Exonérations fiscales aux négriers, primes par têtes de nègres déportées, immunités diverses aux traitants, en plus d’un Code de chosification-instrumentalisation de l’Africain [Code Noir], tels sont les leviers de politique économique et stratégique que l’Etat français systématisera avec Colbert au 17ème siècle pour renforcer l’apocalyptique industrie négrière. Et Voltaire, pseudo libertaire, crypto négrier de se pavaner d’avoir fait, grâce au trafic lucratif des esclaves «une bonne action et une bonne affaire »…
Le statut de l’histoire négrière change brusquement sous les yeux des Africains et Descendants d’Africains victimes de l’abomination négrière. En fait plusieurs facteurs contemporains concourent au réveil des révisionnismes européens et aux négationnismes occidentaux de touts poils, en particulier en France où une trop faible si ce n’est quasi-inexistante contrepartie idéologique et militante est réellement opposée aux contrefacteurs de l’histoire négrière et des prédations occidentales. Il s’agit de garder en mémoire le fait que l’alliance tiers-mondiste -intelligentsia européennes, africaines, américaines, asiatiques- qui atténuait l’inconscient raciste d’une partie de l’élite intellectuelle européenne s’est effondrée devant l’absorption par le marché des idéologies socialisantes, en même temps qu’une frange significative de l’Europe des penseurs bande ses muscles pour rivaliser avec les Etats-Unis dans un contexte idéologique refondu dans l’Union européenne.
Ce combat est prioritaire et les semblants de causes tiers-mondistes sont déléguées ou reléguées à des batailles de rues altermondialisantes. Enfin et surtout, il y a l’inattendu vent d’exigences de réparations qui dévaste les Amériques et arrive en France via la loi Taubira, qui même émasculée reconnaît la Traite négrière comme un crime contre l’humanité. Cette tendance lourde à la demande de réparations provoque une peur-panique réelle auprès des hiérarques européens et français littéralement déboussolés.
La conférence de Durban a été le détonateur d’un foisonnement d’initiatives révisionnistes pilotées par le haut dans lesquelles des universitaires français et européens perdent totalement leur honneur, leur dignité, leur science tout en couvrant d’opprobre l’université française dans son ensemble. En tout état de cause il est nécessaire d’avoir à l’esprit la dynamique européenne et occidentalo-centrée de la déportation des millions d’Africains vers les Amériques et les Caraïbes, l’implication active voire messianique des institutions européennes régaliennes, morales, intellectuelles, politiques. Voici l’exemple d’un train de mesures prises par la France en tant qu’Etat menant une politique économique et stratégique consciente et téléologique pour développer une industrie négrière.
Jean-Baptiste Colbert mérite une mention spéciale tant son volontarisme mercantiliste informe la dynamique négrière française. C’est sous son autorité que sera conçu et mis en application le Code Noir, cette rationalisation de la dépossession, de la déshumanisation, de la dépersonnalisation de l’Africain devenu bien meuble, instrument animé, chose à faire valoir la colonie, la grandeur blanco-biblique de la France éternelle.
§ Colbert instaure d’abord un système Exclusif entre la métropole et les colonies. Les colonies vendent exclusivement leurs produits à la métropole et achètent exclusivement des produits d’elle. Colbert rompt le monopole de la Compagnie des Indes Occidentale sur le commerce avec l’Amérique et la taxe qu’elle percevait sur les bateaux.
§ Arrêt du 26 Août 1670 : Exonération d’impôt de 5% pour la traite des nègres de Guinée [Afrique]. Cette mesure du Conseil d’Etat est responsable de l’explosion des déportations-importations, 3000 pièces d’Indes ou bois d’ébène seront importés consécutivement à cette incitation gouvernementale.
§ Le 13 Janvier 1672 : Octroie d’une prime de 13 livres par tête de nègre importée [déportée] aux colonies. Le contexte politique est alors extrêmement favorable aux traitants et aux colons qui cumulent les privilèges accordés par la force publique.
§ Le 26 octobre 1787 : Louis XVI accorde de nouvelles immunités aux négriers. Le trafic négrier devient une préoccupation des hautes sphères de l’Etat qui le protège, l’encadre.
§ Le 21 octobre 1787 : Une dépêche ministérielle recommande le paiement de la prime de 13 francs par tête de nègre importée, prime rehaussée à 60 francs.
§ Dans la même période l’Assemblée Constituante déclarera la traite négrière Commerce National, confirmant l’intérêt collectif, la préoccupation nationale, l’ampleur et la dimension de l’industrie négrière que des exégètes tardifs et attardés tentent par mille mystifications de sous-estimer aujourd’hui.
La forte implication de l’Etat français à tous les échelons de la chaîne de valeur négrière, économique et juridique, traduit une époque sans concession. L’Africain, avec le secours bien frappé de l’église, ne prend sa place que comme convertible, esclave par nature, balbutiement humanoïde, moyen terme entre l’animal et l’homme…Blanc s’entend. Les Etats sont engagés dans des politiques commerciales mercantilistes agressives.
Nul ne gagne ce que l’autre ne perd, répète t-on comme un credo, les colonies sont donc un enjeu stratégique international et la pérennité de l’engagement négrier de l’Etat montre en creux les retours protéiformes du trafic. La bataille se joue donc tant entre les nations négrières rivales -Portugal, Espagne, France, Angleterre-, qu’entre les Africains, leurs Descendants dans les colonies face aux armées d’esclaviseurs. L’Europe choisit ainsi, pour s’exonérer d’atermoiements moralistes et concentrer son effort sur la captation des richesses, de faire peu de cas des humanités non abouties et croyants hérétiques, relevant par ailleurs les défis des guerres impérialistes intra-européennes. L’univers s’avère trop étroit pour un non-blanc libre, humain plein, décidant de son sort.
L’impact des mesures gouvernementales sur les importations-déportations est une précieuse indication sur le caractère volontaire ou contraint du trafic. En effet si les incitations et exonérations françaises conduisent à une augmentation des importations de « pièces d’Indes », c’est que la dynamique n’est pas africaine, c’est que c’est le côté de la demande, le côté européen qui domine et impose les quantités, les règles, les codes en fonction de ses réalités et intérêts propres.
Akam Akamayong