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Nicolae CEAUSESCU

Nicolae CEAUSESCU

Posté le 18.05.2007 par feobus
Nicolae Andruta Ceauşescu était un homme d'État roumain, né le 26 janvier 1918 à Scorniceşti, mort le 25 décembre 1989 à Târgovişte.

Il déménagea à Bucarest en 1929 pour y apprendre le métier de cordonnier. La légende veut qu'il ait adhéré au Parti communiste de Roumanie dès 1932 et ait été arrêté l'année suivante pour activités séditieuses au cours d'une grève. Il fut de nouveau arrêté en 1934, après avoir collecté des signatures pour une pétition s'insurgeant contre un procès fait à des cheminots. La fiche de police qui le concerne contiendrait les appréciations suivantes : « dangereux agitateur communiste » et « activiste de la propagande communiste et anti-fasciste ». Après sa libération, il entra dans la clandestinité, avant d'être arrêté une troisième fois en 1936 et condamné à deux ans de prison pour ses activités anti-fascistes, peine qu'il purgea à la prison de Doftana.


En 1939, il fit la connaissance d'Elena Petrescu, qui devait devenir son épouse en 1946 et connaîtrait la même ascension et la même chute finale. Son influence et son rôle grandirent avec les années.

En 1940, nouvelle arrestation et nouvel emprisonnement. En 1943, il fut transféré au camp de concentration de Târgu Jiu, où il fit la connaissance de Gheorghe Gheorghiu-Dej, dont il devint le protégé.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que pointait la chute de la Roumanie dans l'aire d'influence soviétique, il devint secrétaire de l'Union des jeunesses communistes (1944-1945).

En 1947, après la prise du pouvoir par les communistes et l'abolition de la monarchie, il devint successivement ministre de l'Agriculture puis ministre délégué aux Forces armées sous la férule du dirigeant stalinien Gheorghiu-Dej.

En 1952, quelques mois après que le Parti eût été purgé de sa « faction moscovite », dirigée par Ana Pauker, il fut nommé au Comité central.

En 1954, il fut promu au Bureau politique, et son influence s'accrut jusqu'à faire de lui le « numéro deux » du Parti.

En mars 1965, trois jours après la mort de Gheorghiu-Dej, il fut coopté comme Premier secrétaire du Parti des travailleurs de Roumanie. L'une de ses premières décisions fut de rebaptiser le parti en Parti communiste roumain et de déclarer que son pays, plutôt qu'une « république populaire », serait désormais la « République socialiste de Roumanie ».

En 1967, il consolida sa position en se faisant élire, en supplément, président du Conseil d'État.

Sa popularité dans les milieux de gauche européens était alors assez importante, en raison de sa politique indépendante, qui rejetait le suivisme jusque-là observé à l'égard des dirigeants soviétiques. Tout en restant formellement membre du Pacte de Varsovie, la Roumanie cessa de participer à toutes les opérations militaires de l'alliance, et Ceauşescu alla jusqu'à condamner l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1968 par les troupes du Pacte, invasion consécutive au printemps de Prague.

En 1974, Ceauşescu ajouta à sa moisson de titres officiels celui de Président de la République. Il continua à jouer sur la scène internationale un rôle farouchement indépendant de celui du « grand frère » soviétique, donnant par exemple son aval à la participation de la Roumanie aux jeux Olympiques d'été de 1984, qui se déroulèrent à Los Angeles, qui furent boycottés par l'immense majorité des pays du bloc soviétique.

Par ailleurs, la Roumanie fut le premier des pays de l'Est à entretenir des relations officielles avec la Communauté économique européenne : un accord incluant la Roumanie dans le système de préférences généralisées de la Communauté fut signé en 1974 et un autre, sur les produits industriels, en 1980. Cependant, Ceauşescu se refusa à mettre en ouvre la moindre réforme d'inspiration libérale. Suivant en cela la position de son mentor Gheorghiu-Dej, il se tint obstinément à une vision « stalinienne », ce qui explique la politique de distanciation prise avec les dirigeants soviétiques, à mesure qu'avançait la déstalinisation chez le « grand frère » soviétique et nombre de ses « satellites ». Ceauşescu maintint voire accrut la mainmise de la Securitate sur la « liberté de parole » dans les médias, et ne toléra aucune opposition interne, même la plus minime.

En 1971, Ceauşescu se rendit en visite d'État en République populaire de Chine puis en Corée du Nord. Il manifesta un grand intérêt pour l'idée de la « transformation nationale totale » telle que développée dans le programme politique du parti des ouvriers coréens ou telle que l'avait mise en ouvre la Chine durant la Révolution culturelle. Peu après son retour en Roumanie, il commença à imiter la dictature nord-coréenne, influencé par la « philosophie du Juche » du président Kim-Il-sung, faisant traduire en roumain, et largement distribuer dans le pays, divers ouvrages consacrés au Juche.

En 1972, Ceauşescu institua un programme de « systématisation ». Conçu comme une manière de construire une « société socialiste multilatéralement développée », cette ambitieuse politique se traduisit par de nombreux bouleversements dans toute la Roumanie : démolition systématique de nombreux villages, avec déplacement de la population dans des petites structures urbaines, souvent sans même attendre l'achèvement des programmes de construction. La « systématisation » fut la plus visible à Bucarest même, où un bon cinquième de la vieille ville fut rasé pour être reconstruit selon les vues de l'autocrate. De nombreux trésors historiques et bâtiments classés ont ainsi disparu au cours de ces années, par la volonté de Ceauşescu. Personnellement choisi, un Palais du peuple, deuxième bâtiment du monde par sa superficie après le Pentagone, fut ainsi édifié en lieu et place d'un quartier ancien de Bucarest.

Comme Kim-Il-sung, Ceauşescu institua en sa faveur un culte de la personnalité omniprésent, se faisant désigner sous les titres de « Conducator » (chef) et même de « Geniul din Carpati » (Génie des Carpates), ou encore en se faisant fabriquer un sceptre comme s'il était lui-même une personne royale. Ces excès conduisirent le peintre Salvador Dalí à envoyer un télégramme de félicitations au « Conducator ». Le quotidien du parti communiste Scînteia, sans percevoir l'ironie de la démarche du peintre surréaliste, publia le texte du message dans ses colonnes, croyant y voir un témoignage de la gloire universelle du leader roumain. Le népotisme, habituel dans de nombreux régimes autocratiques, fut également une caractéristique du « règne » de Ceauşescu, son épouse Elena étant ainsi promue à des fonctions ministérielles, tandis que d'autres membres de leurs familles respectives se voyaient octroyer de multiples avantages matériels et honorifiques.

Malgré le régime totalitaire, la politique d'indépendance vis-à-vis de l'Union soviétique confortait les intérêts des puissances occidentales. Ceauşescu obtint de nombreux prêts des institutions financières occidentales, prêts censés financer des programmes de développement économique, mais qui ont gravement déséquilibré les finances du pays. Dans les années 1980, Ceauşescu ordonna l'exportation d'une grande partie de la production industrielle et agricole du pays, afin de rembourser ses dettes. Ce qui n'était jusque-là que des pénuries domestiques courantes dans les régimes des pays de l'Est se transforma pour de nombreux Roumains en un combat quotidien pour la survie.

La politique sociale mise en ouvre par Ceauşescu contribua à aggraver une situation relativement précaire. Obnubilé par une volonté d'augmenter l'effectif de la population roumaine, Ceauşescu se lança dans une politique nataliste contraignante, interdisant en 1966 par le décret 770, aussi bien l'avortement que la contraception et imposant de sévères restrictions aux modalités du divorce. La population augmenta en effet, mais au prix de l'abandon de milliers d'enfants par leurs familles incapables de subvenir à leurs besoins et placés dans des orphelinats d'État, mal gérés et où sévissait une mortalité infantile surélévée due aux manque chronique de soins et de médicaments. Ceauşescu se « distingua » également en refusant de reconnaître l'existence de malades du SIDA au sein de la population roumaine, en interdisant les tests de dépistage avant les collectes de sang, et en laissant utiliser, lors de transfusions sanguines faites sur des orphelins, des aiguilles non stérilisées, causant ainsi une forte contamination des enfants orphelins par le virus.

En 1978, le lieutenant général Ion Mihai Pacepa, vétéran de la Securitate (les services secrets roumains), fit défection et se réfugia aux États-Unis, portant un coup sévère au régime, contraignant Ceauşescu à revoir toute l'« architecture » de la Securitate. En 1986, Pacepa devait révéler, dans son livre Red Horizons: Chronicles of a Communist Spy Chief (1), divers détails sur le régime de Ceauşescu, tels sa collaboration avec des terroristes arabes, ses entreprises d'espionnage industriel aux États-Unis et ses efforts constants et élaborés pour obtenir le soutien des pays occidentaux.

(1) publié en France en 1988, sous le titre Horizons rouges (Paris : Presses de la Cité. 323 p.)
Le régime de Ceauşescu s'effondra après avoir ordonné aux forces armées et à la Securitate d'ouvrir le feu sur les manifestants anti-communistes dans la ville de Timişoara le 17 décembre 1989. Les manifestations faisaient suite à la tentative d'expulsion, par le régime, de la rébellion qui se propagea à Bucarest, probablement aiguillonnée par la décision peu opportune de Ceauşescu d'y organiser un rassemblement de masse, censé confirmer le soutien populaire au régime. La manifestation se transforma en démonstration massive de protestation contre le régime. Le 22 décembre, les forces armées fraternisèrent « spontanément » avec les manifestants.

Peu après, selon la version officielle ultérieure, Nicolae et Elena Ceauşescu prirent la fuite du palais présidentiel en hélicoptère, prétendument en prenant en otage son pilote, menacé à l'aide d'une arme à feu. Prétextant que l'appareil aurait été ciblé par les radars anti-aériens, le pilote aurait alors posé son hélicoptère dans la campagne, à proximité des bâtiments d'une ferme. Ce serait ensuivie une fuite erratique du couple présidentiel, au cours de laquelle il aurait notamment été pris en chasse par des citoyens insurgés tentant de les arrêter, avant de parvenir à trouver un répit de courte durée dans une école. Ils auraient finalement été retenus prisonniers pendant plusieurs heures dans une voiture de police, les policiers restant dans l'expectative et écoutant la radio pour deviner dans quel sens le « vent » allait tourner, avant d'être livrés aux forces armées.

Le 25 décembre 1989, à la suite d'un « procès » expéditif rendu par un « tribunal » auto-proclamé (une cour martiale de complaisance), réunie à Târgovişte, Nicolae Ceauşescu et Elena Petrescu, coupables de « génocide », étaient condamnés à mort et aussitôt fusillés dans la cour intérieure du « tribunal ».

De tous les « Pays de l'Est » ayant renversé le régime communiste après la chute du mur de Berlin au cours de l'automne et l'hiver 1989-1990, la Roumanie fut le seul où cette métamorphose se fit dans le sang.

En 1990, Ion Iliescu, dignitaire du régime communiste reconverti dans la démocratie « à l'occidentale », remporta la première élection présidentielle de l'ère post-communiste.

Nicolae Ceauşescu et Elena Petrescu avaient eu deux enfants : une fille, Zoia (née en 1950), et un fils, Nicu (né en 1951). Ils étaient par ailleurs parents adoptifs d'un troisième enfant, Valentin, recueilli avant la naissance des deux autres.






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