègre importée [déportée] aux colonies. Le contexte politique est alors extrêmement favorable aux traitants et aux colons qui cumulent les privilèges accordés par la force publique.
§ Le 26 octobre 1787 : Louis XVI accorde de nouvelles immunités aux négriers. Le trafic négrier devient une préoccupation des hautes sphères de l’Etat qui le protège, l’encadre.
§ Le 21 octobre 1787 : Une dépêche ministérielle recommande le paiement de la prime de 13 francs par tête de nègre importée, prime rehaussée à 60 francs.
§ Dans la même période l’Assemblée Constituante déclarera la traite négrière Commerce National, confirmant l’intérêt collectif, la préoccupation nationale, l’ampleur et la dimension de l’industrie négrière que des exégètes tardifs et attardés tentent par mille mystifications de sous-estimer aujourd’hui.
La forte implication de l’Etat français à tous les échelons de la chaîne de valeur négrière, économique et juridique, traduit une époque sans concession. L’Africain, avec le secours bien frappé de l’église, ne prend sa place que comme convertible, esclave par nature, balbutiement humanoïde, moyen terme entre l’animal et l’homme…Blanc s’entend. Les Etats sont engagés dans des politiques commerciales mercantilistes agressives.
Nul ne gagne ce que l’autre ne perd, répète t-on comme un credo, les colonies sont donc un enjeu stratégique international et la pérennité de l’engagement négrier de l’Etat montre en creux les retours protéiformes du trafic. La bataille se joue donc tant entre les nations négrières rivales -Portugal, Espagne, France, Angleterre-, qu’entre les Africains, leurs Descendants dans les colonies face aux armées d’esclaviseurs. L’Europe choisit ainsi, pour s’exonérer d’atermoiements moralistes et concentrer son effort sur la captation des richesses, de faire peu de cas des humanités non abouties et croyants hérétiques, relevant par ailleurs les défis des guerres impérialistes intra-européennes. L’univers s’avère trop étroit pour un non-blanc libre, humain plein, décidant de son sort.
L’impact des mesures gouvernementales sur les importations-déportations est une précieuse indication sur le caractère volontaire ou contraint du trafic. En effet si les incitations et exonérations françaises conduisent à une augmentation des importations de « pièces d’Indes », c’est que la dynamique n’est pas africaine, c’est que c’est le côté de la demande, le côté européen qui domine et impose les quantités, les règles, les codes en fonction de ses réalités et intérêts propres.
Akam Akamayong
Posté le 07.05.2008 par feobus
Peu d’esprits connus au 20ème siècle ont démontré le génie de George Washington Carver, ancien esclave devenu chimiste, inventeur surdoué, dévoué à la cause des Africains d’Amérique et au progrès du genre humain, il laissa à la postérité une impressionnante somme de découvertes en agriculture et botanique notamment.
Il n’est pas banal de voir un ancien esclave non pas affranchi mais rendu à la liberté par l’abolition de l’esclavage se hisser aux plus hautes marches de la science et des découvertes, forçant la reconnaissance de l’élite américaine blanche aux âges rudes de la discrimination faciale.
C’est un jeune homme profondément marqué par la foi chrétienne, dans la braise sociale d’un sud rétif à l’extinction de l’esclavage et à plus forte raison sourd à toute pénétration des idées émancipatrices, qui gagne ses premières batailles par la conquête de l’écriture, de la lecture, de la culture. Visiblement précoce et annonciateur de temps alors inimaginables au cœur de l’Amérique du Ku Klux Klan, Carver allait goûter l’outrecuidance sociologique d’un brillant parcours scolaire dans le Missouri, l’Arkansas, obtenant un baccalauréat en 1894 au collège agricole de l’Iowa, décrochant deux ans plus tard une maîtrise en sciences.
Cette ascension jusqu’à la distinction de maîtrise en sciences agronomiques ne se sera pas faite sans heurts raciaux, puisqu’une bourse avait été refusée à Carver lorsque les responsables du Highland college se rendaient compte de visu de la couleur rédhibitoire de sa peau, après en avoir attribué dans un premier temps l’allocation au brillant Africain Américain.
Très attiré par la botanique et l’agronomie, l’intérêt du jeune Carver débordait ses frontières disciplinaires pour embrasser la musique et la peinture. Il allait se dévouer à une vie d’enseignement et de recherche, déposant des contributions que toute l’Amérique lui reconnut. A son actif parmi bien d’autres avancées, l’identification de nouvelles espèces de champignons, les progrès dans la lutte contre les maladies des plantes, les plantes qui attaquent d’autres plantes. Des arachides il réussit à extraire plus de 250 produits, shampooing, vinaigre, savon…Il tira plus d’une centaine de produits à partir de la pomme de terre, parmi lesquels la farine, la tapioca, l’encre, le caoutchouc synthétique. Lors de la surproduction de coton aux Etats-Unis, il proposa un moyen d’écouler la matière première surabondante en inventant un procédé d’utilisation de cette matière pour la fabrication des planches d’isolation, du papier, du cordage etc.
Le génial Carver créa une matière plastique à partir du soja, Henry Ford l’utiliserait d’ailleurs pour certaines pièces d’automobiles. Illustration de l’intérêt social et économique immédiat des inventions de Carver. Ces recherches sur les engrais, au bénéfice des Africains Américains travaillant dans les champs, contribuèrent à régénérer les cultures traditionnelles du sud esclavagiste, le coton et le tabac, vieillies par des siècles de surexploitation.
Carver resta très attaché à sa communauté et accepta le poste de directeur de recherche au Tuskegee Normal and Industrial Institute -Alabama- que lui proposa le leader africain américain Booker T. Washington. Malgré les sollicitations richement dotées provenant notamment de Henry Ford pionnier de l’automobile et de Thomas Edison, Carver déclina ces offres pour se consacrer à la recherche au profit de sa communauté et de la société américaine.
L’ancien esclave devenu inventeur de génie, en prenant une revanche sans commune mesure contre l’histoire pouvait se vanter d’une grande reconnaissance nationale et internationale. Elu membre de la Société Royale des Arts, de l’Industrie et du Commerce de Grande Bretagne en 1916, plusieurs distinctions telles que celle de docteur honoris causa décernée par le Collège Simpson en 1928. En 1940 il fut proclamé homme de l’année et en 1948 un timbre-poste à son effigie fut émis.
Ce grand homme et exceptionnel esprit qui s’éteint en 1943 aura marqué le monde par ses découvertes aujourd’hui en libre partage sur la surface de la terre, subvertissant le déterminisme racial matriciel à la société américaine. L’histoire de Carver est comme un chemin, une luminescence éblouissante et vraie qui discoure éloquemment sur la contribution des Africains Américains à l’Amérique contemporaine tout en faisant publicité des sentiers de conquête scientifiques et sociaux que les Africains Américains et les autres Africains de la terre devraient prendre pour modèle.
Lire Yves Antoine, Inventeurs et Savants Noirs, L‘Harmattan, 1998
Ze Belinga