I . LE CONTEXTE LOCAL
La Martinique est un département français d’Amérique à forte densité de population puisque près de 400 000 habitants occupent un territoire de 1100 km2. Tout en ayant une structure de population plus jeune que la région de Métropole la plus jeune, la Martinique reste cependant le département d'outre-mer "le plus âgé". La proportion des moins de 20 ans continue de diminuer et celle des plus de 60 ans continue d’augmenter. Ce vieillissement de la population est à prendre en compte dans les projets de planification des années à venir.
Le contexte économique et social de la Martinique est moins favorable que celui des régions de France métropolitaine mais bien meilleur que celui de ses voisins de la Caraïbe.
En matière d'équipement, l'offre de soins n’est pas toujours adaptée au contexte démographique ou géographique mais des restructurations sont en cours avec notamment un rééquilibrage entre les soins de courte durée (lits de médecine) et les soins de suite et de longue durée.
Pour les professionnels de santé, les densités sont toujours inférieures aux moyennes métropolitaines, à deux exceptions près : les sages-femmes et les infirmiers libéraux.
II. ETAT DE SANTE DES MARTINIQUAIS
Quel est l’état de santé de la population martiniquaise ? Un indicateur permet de résumer la situation actuelle : l’espérance de vie.
Au milieu des années 1960, l’espérance de vie à la naissance des hommes était de 63,3 ans et celle des femmes de 67,4 ans. Trente ans plus tard, la progression est considérable puisque, en 1999, l’espérance de vie à la naissance était respectivement de 75,5 ans pour les hommes et de 81,7 ans pour les femmes, soit un gain de 12 et 14 ans. L'écart avec la Métropole a donc été progressivement comblé du fait d'une progression plus rapide en Martinique et depuis le début les années 1980, l’espérance de vie des hommes en Martinique a même dépassé celle mesurée en France métropolitaine.
Cet indicateur favorable à l’échelle d’une population ne doit pas faire oublier que si les Martiniquais sont globalement en meilleure santé actuellement qu’il y a trente ans ils peuvent aussi être particulièrement touchés par certains problèmes de santé.
III. LES PROBLEMES DE SANTE PRIORITAIRES
1. Les maladies cardio-vasculaires
Avec 803 décès chaque année en moyenne (1997-1999), les maladies cardio-vasculaires sont la première cause de décès (un tiers des décès). Comparativement à la Métropole, la Martinique se caractérise par une très nette sous-mortalité pour les cardiopathies ischémiques et une très nette sur-mortalité pour les maladies vasculaires cérébrales.
Cependant, l'évolution entre les années 1980 et les années 1990 montre une progression de la mortalité par cardiopathies ischémiques et une diminution de celle par maladies vasculaires cérébrales.
Sur le plan de la morbidité ce sont surtout l’hypertension artérielle et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) qui posent problème. La prévalence exacte de l’hypertension artérielle n’est pas connue avec précision mais des études réalisées en Guadeloupe ou dans la Caraïbe retrouvent entre 25 et 35 % d’hypertendus dans la population de plus de 18 ans. L’étude Ermancia a recensé 581 AVC sur un an (1998-99) avec un retentissement important de la maladie, puisque 52 % des survivants présentent une incapacité majeure au décours de l’épisode initial.
En ce qui concerne la mortalité prématurée, c'est-à-dire avant 65 ans, les maladies cardio-vasculaires sont responsables d'un décès sur cinq. Elles représentent également 34 % des admissions en ALD, l'hypertension artérielle représentant à elle seule 24 % des admissions.
Globalement, elles sont la 4ème cause d'hospitalisation, mais après 65 ans elles prédominent puisque une hospitalisation sur cinq leur est due.
2. Les cancers
Avec 572 décès en moyenne entre 1997 et 1999 (23 % du total des décès), les cancers sont la 2ème cause de mortalité à la Martinique. Toutefois à structure de population identique, la mortalité globale par cancer est moins élevée en Martinique qu'en Métropole. Le poids des cancers dans la mortalité prématurée est important puisque, avant 65 ans, ils sont responsables d'un décès sur quatre. Ils représentent également le 3ème motif d'admission en affections de longue durée et une hospitalisation sur 10 après 65 ans.
Grâce au Registre des cancers de la Martinique (AMREC), il est possible d’avoir des données d’incidence. Chez l'homme, le cancer de la prostate est le plus fréquent. Avec en moyenne 266 nouveaux cas chaque année (période 1996-98), il représente 44 % des cancers masculins. Par contre l'incidence des cancers broncho-pulmonaires est basse, comparée à celle de la France métropolitaine.
Chez la femme, on enregistre en moyenne 120 nouveaux cas de cancers du sein chaque année soit 29 % de l’ensemble des cancers féminins alors que le cancer du col de l’utérus arrive en deuxième position avec 13 % des cas incidents.
3. Le diabète et l’état nutritionnel des Martiniquais
En moyenne sur la période 1997-99, 78 causes principales de décès ont été attribuées chaque année au diabète, soit 3 % des décès, mais l'impact de cette maladie, tant sur la mortalité que sur la morbidité, est probablement beaucoup plus important en raison des nombreuses complications qu'elle génère. La mortalité par diabète est plus élevée en Martinique, comme en Guadeloupe et en Guyane, qu'en Métropole. Cependant cette mortalité est le plus souvent tardive et le poids du diabète dans la mortalité prématurée est assez peu élevé.
Par contre son poids est très élevé dans la morbidité. On estime que la prévalence du diabète est de l’ordre de 8 à 10 %, ce qui est 2 à 3 fois plus élevé qu’en Métropole. Avec plus d'une admission sur cinq, il représente le 2ème motif d'admissions en affections de longue durée. Tous diagnostics confondus (principaux et secondaires) et en éliminant les hospitalisations liées à la maternité et les symptômes mal définis, il est après l'hypertension artérielle la 2ème pathologie la plus fréquemment rencontrée chez les patients hospitalisés.
L’état nutritionnel de l’ensemble de la population martiniquaise a été mesuré en 1981 et nécessite d’être réactualisé. Chez les personnes de 15 ans et plus, on retrouvait 13 % de personnes en surcharge pondérale et 25 % d’obèses. Grâce à l’enquête « Santé mentale » qui a interrogé en 2000 un échantillon de 900 personnes représentatives de la population martiniquaise de 18 ans et plus on a mesuré que 66,4 % avaient un poids normal pour leur taille (Indice de masse corporelle