Robert L Johnson est tout simplement le noir le plus riche au monde.
Il est en effet le premier noir américain à dépasser le milliard de dollars en fortune personnelle. Robert Johnson a « acquis » ce statut lors de la cession pour 3 milliards de dollars il y a presque deux ans, de sa participation dans son groupe BET (Black Entertainment Télévision) au géant mondial de la communication Viacom.
A 56 ans, né à Hickory au Missouri, et neuvième d’une famille de 10 enfants, Robert Johnson s’est toujours distingué par sa volonté de briser les barrières et de tirer parti de sa différence lorsqu’elle pourrait lui être favorable. C’est dans cette perspective qu’il est devenu en février dernier, le premier noir américain à posséder majoritairement une franchise (une équipe) de sports collectif aux Etats-Unis : la franchise de basket-ball de Charlotte qui doit être opérationnelle pour l’année 2004-2005. Pour cela, il a dû débourser 300 millions de dollars et surtout convaincre
la NBA que son projet était mieux ficelé et plus crédible que ceux des ses concurrents parmi lesquels on retrouvait des candidats tels que la légende du basket américain Larry Bird.
L’histoire de Robert Johnson a pris un tournant décisif il y a 25 ans, lorsque le jeune vice-président de l’association nationale des câblo-opérateurs accompagne un homme d’affaires au capitole pour une action de lobbying auprès d’un député démocrate Claude Pepper. Claude Pepper, un défenseur acharné des personnes âgées était intéressé à l’idée de créer un réseau câblé pour les seniors. Cette idée a fait long feu mais Robert l’a emprunté et l’a adapté auprès de la communauté noire.
Le génie de Robert Johnson aura été de pouvoir surfer sur les prémices de la télévision câblée et sur la croissance rapide de la classe moyenne noire. Il emprunte 15 000 dollars et persuade le magnat du câble John Malone d’investir une somme de 500 000 dollars dans le projet de création d’un réseau entièrement dédié à la communauté noire. Par la suite, il persuade les uns après les autres, les pionniers du câble et du satellite de leur accorder du temps d’antenne au sein de leur réseau. Les premières années de BET ont cependant été difficiles. Le groupe a perdu de l’argent pendant près de sept ans. Un deuxième tournant à la fin des années quatre-vingts a permis le réel essor de la chaîne basée à Washington. La campagne de lobbying de Johnson pour une réévaluation des redevances issues des câblo-opérateurs porte ses fruits (avec une hausse des redevances de 2,5 cents à 5 cents) et la chaîne ajuste ses programmes en y intégrant les tendances actuelles telles que le hip-hop et les vidéos gangstas. C’est le succès escompté auprès des 12 millions de foyers noirs américains et la revente quelques années plus tard à Viacom.
Aujourd’hui, l’ancien étudiant de Princeton et de l’université de l’Illinois, savoure sa reconnaissance auprès de l’establishment. Il est aujourd’hui membre de près d’une quinzaine de conseils d’administration des grandes sociétés américaines parmi lesquelles Hilton Hôtels, US Airways ou encore General Mills.
Le prochain combat de Robert Johnson sera de transformer la nouvelle franchise de Charlotte (Etat de Caroline du Nord) en une équipe compétitive. Pour cela, il cherche absolument à intégrer dans son équipe, la plus grande star du basket américain : Michael Jordan qui a grandi dans la région et qui pourrait être tenté par un retour au bercail.
Milliardaire en dollars, Bob Johnson est devenu célèbre à la suite du rachat par le groupe Viacom de Black Entertainment Télévision (B.E.T), la chaîne de télévision qu’il a créée en 1980. Mais il n’a pas fini pour autant de faire des affaires puisqu'il est présent dans la finance, le cinéma ou l'hôtellerie ainsi qu'il l'a confié au magazine Black Enterprise.
Grioo.com vous avait parlé de Robert L Johnson, fondateur de la chaîne BET (Black Entertainment Télévision) créée en 1980 et revendue en 2000 pour 3 milliards de dollars au groupe Viacom, un deal qui fit instantanément à l’époque de Bob Johnson “le Noir le plus riche du monde”. En 2005, il a cessé toute fonction au sein de BET, mais n’a pas pris sa retraite pour autant.
Au cours des 18 derniers mois, Bob Johnson, 61 ans, a racheté plus de 100 hôtels Hilton et Marriott, pour plus de 1,7 milliard de dollars, créé un fonds de Private equity avec Carlyle Group, s’est aventuré dans le business des Hedge Fund (fonds spéculatifs NDLR) avec la Deutsche Bank, a ouvert une banque, Urban Trust (George Bush était présent à l’inauguration de la banque), et s’est associé avec les frères Weinstein, fondateurs des studios Miramax, pour créer “Our stories Films”, un studio de cinéma qui produira des films à destination d’un public afro-américain.
Il a embauché quelques pointures pour diriger ses sociétés comme Rufus Rivers, ex managing Director chez Carlyle, Derek Saleeby, un spécialiste de la banque d’investissement qui a travaillé chez Citibank et Smith Barney, ainsi que la productrice Tracey Edmonds qui dirigera les activités de son studio de cinéma. Johnson explique que lors de rencontres avec des afro-américains travaillant dans l'industrie du divertissement, ceux-ci se plaignaient souvent en disant “pourquoi n'existe t-il pas de studios pour raconter nos histoires” (Our stories), d'où le choix du nom de son studio de cinéma : “Our stories”.
Toujours désireux de faire des affaires, (il aurait pu choisir de jouer au golf jusqu’à la fin de ses jours), Johnson a préféré essayer de reproduire dans d’autres secteurs d’activité ce qu’il avait fait dans l’industrie du câble :
“Dans l’industrie du câble, j’ai trouvé un partenaire stratégique. Dans toutes les affaires que j’ai lancées, j’ai trouvé un partenaire stratégique. Dans le private equity, j’ai Carlyle, dans l’industrie hôtelière, j’ai Marriott et Hilton. Dans le hedge fund que j’ai monté, j’ai comme partenaire la Deutsche Bank. Dans mon équipe de basket, j’ai Michael Jordan comme partenaire. Ce que je sais bien faire c’est identifier les partenaires stratégiques qui veulent partager la vision que j’ai et qui veulent tirer profit des opportunités créées par cette vision. Donc la marque de fabrique “Robert L Johnson” ce sont des entreprises afro-américaines qui sont bien capitalisées, bien dirigées, et qui cherchent des opportunités stratégiques dans certains secteurs d’activité”.
A la question de savoir comment il s’y prend pour attirer des partenaires prestigieux et gérer les relations avec ces partenaires, Bob Johnson répond :
“Ces partenaires prestigieux viennent vers des gens qui se sont en quelque sorte établis comme des marques qui ont une certaine réputation. Les gens qui font des affaires avec moi se disent : Bob Johnson est un homme d’affaires afro-américain qui a réussi. Il sait comment créer de la valeur, et il a travaillé des entreprises 'blanches' que nous connaissons et que nous respectons. Malheureusement pour les entrepreneurs afro-américains, la plupart des grandes firmes Schématiquement, quatre facteurs conduisent les gens à faire affaire avec moi :
-Si je fais affaire avec Bob Johnson, tout le monde va me regarder et dire que c’est un deal intelligent, et le deal sera salué.
-Si Bob Johnson investit dans cette affaire avec son argent, il apporte autant de valeur que moi et pas par pure bonté. Il investit dans une affaire.
-il a prouvé qu’il savait attirer des gens talentueux capables de créer de la valeur et des retours sur investissement.
-Il est issu d’une minorité, et pour cela peut obtenir du soutien politique, social et moral.
Johnson affirme que ce qui l’attire dans certains secteurs c’est le fait qu’il connaisse suffisamment les gens pour être certain que ceux-ci adhèreront à sa vision, en d’autres termes, il s’investit dans un secteur quand il pense être à même d’y trouver un partenaire stratégique. D’autres facteurs rentrent également en ligne de compte : le secteur doit générer des cash flows significatifs, les sociétés reprises doivent devenir des sociétés possédées par une minorité, et il faut que le secteur soit un secteur qu’il connaisse.établies ne connaissent quasiment pas de Noirs”.
Revenant sur les raisons de l’échec de sa tentative de reprise de US Airways et United Airlines, Johnson affirme avoir été soutenu par le congressionnal Black Caucus, un groupe de pression afro-américain au Congrès des Etats-Unis dont les membres ont signé une lettre avalisant la fusion entre les deux compagnies aériennes car elle “représentait une opportunité historique pour un afro-américain de devenir propriétaire d’une compagnie aérienne. Mais ce n’est pas à cause du deal lui-même que la reprise a échoué. C’est lorsque l’administration s’est mêlée de l’affaire que l’attorney général (procureur NDLR) a 'tué' le deal” déclare Johnson.
A la question de savoir pourquoi avec un partenaire aussi connu que le Carlyle Group, sa société de Private Equity a du mal à se voir confier des affaires de la part des fonds de pension, Bob Johnson répond : “il faut comprendre que le monde des fonds de pension est contrôlé par des consultants qui viennent de compagnies ‘blanches’ avec des employés blancs. Dans le monde des fonds de pension, les gens ont horreur du risque, ce qui est logique. Mais ils s’en tiennent à la notion que s’ils ne vous ont jamais confié d’argent, vous ne rentrez pas dans leurs plans. Donc l’idée c’est que vous êtes un aspirant gérant de fonds, et il vous confie une petite quantité d’argent pour que vous montriez que vous savez le gérer.”
“Ils peuvent le faire, mais ne le font pas forcément, et ne le feraient probablement pas si ce n’était pas obligatoire. Quand on sait qu’il y a une part significative des fonds qu’ils gèrent qui proviennent des minorités, c’est toute l’industrie des fonds de pension qui doit être examinée de près par les dirigeants politiques de ce pays, qu’ils soient noirs ou blancs.”
Johnson mise sur son carnet d’adresses et ses connexions dans le monde politique pour écarter ce type d’obstacles :
“J’ai un excellent réseau de contacts dans le monde politique. Je sais que je peux faire le job, je sais que j’ai des managers talentueux, donc les fonds de pension ne peuvent pas me dire ‘non’ sans une excellente raison. Et s’ils me disent non sans bonne raison, j’appelle les dirigeants politiques et je leur déclare : expliquez moi donc pourquoi avec tout ce que j’ai déjà accompli dans le monde des affaires, que mon partenaire est le groupe Carlyle, un des plus grands fonds de private equity du monde, que j’ai dans mon équipe quelqu’un qui a travaillé pour Carlyle, qui a géré des millions de dollars, cette personne n’est plus acceptable parce qu’elle travaille pour Bob Johnson ?”
Bob Johnson confie à “Black Enterprise” qu’il n’a pas vraiment connu d’échec, mais qu’il a certainement laissé filer de bonnes opportunités : “j’aurais pu saisir de bonnes opportunités avec BET en utilisant
l’endettement, mais je ne l’ai pas fait parce que je ne voulais pas m’endetter.”
“En vieillissant, je suis devenu plus riche, et j’ai réalisé qu’il y avait deux choses importantes quand on est dans les affaires : « tant qu’on n’est pas assuré que les affaires qu’on fait seront pérennes, on a toujours peur de la pauvreté. La peur de la pauvreté ne vous quitte jamais. Peu importe la richesse que je puisse avoir, il y a toujours une partie de moi qui 'pense pauvre'. C’est ce qui rend prudent. Mais à un certain niveau, quand on a déjà obtenu tout le confort auquel on aspirait, (on peut prendre soin de sa famille sur disons deux générations) alors on peut commencer à prendre un peu plus de risques. La dette peut être un excellent moyen de faire grandir un business si on sait la gérer et ce n’est même pas un risque dans ce cas”.
Bob Johnson a également investi dans quelques startups créées par de jeunes entrepreneurs noirs américains et explique son choix :
“Un de mes amis m’a dit en plaisantant- peut-être qu’il ne plaisantait pas- que si les Noirs possédaient toutes les affaires du monde, il n’y aurait pas besoin d’instances de régulation des fusions acquisitions car ces entreprises ne fusionneraient jamais ou ne travailleraient pas ensemble. Pour moi c’est un vrai problème. A ma connaissance, depuis que le classement des 100 plus grandes entreprises afro-américaines existe, il n’y a jamais eu de tentatives de rapprochements entre compagnies pour essayer de faire en sorte que 2+2 fassent 5…”
A la question de savoir quels conseils il donnerait à de jeunes entrepreneurs, Bob Johnson déclare :
“Recherchez un secteur en pleine croissance : les technologies de l’information, les soins de santé représentent deux secteurs à forte croissance. Deuxièmement, essayez de trouver un partenaire stratégique, quelqu’un qui peut amener dans le deal quelque chose que vous n’avez pas. Ça peut être du capital, du talent, des infrastructures… Ne vous inquiétez pas du fait de ne pas détenir 100% de la propriété de l’entreprise. Si vous créez de la valeur, personne ne vous mettra hors du jeu. Troisièmement, n’oubliez pas d’utiliser comme levier tous les atouts que vous possédez. Utilisez votre influence politique comme levier, utiliser comme levier le fait que les compagnies créent des opportunités pour les minorités dans le secteur en question. N’ayez pas peur de vous faire rejeter. Si vous êtes bon, vous ne serez pas rejeté”.
Article : Paul Yange
petite visite.
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